«Un défilé d’école est une mise à nu»

StylismeLe créateur belge Olivier Theyskens préside le jury du défilé des diplômés de la filière mode de la HEAD, qui se tient ce vendredi soir.

Âgé de 41 ans, Olivier Theyskens a démarré dans le métier il y a plus de vingt ans.

Âgé de 41 ans, Olivier Theyskens a démarré dans le métier il y a plus de vingt ans. Image: THOMAS DESCHAMPS

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L’événement est devenu un incontournable de la planète couture helvétique. Le très couru défilé annuel de la HEAD (Haute École d’art et de design de Genève) dévoilera ce soir à l’Espace Hippomène les travaux des diplômés bachelor et master de la filière. Pour cette douzième édition, la présidence du jury sera assurée par le créateur belge Olivier Theyskens. Le prodige bruxellois se révèle au grand public en 1998, lorsque Madonna apparaît à la cérémonie des Oscars dans une longue robe de satin noir portant sa griffe. Il a alors 21 ans et n’a produit qu’une seule collection de prototypes. Ancien directeur artistique chez Rochas, Nina Ricci et Theory, le designer est aujourd’hui à la tête d’une marque qui porte son nom. Entretien avec le chaleureux quadragénaire, à la veille d’une présentation qui se jouera à guichets fermés.

Comment envisagez-vous le rôle de président du jury?

Il est central, parce qu’il apporte un cadre lors des débats intenses qui se mènent entre les membres lors des délibérations. Le président doit se forger une opinion solide, convaincre, puis trancher. Le jury doit être attentif aux atouts techniques et imaginatifs de chacun, et demeurer ouvert car il y a des métiers très différents dans la mode: tous les étudiants ne deviennent pas couturiers.

Espérez-vous être surpris?

Il est intéressant de découvrir ce que proposent les nouvelles générations. Elles ont d’autres préoccupations, d’autres approches. Même si, avec l’habitude, on repère des thématiques et des recherches récurrentes, il arrive que des personnalités étonnantes se distinguent.

Quels sont les enjeux d’un défilé d’étudiants?

Ils sont différents de ceux des professionnels. Le but consiste rarement à se vendre. C’est plutôt une façon de présenter qui on est, humainement. Il s’agit d’individus qui se mettent à nu.

Y a-t-il aujourd’hui d’autres impératifs que lorsque vous avez commencé?

Oui, car si le métier est vieux comme le monde, le monde a tellement changé! Lorsque j’ai débuté, il y a vingt ans, internet existait à peine. Ce sont des publications éditoriales sur mes travaux qui m’ont aidé à l’époque. Maintenant, la communication est complètement différente, il existe d’autres outils pour se faire connaître.

Quelle est la plus grande difficulté que vous ayez eue à surmonter?

Justement, la partie logistique. Je possédais une rivière de créativité, le défi était de trouver le moyen de la faire connaître et de l’inscrire dans une méthode de production. Mes deux premières collections n’étaient pas conçues pour être produites en masse. Le défi fut de trouver des fabricants, de rencontrer les bonnes personnes.

Quel conseil donnez-vous aux jeunes qui se lancent?

Savoir que chaque chemin est différent. Ensuite, je les enjoins à s’ouvrir et à ouvrir les yeux autour d’eux, à se faire aider, à travailler en équipe. Souvent, les étudiants ont un mode de vie très hermétique et après les études, on peut rapidement végéter. Être une perle rare ne suffit pas, émerger tout seul est exceptionnel: il faut oser se constituer un microcosme. Il ne faut pas hésiter à écouter les conseils des professionnels, tout en ayant confiance dans son intuition, malgré le doute.

Et quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu?

Ce n’est pas exactement un conseil. Mais une phrase de mon attaché de presse m’avait marqué: il me disait que la mode était un univers plein de requins. J’avais 19 ans et durant plusieurs années, je me suis demandé où ces requins étaient! Heureusement, tout en écoutant beaucoup les personnes d’expérience autour de moi, je me suis protégé, j’ai fait attention, tant il est vrai qu’on peut se retrouver sur des chemins regrettables.

Quelle est la mission d’une école comme la HEAD?

Une école forme aux métiers de la mode des personnes qui sont des diamants bruts. Cela nécessite un travail de chape pour faire émerger les talents. En outre, elle doit fournir un enseignement sur notre époque, le métier et l’environnement. C’est une tâche difficile qui implique d’être au cœur de l’industrie. Souvent, cet aspect manque, d’où l’importance des stages.

On parle de style belge. Existe-t-il un style suisse?

À mon sens, il ne se dégage pas d’école suisse. La Belgique a eu la chance d’avoir deux vagues générationnelles de créateurs, la première dans les années 80 et la seconde, dont je fais partie, à la fin des années 90. Ça a façonné une culture, une attitude dans la façon de créer comme dans la manière de commercialiser. Il y a, dans le travail des Belges, un sérieux, un respect et une vraie poétique.

Défilé de mode de la HEAD- Vendredi 9 novembre à 20 h. Diffusion en direct sur www.head-geneve.ch


Technique et sensualité sur le podium

Une création récente de Vanessa Schindler. CHAUMONT-ZAERPOUR

Le cru 2018 offre une rasade de plaisir supplémentaire à ses spectateurs. La HEAD a convié une ancienne élève sur le podium, tout auréolée des nombreux prix que son travail a récoltés depuis son sacre à Hippomène en 2016. Après deux récompenses au Festival international de mode d’Hyères 2017 et un Prix fédéral de design, Vanessa Schindler présentera ce soir la collection qui fait suite à «Urethan pool, chapitre 2», Prix Master Mercedes Benz il y a deux ans. «C’est assez émouvant de revenir, explique-t-elle. Montrer les développements d’un projet conçu à l’école est une manière de boucler la boucle.» Durant son cursus, la jeune créatrice a mis au point un procédé novateur qui permet de se passer de couture en utilisant de l’uréthane, un polymère similaire, une fois sec, à du silicone. Pour cette deuxième collection, Vanessa a essayé d’exploiter au maximum ses recherches. «La technique reste dans le même esprit, mais elle est plus aboutie: je n’ai presque rien cousu!» Les distinctions et son talent lui ont aussi ouvert les portes de prestigieuses maisons parisiennes. Fréquenter les broderies de la Maison Lesage, les bijoux chez Goossens ainsi que les Métiers d’arts de Chanel a fait évoluer son univers esthétique vers davantage de couleurs, de délicatesse et d’élégance. La féminité poétique des tenues s’est affirmée, le jeu des transparences et des flous ose une sensualité plus assumée. Actuellement en résidence à la Cité des arts de Paris, la Suissesse explore la réalisation d’accessoires, en vue de les commercialiser. «J’ai la chance de passer un an dans une ville qui grouille de contacts. Ça me donne un espace formidable pour mettre les choses en place.» I.L. www.vanessa-schindler.com

(TDG)

Créé: 09.11.2018, 16h35

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