Dernière ligne droite pour les coureurs de fond de l’Orangerie et du Grütli

ThéâtreFins de mandat pour Valentin Rossier et Frédéric Polier, qui ont présenté jeudi leurs ultimes saisons respectives.

En six saisons estivales, le Théâtre de l’Orangerie a vu progresser ses recettes, ses productions et sa fréquentation.

En six saisons estivales, le Théâtre de l’Orangerie a vu progresser ses recettes, ses productions et sa fréquentation. Image: MARC VANAPPELGHEM

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Ils ont vu le jour à un an d’écart, en pleine décennie bénie des sixties, sur les rives du Léman entre Nyon et Vevey. Ont fréquenté ensemble l’Ecole supérieure d’art dramatique de Genève à la fin des années 80. Frayé à différents degrés avec leurs confrères et consœurs au sein du mythique Garage pendant l’effervescente ère des squats genevois, et contribué à l’avènement de l’Helvetic Shakespeare Company en 1994.

Cela ne fait pas de pli, Valentin Rossier et Frédéric Polier sont, selon le point de vue, ou des complices ou des rivaux. Si le premier a rapidement pris les rênes de l’Helvetic, le second, lui, a devancé le premier aux commandes du Théâtre estival de l’Orangerie de 2007 à 2011. Aujourd’hui, avec leur sixième exercice consécutif de programmation entre les mêmes murs, chacun signe sa dernière saison: trois mois d’été 2017 pour Valentin Rossier à la bucolique Orangerie; neuf mois d’hiver 2017-2018 pour Frédéric Polier au citadin Théâtre du Grütli. Mais cela n’assure pas pour autant que leurs trajectoires ont définitivement cessé de se croiser.

Le coup du «last shot»

A la fin de septembre, Valentin Rossier dénouera donc son tablier d’horticulteur affecté aux serres de l’Orangerie. «Vous avez vu le clin d’œil que j’ai intégré à l’affiche de saison? sourit-il avec une fierté teintée d’autodérision. Le pistolet que tient notre égérie 2017 Diana Rigg, merveilleuse interprète d’Emma Peel dans Chapeau melon et bottes de cuir, y tire discrètement les lettres d’alphabet qui composent les mots «last shot»!» Trêve d’amertume enjouée, le programmateur peut, avant d’ajouter sa touche conclusive au tableau, se féliciter d’avoir à la fois renfloué les caisses de son théâtre, réduit les dépenses de celles du chômage en dégainant un nombre croissant de productions locales, et surtout doublé les chiffres de sa fréquentation, passés, sous son égide, de 6000 à 12 000 spectateurs.

Sur les huit spectacles qui s’enchaîneront du 27 juin au 30 septembre, quatre seront des créations romandes, quatre des accueils, venus par exemple de Belgique. Une affiche théâtrale que viennent compléter, outre les coutumières 22 Soirées musicales de l’Orangerie qui égaient nuitamment la Terrazza, des événements culturels tels qu’une exposition photographique sur le thème «Femmes de pouvoir, pouvoir des femmes» (en partenariat avec le Centre de la photographie Genève) ou qu’un Procès de Lady Macbeth plaidé sur la scène d’Am Stram Gram par Maîtres Marc Bonnant et Yaël Hayat, le 20 juin déjà. Deux prolongements hors enceinte pour le spectacle d’ouverture, Macbeth.

Aux commandes, le chef de cordée des alpinistes gravissant Shakespeare à Genève, soit le directeur des lieux, metteur en scène et comédien Valentin Rossier himself. Après avoir sillonné par le passé les falaises de Roméo et Juliette, Titus Andronicus, Othello ou Hamlet, il installe son sanguinaire tyran dans une chambre d’hôtel moderne à laquelle on accède en ascenseur. Et applique à l’«homme qui a tué le sommeil» la lecture «psychocritique» dont il a le secret, répartissant les instances du ça, du moi et du surmoi respectivement aux trois sorcières prophétiques, à Macbeth et à Lady Macbeth. Avec notamment Gilles Tschumi, Barbara Baker et Valentin Rossier, la tragédie est coproduite par le théâtre Le Public de Bruxelles et comptabilise déjà de nombreuses dates de tournée.

