Deux ans de bonheur impressionniste

ExpositionEn exposant les trésors de la collection Ordrupgaard venus du Danemark, la Fondation Gianadda met en lumière une aventure humaine et un goût très sûr.

Les quatre Monet que compte la Collection Ordrupgaard sont à voir à Martigny dont

Les quatre Monet que compte la Collection Ordrupgaard sont à voir à Martigny dont "Le Pavé de Chailly dans la forêt de Fontainebleau", huile sur toile de 1865. Image: ANDERS SUNE BERG

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Les Sisley? «Merveilleux», Wilhelm Hansen les a achetés; pareil pour le Pissarro «délicieux» ou encore le Monet, «l’une de ses œuvres les plus célèbres». Par contre, l’autoportrait de Courbet, l’amateur d’art aurait adoré l’avoir pour lui mais il était trop onéreux… même pour un baron de l’économie ayant bâti sa fortune sur une envergure aussi idéaliste que visionnaire. Même pour ce Danois qui a donc eu la bonne idée de populariser l’assurance vie en 1896. C’est cet homme, sa trajectoire, c’est ce collectionneur, ses goûts que l’on cherche derrière l’émouvante accumulation de trésors accrochés à la Fondation Gianadda à Martigny. Soixante pièces!

Un best of de l’impressionnisme, des réalistes et des pleinairistes qui lui ont ouvert la voie, enrichi d’une petite incursion parmi ses suiveurs dans cette nouvelle liberté de représenter: les premiers révolutionnaires du XXe siècle. Des Delacroix, Corot, Daubigny. Des Degas, Monet, Gauguin mais aussi Matisse. Pourquoi eux? Pourquoi précisément ces «Pruniers en fleurs à Éragny» de Pissarro, quels liens, quel intérêt pour la profonde noirceur du «Lutteur» de Daumier? Et cette «Corbeille de poires» de Manet, est-ce pour son fabuleux sens de la synthèse, audacieux, comme l’est le propos des «Vendanges. Misères humaines» de Gauguin?

Parmi ses trésors, la Collection Ordrupgaard compte l’une des versions des "Baigneuses" de Paul Cézanne, peinte vers 1895. Cliquer ici pour agrandir (Image: Anders Sune Berg)

Une signature en chasse une autre sur cette liste où tous les noms comptent aujourd’hui comme hier lorsque Hansen, souvent appelé à Paris pour affaires, rencontre cet art français et devient ce collectionneur éclairé. Il se lance en 1916, prendra deux ans pour constituer le noyau dur d’une collection particulière qui sera tout aussi rapidement considérée comme l’une des plus belles de cette période en Europe, voire dans le monde. Pour affirmer ses choix, l’homme se fait conseiller par un expert; pour les endosser financièrement, il est un peu aidé par l’effondrement du marché de l’art pendant la Première Guerre mondiale avant de devoir constituer un consortium lorsque les prix reprennent de la vigueur. Il n’empêche! On est loin du seul effet de liste. Et s’il y a de la frénésie dans l’acte d’achat, elle révèle la passion d’un homme, de son épouse Henny, de ce couple de Danois pressés de faire découvrir le regard des peintres français au plus grand nombre. Les Hansen appartiennent à la caste des collectionneurs passeurs d’art, leur désir de posséder étant intimement lié à celui de diffuser, et comme d’autres – dont les Hahnloser avec leur villa Flora à Winterthour – ces idéalistes ont bâti leur ensemble en même temps qu’Ordrupgaard, l’endroit où l’exposer au nord de Copenhague. Et comme tant d’autres encore, ils n’ont pris qu’une seule liberté avec l’histoire de l’art: celle d’assumer des choix très subjectifs.

L’audace de peindre et de choisir

Le parcours dessiné, thématique, à la Fondation Gianadda les suit, égrenant les paysages, les sensations de nature, les scènes de genre, les figures féminines, les portraits ou encore les natures mortes. Il faut bien un guide, un chemin à suivre mais c’est avant tout cette liberté d’aimer arbitrairement qui éclate! Elle est vertigineuse si on en reste au nombre de tableaux acquis en si peu de temps mais puissamment audacieuse au moment de les contempler les uns après les autres. Les Hansen aiment les partis pris, les messages cachés, les doubles sens. Ils aiment Courbet, si pertinent dans le choix des images – la nature, la puissance destructrice des vagues sur les falaises d’Étretat – pour appuyer le choc des inégalités sociales. Ils ont osé le choix d’un Gauguin, déjà artiste dans sa palette mais encore agent de change pour vivre, parce qu’il superpose le portrait d’un enfant endormi et celui de l’innocence dans «La petite rêve». Les morceaux de bravoure picturale s’additionnent: il y a ce Monet, épris des humeurs d’un temps gris sur la «Falaise de Sainte-Adresse» et pris de cette nécessité de les rendre, impulsives et fulgurantes, sans avoir à peindre l’ensemble de la toile. Ou encore cette «Femme se coiffant» sortie de son intimité par Degas qui use de l’huile comme s’il s’agissait d’un pastel. L’audace filtre de chaque toile, plus ou moins flagrante, elle sert de dénominateur commun et se révèle dans l’œil de collectionneurs qui ont aussi su prendre des risques.

Créé: 24.02.2019, 09h22

Mais encore....

60


Le nombre de pièces exposées à la Fondation Gianadda sur les 150 que compte la Collection Ordrupgaard.

Sur les 40 paysages à son inventaire, 35 ont fait le voyage de Martigny.

Généreuse, l’exposition présente encore les 4 natures mortes (Manet, Matisse, Gauguin, Redon) comme la très grande partie de ses chefs-d’œuvre dont ses 3 Courbet, ses 8 Corot, 4 Monet ainsi que huit de ses 12 Gauguin!

"Femme se coiffant" de Degas, une huile qui a l’air d’un pastel.
Cliquer ici pour agrandir (Image: Anders Sune Berg)

«Je devais te l’avouer: je me suis montré léger et j’ai fait de nombreux achats. Mais je sais que quand tu verras ce que j’ai acheté, tu me pardonneras.»



Wilhelm Hansen

En dates

1916 Premiers achats à Paris, un Monet et un Berthe Morisod. Auparavant, Hansen collectionnait les peintres danois.

1918 Ouverture du Musée Collection Ordrupgaard au nord de Copenhague.

1922 La conjoncture force les Hansen à se séparer de certains tableaux, ils se tournent vers l’État, sans suite. Certains seront rachetés par le Zurichois Oskar Reinhart.

1952 La Collection est léguée à l’État.

2005 Ouverture de l’extension signée par l’architecte iranienne Zaha Hadid.

2018 Pour son centenaire, la Collection se montre dans le monde, à Paris, Montréal et cette année à Martigny.

Infos pratiques

Martigny, Fondation Gianadda
Jusqu’au 16 juin, tlj (10h-18h)
www.gianadda.ch

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