Dominique Appia, l’amour de Genève

PortraitUn film consacré au peintre vient de sortir. Rencontre.

Dominique Appia chez lui, entouré de ses tableaux: «Mon côté surréaliste a toujours existé».

Dominique Appia chez lui, entouré de ses tableaux: «Mon côté surréaliste a toujours existé». Image: LAURENT GUIRAUD

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C’est le portrait d’un artiste. Un peintre à la fois célèbre et pas si connu que ça. Un personnage de la vie genevoise. Qui se dévoile dans Appia, mémoires d’une œuvre, réalisé par Nasser Bakhti et à l’affiche en ce moment. Dans ce documentaire, Dominique Appia se raconte et se confronte. A ses tableaux, qu’il redécouvre parfois longtemps après, à son entourage et à la ville, cette Genève qu’il aime tant parcourir à pied, inlassablement. La vision du film nous a donné envie de rencontrer l’homme. Un coup de fil et le rendez-vous est pris pour «un bavardage», pour reprendre les mots de l’intéressé. C’est donc chez lui qu’il nous reçoit, entouré de ses livres, dans un salon avec vue imprenable sur le Salève.

Le plafond du Victoria-Hall

«Le film est né d’une rencontre», témoigne l’artiste, qui fêtera ses 90 ans en 2016. «A travers un ami de fraîche date qui voulait faire un film sur le Victoria-Hall. Il avait trouvé une société de production, et c’était celle de Nasser Bakhti. J’ai montré quelques documents à ce dernier et il a très vite eu envie de réaliser un film sur moi et mon œuvre. On me l’avait déjà proposé plusieurs fois, mais ça n’avait pas abouti.» Dans l’urgence, Nasser commence donc à filmer, mais à ses frais. «Il a su me rendre enthousiaste et de fil en aiguille, tout a fini par arriver. Mieux, j’ai découvert durant le tournage des tas d’éléments nouveaux. Et je me suis découvert moi-même.» On retrouve ainsi Dominique Appia sur l’île Rousseau, puis au Victoria-Hall, dont il a redessiné le plafond après l’incendie du bâtiment, en 1984, puis dans les dépôts de différents musées où sont conservés ses tableaux.

«J’étais incapable de deviner les questions qu’on allait me poser. Les souvenirs remontaient au fur et à mesure. Par exemple lorsque j’avais découvert tous ces appartements inhabités à Genève, dans les années 40. J’étais encore adolescent et les appartements sont restés vides jusqu’à la fin de la guerre. Autre exemple, c’est en retournant sur l’île Rousseau que je me suis rendu compte à quel point Jean-Jacques Rousseau m’interpelle depuis toujours. Sinon, on ne savait pas où on allait en tournant ce film.»

En revoyant certains de ses tableaux, Dominique Appia a parfois eu envie de les corriger. «Il y en a que j’avais complètement oublié. En revanche, j’ai pu constater que mon côté surréaliste avait toujours existé. Il se manifestait par la juxtaposition de deux choses qui ne vont pas ensemble. Je me souviens, il y a longtemps, que la Compagnie des tramways électriques de Genève, bien avant les TPG, faisait des travaux au croisement de deux rues. Alors j’ai fait une gouache d’un ouvrier soudant un aiguillage. Et juste à côté, j’ai rajouté un champ de fleurs. C’était alors les prémices de l’art contemporain. On commençait à avoir un intérêt démesuré pour l’art non figuratif. Un peu plus tard, on s’est même mis à parler de nouvelle cuisine. Mais comme vous avez pu le voir, je suis plutôt antimode. Si j’aimais le surréalisme, c’est parce que je m’y trouvais à l’aise.»

Des égouts secrets

Parfait autodidacte, Dominique Appia est souvent perçu comme un artiste discret. Et avant tout un amoureux de Genève qui aura parcouru la ville dans tous les sens. «J’ai passé mon enfance à Plainpalais. Un quartier que j’ai toujours adoré. J’ai commencé mes balades à l’âge de 7 ans. J’ai même été chauffeur de taxi, quand j’avais 24 ou 25 ans. Sans oublier les égouts. J’y ai travaillé. Un bureau d’études qui plaçait les gens au chômage m’avait demandé si je savais dessiner. Le plan des égouts avait disparu. Alors on se promenait et on relevait le numéro des rues. C’est ainsi qu’on a découvert un égout du Moyen Age. Un souterrain qui suit le côté pentagonal des Bastions. C’est dans le secret que mon imagination se nourrit. Et cela depuis toujours.»

(TDG)

Créé: 20.10.2015, 17h58

Critique

Un film sensible et juste

Relativement classique dans sa structure, Appia, mémoires d’une œuvre fascine grâce à la personnalité de celui qui en est le centre. Peintre discret, Dominique Appia a ainsi la faculté de capter l’attention et s’y révèle entièrement. «Lorsque j’ai dû faire de la protection civile, j’avais choisi les pompiers. De là date ma fascination pour le feu.» Et en effet, plusieurs de ses tableaux montrent des bâtiments en proie aux flammes. Même chose pour les bibliothèques, élément récurrent de la plupart de ses toiles. Là aussi, une passion qui remonte à l’enfance. «Mon père en possédait une exceptionnelle. Avec des dizaines d’ouvrages rares.» De ses rendez-vous hebdomadaires à L’Echalotte à ses déambulations aux Puces de Plainpalais, le film reste ainsi un portrait à hauteur d’homme, sensible et juste. Miraculeux, en quelque sorte.

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