Dieudonné est venu jouer «La Guerre» en douce

SpectacleL’humoriste franco-camerounais a donné dimanche deux séances de son solo à Genève.

Dieudonné M’Bala M’Bala, ici, au Centre de conventions, ne s’était plus produit à Genève depuis le procès, qu’il a gagné, en 2010.

Dieudonné M’Bala M’Bala, ici, au Centre de conventions, ne s’était plus produit à Genève depuis le procès, qu’il a gagné, en 2010. Image: KB

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Secret-défense. Jusqu’au bout, le mystère a plané sur le lieu du rendez-vous que Dieudonné avait donné à ses fans genevois. Avertis de sa venue par un article paru fin février dans GHI, ces derniers se sont dirigés en masse vers le site du comédien, ont réglé le prix du billet, fixé à 45 euros, et attendu qu’un SMS ou un mail leur parvienne une heure avant le spectacle. «Discrétion exigée, y lisait-on avec l’adresse du Centre de conventions CACG, au 27 de la rue Voltaire. Ne pas dire Dieudonné.» C’est que, à Genève comme ailleurs, le prénom dérange. Il ravive notamment le souvenir de 2009, quand la Ville de Genève avait refusé de louer l’Alhambra à l’humoriste, qui s’était alors replié à la Cité Bleue. Dix-huit mois plus tard, il gagnait le procès qu’il avait intenté à l’exécutif, en faisant valoir la liberté d’expression.

Ambiance bon enfant

Aux heures dites – 17 h, suivie de 19 –, une longue queue serpente devant l’ancien cinéma reconverti en salle multimédia. Ambiance détendue, courtoise, parmi les deux fois 350 personnes qui piétinent devant l’entrée: la trentaine pour la plupart, majoritairement des hommes, d’origines diverses, arborant la casquette plutôt que le vison. Un public clairement acquis, et soucieux d’éviter tout débordement. À l’intérieur, une fois franchi le poinçonnage électronique, le client passe une boutique improvisée où s’étalent les produits dérivés du comique – DVD, T-shirts et autres grenouillères portant l’inscription «Je suis un bébé quenelleur». Services de sécurité, de vente et de logistique, tous sont assurés par le personnel régulier de Dieudonné, peu nombreux au demeurant.

Les fauteuils s’emplissent vite. Il faut leur ajouter des chaises pliantes. «C’est quand même désolant d’être acculé à un tel jeu de piste pour pouvoir dire ce qu’on a à dire, murmure un voisin. Au moins, nous avons droit à l’authenticité artisanale plutôt qu’à des conditions de Zénith!» Mais la sono, médiocre, balance déjà les sirènes, explosions et tirs de mitraillettes qui marquent le prologue de La Guerre.

Affublé d’une longue chasuble jaune à capuche, le prêcheur controversé apparaît au milieu des caissons militaires disposés sur le plateau. «Nous sommes la cible d’une puissante manipulation d’état», tonne-t-il au milieu des clameurs qui l’accueillent. Les éclats de rire, les applaudissements ponctueront l’intégralité du show créé en automne 2017, et dont la tournée en Francophonie fait salle comble depuis.

Renouvellement des cibles

Lardées d’insinuations réservées aux fidèles, les vannes s’écarteront parfois du champ guerrier. Dès lors qu’il aura été établi que «les gens qui vivent du commerce de l’armement n’ont pas intérêt à ce que les gens fassent la paix», les piques iront moucher ici les féministes, là la communauté LGBT, ailleurs les Noirs antillais, le système consumériste, Dieu, la santé publique, la neutralité suisse ou, sans surprise, Emmanuel Macron. «Qu’espérer pour un pays qui s’est choisi un banquier pour président?»

Les attaques contre les Juifs, les allusions négationnistes, elles, ont été rayées suite aux polémiques et condamnations à répétition: «J’en ai marre qu’on me traite d’antisémite», tranche celui qui s’est porté candidat à l’élection présidentielle du Cameroun, en octobre 2018 («je suis le seul Camerounais à avoir déjà connu un rapport de force avec Manuel Valls», s’enorgueillit-il hors scène). Globalement, le prédicateur s’attache à dénoncer les assauts lancés, selon lui, contre toute forme de discours politiquement incorrect: «L’humour est devenu clandestin», insiste-t-il entre deux dédouanements.

Si l’on s’en tient à l’agencement brouillon des sketches, force est d’admettre que la réputation de Dieudonné suffit probablement à faire sa publicité. À son bénéfice, on reconnaîtra cependant la réelle aptitude à l’imitation, notamment des voix et des accents (martiniquais, corse, espagnol ou toulousain), du frondeur désormais expulsé de son Théâtre de la Main d’or à Paris. (TDG)

Créé: 12.03.2018, 19h15

Un «débat pour la paix» avec la Cicad?

Entre les deux tours de son spectacle dominical, Dieudonné nous a reçu dans sa loge, le temps de répondre à trois questions.

Pourquoi soumettre votre public à pareil parcours du combattant pour assister à votre spectacle dimanche?

Je veux éviter au public genevois ainsi qu’aux gens qui me louent leur salle de subir des pressions extérieures. Et comme je n’ai pas besoin de pub pour faire fonctionner ma billetterie en ligne, je peux me permettre d’en passer par là pour protéger mes spectateurs de se voir accusés de «complices».

Cherchez-vous à calmer le jeu avec cette «Guerre» moins polémique que «Le Mur» de 2013?

Je continue à tenir mon bâton de pèlerin de la farce. Sur le terrain du rire, je travaille sur les tabous. Je suis allé au bout de l’antiracisme, quitte à heurter certains. Du coup, je suis systématiquement montré du doigt par les associations sionistes. Au temps des monarques, on accordait un langage bien plus libre aux bouffons!

Qu’espérez-vous de votre venue à Genève?

Il fallait jouer à Genève, où je n’étais plus venu depuis 2009. Il n’est pas normal que je prive si longtemps de mes spectacles le public genevois, très présent sur mon site Internet. Maintenant que je suis sur place, je voudrais profiter de ma présence pour proposer une rencontre à la section genevoise de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad). Ce serait volontiers que j’accorderais à la Tribune une interview croisée avec un membre de l’association. Genève serait le lieu idéal de ce débat pour la paix.

Rélexion exigée

Contacté lundi matin, le secrétaire général de la Cicad,
Johanne Gurfinkiel, précise qu’aucun membre de son association ne se trouvait dans la salle du Centre de conventions dimanche. «Nous étions depuis longtemps au courant de la venue de Dieudonné ce 11 mars. Mais pour être informé du lieu de la représentation, il fallait révéler son nom, ses coordonnées et autres détails en commandant un billet. Un frein pour toute organisation antiraciste», commente-t-il. Quant à discuter avec un «homme condamné maintes fois pour antisémitisme», il estime que la proposition exige réflexion et réserve donc pour l’instant sa réponse.

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