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Les designers se mettent à draguer les seniors

Le Prix Design Suisse introduit pour la première fois une distinction pour des projets tenant compte des contraintes du vieillissement. Une tendance qui ne fait encore qu’émerger.

Pour présenter sa collection Royal Blush, la styliste suisse Jana Keller fait appel à des mannequins de tous âges.
Pour présenter sa collection Royal Blush, la styliste suisse Jana Keller fait appel à des mannequins de tous âges.
ELLIN ANDEREGG
'Solidarity Network', le service Web développé par l'EPFL?+?ECAL Lab est nominé par le Prix Design Suisse dans la catégorie 'Focus Ageing Society'
'Solidarity Network', le service Web développé par l'EPFL?+?ECAL Lab est nominé par le Prix Design Suisse dans la catégorie 'Focus Ageing Society'
Anoush Abrar / EPFL+ECAL Lab
Les tintebins au look moderne présentés par le Prix Design Suisse lors du lancement de sa nouvelle catégorie de prix.
Les tintebins au look moderne présentés par le Prix Design Suisse lors du lancement de sa nouvelle catégorie de prix.
DPS
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Les spécialistes du marketing n’ont qu’à regarder les courbes démographiques. S’il existe une clientèle en plein essor, c’est celle des baby boomers. Et pourtant, la conception et le design de produits adaptés aux personnes âgées sont encore au stade de l’enfance. C’est le constat auquel le Prix Design Suisse veut tordre le cou cette année. Le 3 novembre prochain, cette compétition, parmi les plus importantes du genre en Suisse, dévoilera ses lauréats dans 12 catégories différentes, dont une toute nouvelle. Pour la première fois, un jury récompensera des projets spécialement conçus pour les aînés ou pour mieux les inclure dans notre société.

Pas «pour les vieux»

«On constate que les personnes âgées sont de moins en moins sensibles aux produits ou aux campagnes marketing faites spécialement pour elles, avec une esthétique qui les stigmatise. Ils ne se reconnaissent pas dans l’image traditionnelle du vieux», observe Michel Hueter, commissaire du Prix Design Suisse. Les gens vivent en meilleure santé plus longtemps, mais ce n’est pas tout. La proportion de personnes âgées connectées à Internet a elle aussi pris l’ascenseur ces dernières années. C’est ce que montre une étude publiée en 2014 par la fondation zurichoise Age Stiftung, partenaire du Prix Design Suisse. Elle conclut également qu’en une vingtaine d’années la perception que les personnes de 55 à 74 ans ont d’elles-mêmes a aussi évolué et se tourne davantage vers l’innovation.

Le design de produits et de services s’éveille doucement à ce phénomène. «L’esthétique des cannes et des tintebins s’est améliorée, remarque par exemple Antonia Jann, directrice d’Age Stiftung. On commence à voir de beaux produits qui n’existaient pas il y a cinq ans. C’est la conséquence d’un marché qui grandit.» La fondation, qui défend essentiellement les besoins des personnes âgées dans le domaine de l’architecture et des services, s’engage depuis peu sur le thème du design de produits: «Il y a environ 10 ans, nous avions déjà frappé aux portes d’écoles et de designers pour voir s’il y avait un intérêt pour ce domaine, mais à l’époque nous n’avions trouvé personne», se souvient Antonia Jaun.

Verra-t-on bientôt exploser la tendance du design pour les personnes âgées? «Le concept de design universel est beaucoup plus intéressant, défend Michel Hueter. Le défi principal est de rendre la société plus inclusive et de développer des solutions qui fonctionnent pour tout le monde.» Il l’avoue toutefois, trouver des projets de designers qui tiennent explicitement compte des besoins des seniors n’a pas été si facile.

Intégrer les besoins de tous

Parmi les 6 nominés de la nouvelle catégorie du Prix Design Suisse, on trouve notamment des projets de maisons intergénérationnelles. Le jury de sélection a aussi retenu le nouveau train CFF Giruno, conçu par Stadler Rail pour circuler dès 2019 sur la ligne du Saint-Gothard. Avec des couloirs plus larges, des espaces pour les personnes à mobilité réduite, une signalétique claire et même un plancher qui s’adapte à la hauteur des quais, la rame conçue par Stadler coche toutes les cases du design pour tous.

Seul nominé romand, l’EPFL + ECAL Lab, de Renens, est retenu pour le développement d’un service Web pour les aînés. Le laboratoire de recherche, dont le but est de faire converger ingénierie et design, est encore en train de tester son projet, mais prévoit une mise en fonction dès le début de l’année prochaine. Signe particulier, son «Solidarity Network», ou «réseau de solidarité», n’est pas un Facebook du troisième âge, connecté aux seniors du monde entier. L’outil vise plutôt à renforcer les liens entre personnes qui se connaissent et leur permettre d’organiser des activités réelles. «Pour les seniors, les réseaux sociaux classiques sont une perte de temps, car ils ne les aident pas à créer le type d’interactions qu’elles recherchent. S’ils ne les utilisent pas, ce n’est donc pas une question de capacités, mais de besoins», détaille Nicolas Henchoz, directeur de l’EPFL + ECAL Lab.

Pour concevoir «Solidarity Network», l’équipe de recherche a travaillé pendant plusieurs mois avec des groupes de seniors à Prilly, à Ecublens et à Grandson. Une démarche aussi inédite que riche en enseignements pour les designers: «Il faut des visuels simples, mais pas minimalistes, souligne Nicolas Henchoz. Les gens ne veulent pas d’une interface avec de gros boutons, faite pour des polyhandicapés.»

Si penser davantage aux personnes âgées est un premier pas pour les designers, ils jouent toutefois aussi un rôle pour les valoriser. Dans le monde de la mode, les mannequins aux cheveux blancs se font timidement une place. Aux derniers Design Days à Genève, fin septembre, on a par exemple pu découvrir la jeune créatrice suisse Jana Keller, qui promeut sa collection Royal Blush sur le Net avec des modèles de tous âges. «Je l’ai fait pour la première fois en 2012, explique-t-elle. A l’époque, cela a suscité des réactions positives, mais aussi beaucoup de questions.» Elle observe que les mannequins âgés étaient encore rares il y a cinq ans, mais les temps changent. En tout cas, pour elle, faire porter ses créations tombe sous le sens: «Pourquoi ne pas montrer toutes les femmes magnifiques qui porteront réellement ces vêtements?»

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