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Endurer le chemin de l’exil avec les migrants

Le Musée de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR) expose 320 clichés poignants de l’agence Magnum Photos, que les visiteurs sont priés de regarder de près et invités à manipuler.

Des réfugiés débarquent sur une plage touristique de l’île grecque de Kos, en Grèce, en 2016.
Des réfugiés débarquent sur une plage touristique de l’île grecque de Kos, en Grèce, en 2016.
PAOLO PELLEGRIN/MAGNUM PHOTOS

«Chaque minute, vingt personnes dans le monde migrent. Ce qui revient à dire que depuis que je vous parle, nous avons tous pris le chemin de l’exil…» L’image est forte. Lourde de sens surtout, puisque la nouvelle exposition du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (MICR), Exil, qu’inaugure son directeur, Roger Mayou, entend interpeller frontalement son public. Ce qui arrive à 65 millions de personnes par an, contraintes au déplacement par la guerre, l’oppression, les désastres climatiques, les catastrophes naturelles ou la pauvreté, peut nous arriver à tous.

Pour marteler son propos, Exilexplore une nouvelle forme de scénographie muséale. Chaque visiteur est engagé à s’emparer des 320 clichés tirés de l’extraordinaire banque d’archives de Magnum Photos, qui coproduit l’exposition. Au «Prière de ne pas toucher» qui escorte habituellement les accrochages répondent ici d’éloquents petits cartels disséminés un peu partout: «Les visiteurs sont invités à prendre en main les photographies». Appliqués sur d’épais supports de bois léger et dûment légendés, les tirages sont aisés à manipuler. «On peut ainsi saisir des destins, les rapprocher de soi et ensuite les remettre à leur place», décode Roger Mayou.

Paroles de photoreporters

La grande salle au sous-sol du MICR est offerte à la libre déambulation du visiteur. Au sol s’allonge un tapis brun – terre, boue ou sable. Sur trois murs court une étagère à hauteur de buste, qui accueille les cubes-photos de différentes tailles. Contre les parois sont projetés des textes, paroles de photoreporters face aux scènes dont ils ont choisi d’être témoins.

«Il n’y a de parcours ni thématique, ni historique, ni chronologique», précise Sandra Sunier, commissaire de l’exposition. «Simplement des échanges incessants. Un dialogue entre histoire, anthropologie et art.» Car, bien sûr, ces photos sont belles. Certaines révèlent une filiation prestigieuse: Robert Capa, René Burri, Paolo Pellegrin, Raymond Depardon ou Werner Bischof, pour ne citer que quelques noms parmi les quarante-deux signatures qui font Exil.

Tous se ressemblent

«Beaucoup de nos photojournalistes sont partis, fin 2010-début 2011, documenter le Printemps arabe. Ils ont assisté au départ des migrants vers l’Europe et ont souhaité témoigner aussi de cette migration», raconte Andrea Holzherr, responsable de Magnum Photos à Paris et coproductrice d’Exil. Mais une fois sortis de l’actualité immédiate, ces clichés ne semblent plus intéresser grand monde.

«J’ai alors commencé à documenter les flux migratoires depuis le début de nos archives, c’est-à-dire 1938-1939 avec la guerre d’Espagne», poursuit-elle. «Et je suis arrivée au constat suivant: quelle que soit l’époque ou la région, les gens qui émigrent se ressemblent: ils marchent et portent ce qu’ils possèdent.»

Aussi l’exposition Exilévoque-t-elle cette cohorte de personnes avançant à la queue leu leu, à pied, en voiture ou en bateau, ce long ruban d’exilés en quête d’un avenir meilleur. En 1978 comme en 2017, les Rohingyas fuient les persécutions. Les boat people escortés dans le port de Hongkong par la police en 1990 répondent aux Africains arraisonnés en mer au large de Lampedusa en 2011. Et si ce bambin accroché à la robe de sa mère qui fuit, portant sur ses épaules une lourde valise, a été saisi par l’objectif de Robert Capa à Haïfa en 1949-1950, il pourrait tout aussi bien, aujourd’hui, cheminer vers l’ailleurs.

«Exil» Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, av. de la Paix 17, jusqu’au 25 nov. Infos: www.redcrossmuseum.ch

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