Les Éditions des Sables fêtent leurs 25 ans à Genève

LIVRE Fondée par Huguette Junod, la minuscule maison a sorti quatre livres en 2012, dont trois de poésie. Elle en annonce cinq pour 2005, dont un polar années 50.

Huguette Junod. «Le problème de la poésie est que si beaucoup de gens en écrivent, personne ne la lit.»

Huguette Junod. «Le problème de la poésie est que si beaucoup de gens en écrivent, personne ne la lit.» Image: Laurent Guiraud

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Quatre livres, aux couvertures jaune pâle. Normal, nous sommes aux Editions des Sables. Fondée par Huguette Junod en 1987, la minuscule maison fête ses vingt-cinq ans. Cinq de plus que Samizdat, l’autre maison genevoise à s’occuper essentiellement de poésie. Mais arrêtons là. Côté versification, il faudrait aussi citer La Dogana…

Huguette Junod, comment les Editions des Sables sont-elles nées?

J’avais reçu le Prix des écrivains genevois pour un récit, à publier, fin 1986. Mon texte n’a trouvé aucun éditeur. Avec l’argent reçu, je me suis dit que j’allais fonder ma propre maison. Marlyse Piétri, de Zoé, m’a mise en garde. Elle m’a dit que je ne savais pas au-devant de quoi j’allais. Je ne l’ai pas écoutée. Je me suis lancée. Ma chance a été, comme second texte, de proposer «Enseignants-enseignés, Une estime réciproque» de Gaston Goumaz, qui constituait alors une autorité dans le domaine pédagogique. Le livre s’est bien vendu. Mon vrai succès reste cependant «Petites annonces pour grand amour», qui résultait d’une de mes enquêtes. Toute la presse en a parlé. J’en ai vendu 3000 exemplaires. Un chiffre énorme pour la Suisse romande.

Les Editions des Sables, dont on connaît la tonalité poétique, étaient donc généralistes à l’époque.

Mais elles le restent encore! Normalement, j’essaie de faire moitié-moitié entre les vers et la prose. Cette année est exceptionnelle. Tout d’abord parce que j’ai sorti quatre livres, ce qui tient pour moi du record. Ensuite parce que trois d’entre eux relèvent de la poésie.

Quel est donc votre rythme?

Je n’en ai pas. Je voulais tout de même, au départ, donner au moins un ouvrage par an. Il y a eu un trou. Depuis que je n’enseigne plus, je jouis de davantage de temps. Il y en a donc eu quatre en 2012 et j’en ai cinq en chantier pour 2013. Ils sortiront au moment du Salon du livre, qui constitue selon moi une bonne plate-forme.

Touchez-vous des subventions?

Eh bien là, je vais vous surprendre. J’ai longtemps cru ne pas y avoir droit parce que ma maison restait trop petite. En discutant avec Dominique Berlie, le Monsieur Livres de la Ville, je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas. J’avais en plus vingt ans d’activité derrière moi. Un gage. J’ai donc formulé une demande. Acceptée. Cela m’a permis de prendre en 2012 «Rien (ou presque)» de Vahé Godel. L’ouvrage aurait dû paraître aux Editions Samizdat de Denise Mutzenberg, avec qui j’entretiens les meilleurs rapports. Un de mes livres est d’ailleurs sorti chez elle. Seulement voilà! Chez Denise, il y a une telle liste d’attente que Vahé aurait dû patienter trois ans.

On parle beaucoup de la crise du livre. Comment la sentez-vous?

C’est dur! Mais j’ai une chance, c’est de ne pas en vivre. Je ne loue pas de locaux. Je stocke mes volumes où je peux, c’est-à-dire un peu partout. Je n’ai pas d’employés. Cela veut dire qu’une fois l’imprimeur payé, et je travaille toujours avec Slatkine, le gros des dépenses est couvert. Il me reste la poste. Je n’ai par ailleurs aucun rythme à soutenir. Il ne me faut pas un nombre fixe de titres pour tenir, comme pour les éditeurs r importants. Vous pensez… parfois un titre par an… Quand L’Age d’Homme en sort plus de cent…

A combien d’exemplaires tirez-vous?

Peu. Pour la poésie 200. Pour la prose entre 300 et 500.

Parlez-nous de vos livres actuels. L’un est de vous.

Je m’édite encore parfois. «Dans les Sporades», fait partie de mes ouvrages poétiques sur la Grèce, où j’allais chaque année jusqu’en 2010. J’adore la Grèce, dont j’ai appris la langue, mais je n’aurais jamais l’idée d’avoir une maison. Je bouge. Je vais d’une île à l’autre. C’est une quête et le principe de la quête demeure de ne jamais aboutir. Il s’agit cette fois de poèmes en haïkus, selon la formule japonaise. Sept pieds, cinq pieds, sept pieds. La formule se révèle très exigeante, mais je crois aux vertus de la contrainte.

Il y a donc aussi une plaquette de Vahé Godel…

…que je trouve très belle. Une vraie réflexion sur la mort. L’ouvrage sera traduit en russe et en arménien, et je n’en suis pas peu fière.

Eliane Vernay, dont vous sortez «Au large du vent» a possédé comme vous sa maison d’édition.

J’ai même sorti un recueil, chez elle! Eliane a fermé sa maison, qui ressemblait un peu à la mienne, puis elle a disparu. Elle s’est tue de longues années. Puis elle a refait surface. Je suis très heureuse de l’avoir en catalogue.

Une fiction en prose pour terminer.

Il s’agit de «Gens des villes et gens des îles» de Marthe Monnet, qui oscille entre Genève et Noirmoutier. J’avais déjà sorti d’elle un texte jubilatoire en 2010. Le ton se fait cette fois plus grave.

Et 2013?

Cinq livres donc. Il y aura même un polar années 1950 écrit par l’historien genevois Eric Golay.

Dernière question. Pourquoi la poésie connaît-elle aujourd’hui un tel problème de diffusion?

Mais c’est très simple. Si énormément de gens en écrivent, personne ne la lit!

(TDG)

Créé: 26.12.2012, 17h24

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