Des écrits personnels de Béjart mis en vente

DocumentsDes manuscrits non répertoriés du chorégraphe sont mis sur le marché par un vendeur anonyme et mettent le milieu de la danse en émoi. Réactions.

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La mise à l’encan de manuscrits de Maurice Béjart suscite un grand émoi. Un libraire parisien renommé, spécialisé dans les livres rares et les documents autographes, propose à la vente une dizaine de lettres et textes divers provenant des «archives personnelles» du chorégraphe.

Parmi ceux-ci, le journal intime de l’année 1969 (52 feuillets) au prix de 12 000 euros, un carnet de notes manuscrites pour «Nijinsky clown de dieu» pour 9000 euros, le livret final de «Messe pour le temps présent» (24 feuillets) pour 6800 euros. Au total, quelque 45 000 euros. Se pose du coup la question de l’identité du vendeur. Le nombre d’intimes susceptibles d’avoir reçu ces documents du vivant de Béjart ou peu après son décès est des plus limité.

Celui qui a confié à la librairie parisienne Le Feu Follet les manuscrits mentionnés ci-dessus tient à son anonymat. Il «ne souhaite pas que son identité soit communiquée», nous fait savoir le libraire, qui ajoute «qu’il s’agit, bien entendu, d’une personne légitime». En décembre dernier déjà, la maison parisienne de vente aux enchères Ader Nordmann avait fait figurer dans son catalogue une quinzaine de manuscrits et tapuscrits de Béjart.

Un précédent

Mais cette fois le vendeur était connu. Il s’agissait de Michel Robert, auteur de plusieurs livres d’entretien avec le chorégraphe. Et la vente était faite au profit de la Maison Maurice Béjart, à Bruxelles, que dirige M. Robert. Occupant le vaste appartement où Béjart avait vécu trente ans, cette fondation déploie de multiples activités pour promouvoir son œuvre chorégraphique, à commencer par des expositions.

Un des lots mis en vente, la «correspondance amoureuse et artistique» avec Jorge Donn (33 pages), avait scandalisé. «Que de telles missives, éminemment personnelles, soient dispersées à l’encan si peu d’années après la disparition de leur auteur et de leur destinataire a quelque chose d’infiniment choquant, d’obscène même, pouvait-on lire dans «L’Obs» sous la signature du critique Raphaël de Gubernatis. Et celui-ci d’enfoncer le clou: «Qu’elles soient vendues de surcroît au bénéfice d’une Maison Maurice Béjart censée défendre le patrimoine et la mémoire du chorégraphe paraît plus incroyable encore.»

Se prévalant de quinze ans de compagnonnage avec Béjart, Michel Robert se justifie en disant que cette vente «ne représente qu’une infime partie de ce qu’il m’a donné». Et il assure être parfaitement étranger à la vente de ce mois de février. Alertée en décembre sur le risque de dispersion de ces documents, la Fondation (lausannoise) Maurice Béjart avait acheté l’ensemble des lots. Mais elle n’entend pas renouveler l’opération. Telle n’est pas sa mission. Unique héritière de Maurice Béjart, elle ne se dit pas moins, par le biais d’un communiqué, «profondément choquée d’apprendre que des personnes en possession de documents privés ou professionnels de Maurice Béjart n’hésitent pas à les mettre en vente pour en tirer des bénéfices personnels».

Archives soustraites à la recherche

À Lausanne aussi, la fondation SAPA, ex-Archives suisses de la danse, qui détient un très important fonds Béjart, exprime des regrets. Pour Beate Schlichenmaier, la directrice: «D’une part, la dispersion contredit le principe de garder l’intégrité du fonds; d’autre part, il est regrettable que ces documents, qui font partie de notre héritage culturel, ne soient pas mis à la disposition du public et des chercheurs.»

Docteur en histoire contemporaine, postdoctorante au Fonds national (belge) de la recherche scientifique, Stéphanie Gonçalves effectue un travail sur «le phénomène Béjart». Elle s’étonne de voir apparaître soudainement ces sources de première main. «Pourquoi ces documents n’ont-ils pas été portés plus tôt à la connaissance des chercheurs, mis à disposition dans des archives institutionnelles publiques avec des employés chargés de les conserver et de les mettre en valeur? Pourquoi tant de mystère dans l’accès à ces archives?»

À propos de mystère… Quel est donc le détenteur anonyme des documents mis en vente par Le Feu Follet sur www.edition-originale.com et repris en plus cher sur www.abebooks.fr (le journal de 1969 passe ainsi de 12 000 à 13 800 euros)? D’aucuns pensent qu’il peut s’agir d’un proche ami de Béjart. Contactée, cette personnalité n’a pas donné suite à notre demande d’éclaircissement.

Quoi qu’il en soit, se trouvera-t-il une instance publique ou privée apte à mettre sur la table le montant nécessaire à l’acquisition de ces manuscrits pour en assurer la conservation et la consultation? On ne peut que l’espérer.

Créé: 08.02.2019, 18h29

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