Un érotisme distancé électrise le Grütli

ThéâtreValentin Rossier slame avec Marie Druc les volutes du désir sculptées par Fabrice Melquiot. L’auteur nous commente le coup de foudre.

L’émoustillante Marie Druc forme avec un Valentin Rossier lascif le duo érotique imaginé par Fabrice Melquiot dans «Lisbeths».

L’émoustillante Marie Druc forme avec un Valentin Rossier lascif le duo érotique imaginé par Fabrice Melquiot dans «Lisbeths». Image: CAROLE PARODI

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Mai sera son mois. À deux reprises, les projecteurs y mettent Fabrice Melquiot à l’honneur. Non pas tant comme le dynamique directeur du Théâtre Am Stram Gram. Pas non plus en tant qu’ingénieux metteur en scène au service des petits et des grands. Mais en sa qualité d’auteur – fameux – d’une trentaine de pièces, plusieurs fois primé en France, régulièrement monté à Paris, et traduit dans plus de dix langues. Au duo «Lisbeths» qui crépite actuellement au 2e étage du Grütli fera en effet suite, du 22 au 27 mai, son monologue «Le Poisson combattant» écrit à l’intention du Neuchâtelois Robert Bouvier.

«Pour un écrivain dramaturge, toute mise en scène d’une pièce est à la fois un cadeau et l’aboutissement d’une démarche, apprécie Fabrice Melquiot. Que des metteurs en scène ou des acteurs romands se confrontent à mes textes, je le saisis comme une occasion de questionner ensemble le vivant, et à lui donner une forme. Depuis mon arrivée à Genève, j’ai découvert ici un vivier remarquable d’artistes qui ont envie de faire, de dire, d’interroger. Je suis heureux que cette ville m’ait fait une place; j’essaie de l’habiter avec conviction, avec passion.»

Une rencontre explosive

«Lisbeths» dégage l’érotisme d’un coup de reins. Par le seul jeu de son écriture, le dialogue mime les va-et-vient de deux corps pris de désir. Et les basculements, les vrilles, les syncopes que la passion amoureuse transmet simultanément au cerveau. Pietr (prononcé piètre) vend des livres aux quatre coins de la France. Sur une terrasse de café à Tours, il s’enflamme pour Lisbeth, une marchande de bijoux. Le coup de foudre est si impétueux, si impérieux, qu’on le devine éphémère. Les amants vont se dévorer goulûment dans plusieurs hôtels de l’Hexagone, jusqu’à ce que la marque du pluriel aliène Lisbeth aux yeux de Pietr. Il ne projettera plus en elle la même, mais une autre. Et leur étreinte se dénouera.

«C’est une rencontre entre deux personnages, résume l’auteur. Quand le théâtre s’intéresse à la rencontre, il la mine, il la menace, il en fait un espace dangereux, explosif. «Lisbeths» témoigne de ce qui rompt déjà dans la rencontre.» Cette rupture, la plume de Melquiot la travaille au corps. Non seulement en hachant la temporalité de l’intrigue. Ou en la noyautant, ici, d’une paraphrase de Marx, là, d’un fantasme d’enfant-chien. Mais surtout en tressant la narration aux répliques dans un bel éloge de l’ambiguïté.

Entre parole et chant

La mise en scène de Valentin Rossier pousse la dualité un cran plus loin. Sur un plateau vide, arrimés à leur micro respectif, Marie Druc et lui-même se tiennent à distance. Résistent à l’aimantation. Leur baiser, verbal, se passera de contact. Il feule, elle susurre; elle lévite au-dessus de ses chevilles, il tangue du bassin. Des nappes sonores emballent les paroles incompatibles qui pourtant s’imbriquent. Leur débit s’amplifie de réverbérations. La musique, due à David Scrufari, «soutient, distord, rythme, contredit, renforce» un texte que Fabrice Melquiot révèle inspiré du cinéma de David Lynch. Davantage qu’au Badalamenti de «Lost Highway», le public songera peut-être au Gainsbourg de l’«Histoire de Melody Nelson». Quoi qu’il en soit, on s’accorde avec le dramaturge pour affirmer qu’il y a là, dans ce slam charnel, «quelque chose d’élémentaire, une nudité qui résonne intelligemment avec le texte».

«Lisbeths» Théâtre du Grütli, jusqu’au 20 mai, 022 888 44 88, www.grutli.ch (TDG)

Créé: 03.05.2018, 16h09

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