L’ECAL par les actes

ExpositionArrivée il y a dix ans dans ses murs à Renens, la HES arrête sa course le temps d’une exposition de 300 projets. L’occasion aussi de se redéfinir foisonnante et influente.

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Un enfant dans un magasin de jouets n’aurait pas été moins emprunté. De ces mêmes yeux qui semblent caresser leur rêve, le directeur de l’ECAL, Alexis Georgacopoulos, couve de curiosité une décennie d’idées parfois pratiques, parfois impertinentes et toutes devenues formes ou inventions susceptibles de changer l’existence. C’est dire si ça balance futé pour le rocking-chair tricoteur de chaussettes! Pendant que l’imprimante murale se fait aussi discrète que décorative. Ou que la salle obscure projette une sélection de films. Monté sous forme d’exposition, l’accéléré rétrospectif des dernières dix années de l’ECAL – pile celles passées sur le sol renanais – donne presque le tournis.

Les thématiques abondent, se diversifient et croisent l’industrie alimentaire ou médicale, comme les terrains de sport ou les intérieurs cosy. Il y a encore ces chaussures arrêtées en pleine course mais dont le secret ne réside sûrement pas dans l’apparence, il y a cette mise en scène vidéo d’une gamme de mobilier d’un open space se transformant au fil de la journée. Il y a aussi ce drôle de cercle couvert d’un matériau se déridant devant les passants pour devenir un très lisse miroir. En chiffres, la somme des projets exposés dans ce très collégial hall of fame – près de 300 – submerge mais elle sert aussi à impressionner! Le témoignage d’une effervescence, d’une excitation permanente. «Le parti pris est généreux, c’est vrai, mais ce n’est que le 1% de ce qui a été fait, relativise le directeur. Si d’autres occasions, plus radicales, nous permettent de zoomer sur une discipline ou un créateur, il s’agissait, cette fois, de faire une autre démonstration: celle d’une école d’art prenant des risques en accord avec les besoins du moment mais prête à se questionner sur la façon d’aborder le monde.»

Une école qui se montre hyperactive, douée dans l’art de le faire savoir, la communication étant aussi son affaire. «Forcément, plaide Alexis Georgacopoulos. Comme nous produisons du visuel, ce qui nous expose davantage qu’une filière, par exemple, juridique, nous sommes aussi plus visibles, dans le sens littéral du terme. Mais la meilleure communication reste ce que font nos étudiants, la place qu’ils occupent sur le marché – 85% d’entre eux sont actifs dans leur domaine dans l’année qui suit la fin de leur cursus – et pour qui ils travaillent. C’est notre baromètre et… disons-le, il est bon.» Encore porté à la hausse par autant de distinctions, de classements parmi les meilleurs des rankings que de demandes de collaboration. Alessi, Christofle, Punkt, Hermès, Vacheron Constantin, la liste érige un autre hall of fame mais l’ECAL ne la rallonge pas à n’importe quel prix. «Nous sommes une école, nous savons rester à notre place comme c’est le cas, en ce moment et en vue du Salon de Milan, avec une marque italienne et son catalogue de mobilier en marbre. S’il n’est pas question de nous substituer au monde professionnel, nous devons être convaincus des raisons qui nous poussent à travailler ensemble et être sûrs que le projet soit présenté, il n’y a rien de pire que ceux qui restent dans les tiroirs.» Le directeur l’admet, il lui arrive de refuser des propositions prestigieuses ne valorisant pas assez le travail des étudiants. Les prérogatives sont élevées? Le luxe d’une école qui sait où elle va, interventionniste et influente.

Sur tous les fronts

«Le design, pour prendre son exemple, s’occupera toujours de dessiner des chaises et de trouver des solutions. Il le faut. Mais nous voulons pousser nos étudiants à bousculer les codes, à ouvrir des brèches, à s’aventurer en amont de la chaîne industrielle en plus d’être sollicités en bout de course pour intervenir sur le choix des matériaux ou l’amélioration du confort.» Dans les faits, pour Alexis Georgacopoulos, le meilleur du design survient lorsqu’il émerveille en explorateur de terres inconnues. Comme ce diplômé en design industriel rentré au Mexique avec l’intention de sortir l’artisanat de ses envies de plaire aux touristes, sa nouvelle marque plaît et toute une microéconomie y a trouvé son compte. Ou comme ce design qui rêve, crée, embarque des grands chefs pour cuisiner et tester la saucisse du futur… sans viande. Cette fois, c’est dans la chaîne alimentaire qu’une Néerlandaise a mis son grain de sel. À la fois révolutionnaire et concerné par son temps. (TDG)

Créé: 14.01.2018, 10h19

En chiffres

300 L’éventail en chiffres de travaux – objets, films, photos – qui constitue l’expo des 10 ans de l’ECAL à Renens ou l’envie de dire son foisonnement.

600 Le nombre d’étudiants enregistrés lors de la dernière rentrée. Ils étaient 145 en 1995, 234 lors de la constitution de la HES et 420 il y a dix ans.


655 La montagne de prix décrochés en une décennie. La razzia a commencé en 2003 déjà, sur les 24 prix fédéraux du design, 7 étaient pour l’ECAL.


19,8 millions de francs de budget pour une école (une propédeutique, 6 bachelors, 5 masters et 2 MAS). En 2005, il était de 10,5 millions de francs.


85 En %, le nombre d’étudiants qui sont actifs dans leur domaine dans l’année qui suit la fin de leur cursus. Sur 10 ans, 1456 diplômes ont été décernés.

7 ans qu’Alexis Georgacopoulos dirige l’ECAL (diplômé en 1999). Il a pris la succession de Pierre Keller (1995-2011), qui a mené le déménagement à Renens en 2007.

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