Hôtels, motels et cimetière

Le Genevois Pietro Musillo délaissera quant à lui son Harold Pinter de prédilection pour créer en août l’affrontement amoureux signé Sam Shepard, Fool for Love. Sous le toit d’un motel délabré, cette fois, les non-dits et les secrets mènent plus que jamais le jeu. Egalement à naître sur les tréteaux en août, l’adaptation par Didier Carrier des Nouvelles mortuaires d’Anton Tchekhov. Dans une «ambiance de cimetière», on s’attardera, entre farce et tragique, sur les deuils et survies quotidiens, ces «morts qui nous rendent furtivement vrais» selon le metteur en scène. Quant à la quatrième création de la saison, elle est confiée à Anne Bisang, qui montera en septembre le virtuose Elle est là de Nathalie Sarraute, où Homme 1, Homme 2 et Femme révèlent la gageure sociale consistant à «admettre la pensée de l’autre».

Côté accueils, le Belge Michel Kacenelenbogen reviendra fouler les planches de l’Orangerie à la fin de juillet avec sa transposition scénique du scénario de Woody Allen, Maris et femmes. Il sera suivi par l’accueil jeune public des Trois petits cochons engraissés par la plume de Noëlle Revaz, et soignés par la mise en scène de Georges Grbic. L’univers du cinéma sera également convoqué par L’Illuminé de Marc Hollogne, à la toute fin d’août, qui voit ce dernier donner, depuis un cachot du XVIIIe siècle, la réplique aux acteurs du grand écran Rufus ou Mathilda May. Enfin, la danseuse Perrine Valli sera de passage en septembre avec son solo dédié à la poétesse Emily Dickinson, Si dans cette chambre un ami attend.

Théâtre de l’Orangerie Programme et billetterie, www.theatredelorangerie.ch

Créé: 06.06.2017, 21h24

Fred Polier: «Intermittent j’étais, intermittent je resterai»

Au Théâtre du Grütli, on ne badine pas avec le rituel annuel qu’est la présentation de saison. Ou plutôt si: son patron Frédéric Polier, peu friand de l’exercice, ne l’envisage que le sourire en coin. En 2016, elle s’assortissait d’une comédie du même nom; jeudi dernier, c’est une cérémonie hindoue qui attendait les abonnés passés, présents et futurs. «Namasté», répétait à travers une fumée d’encens un Rundi Batchi interprété par le chaplinesque David Valère, engagé pour relancer le discours du maître de céans – et lui faire avaler que «rien n’est permanent, il faut accepter ce qui est».

Après le sketch – mais avant le DJ set – le directeur, metteur en scène, musicien et comédien égrenait ensuite sa ribambelle de 12 titres. Dont on dégagera ici ses deux propres créations hardies: l’opéra de chambre de Benjamin Britten Le Viol de Lucrèce, pour commencer en septembre, et Las Piaffas de Serge Valetti, comédie iconoclaste d’après Les Oiseaux d’Aristophane, en février. De même qu’on retiendra les deux projets du compagnon de route Eric Salama: La Ballade du soldat Bardamu, adaptée du Voyage au bout de la nuit de Céline (avec Polier dans le rôle-titre), en novembre, suivi, en avril, d’une à nouveau militaire La grande paix, signée Edward Bond. Pour rester entre fidèles, relevons encore la mise en scène d’ores et déjà attendue d’une Camille Giacobino forte de son récent drame amoureux (Les Hauts de Hurlevent), qui retournera en mai à Shakespeare avec Roméo et Juliette. Quant au camarade Valentin Rossier, il s’inscrit au programme en montant une pièce de Fabrice Melquiot, Lisbeths, dans laquelle il jouera, face à Marie Druc, la moitié d’un couple aux contours flous.

Cette sélection partielle ne saurait enfin omettre l’apport d’Elidan Arzoni, qui s’attaquera à La grande et fabuleuse histoire du commerce, du même Joël Pommerat dont le Ça ira (1) Fin de Louis vient de secouer les esprits ce printemps au BFM. Falk Richter, Daniel Vouillamoz, Julien Mages, Javier Gutiérrez et le collectif de comédiens Les Amis du Boulevard romand achèveront de fournir les dialogues à la dernière saison d’une direction férue de texte.

Une saison naturellement dédiée à deux disparus qui ont tout donné pour faire de ce théâtre ce qu’il est: son ancien capitaine Bernard Meister et son chef technique de toujours, Jean-Michel Broillet.

Théâtre du Grütli Programme et billetterie, www.grutli.ch

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