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David Valère, Monsieur Propre de la satire sociale

Le comédien et sa troupe d’étudiants donnent un coup de poutze au monde du travail.

Dans «Le rêve de l’aspirateur», David Valère manœuvre des balais électriques autant que des aspirants comédiens.
Dans «Le rêve de l’aspirateur», David Valère manœuvre des balais électriques autant que des aspirants comédiens.
GEORGES CABRERA

Dans le milieu théâtral, David Valère se confond depuis 2009 avec «Un homme debout», l’inoubliable solo qu’il interprète d’après Aimé Césaire. Vrai, le comédien y donne corps comme personne au «Cahier d’un retour au pays natal» du chantre martiniquais de la négritude. Toutefois, l’amalgame reste court, puisqu’il néglige les multiples fonctions annexes d’un appareil électroménager à haut voltage. Comédien, pédagogue, conseiller en insertion, auteur, motard, papa, touche-à-tout, et j’en passe: échange avec un aspirateur qui fait des étincelles.

Votre nouvelle création s’intitule «Le rêve de l’aspirateur». À quoi donc aspire votre engin?

À faire page blanche. L’aspirateur est un objet d’hospitalité. Il n’efface pas mais retire les poils de chat de la moquette. Petit, j’observais ma nourrice qui nettoyait les sols tous les jours. Notre logement était simple mais étincelant de propreté. Aujourd’hui, je reproduis son geste. Au théâtre, le plateau est un appartement. Y passer le balai avant d’y faire quoi que ce soit d’autre équivaut à s’approprier le terrain.

Vous-même, le passez-vous souvent?

J’ai honte: tous les jours! C’est mon moyen d’accéder à la pleine conscience! En plus de calmer mon hyperactivité, cette aspiration quotidienne me permet de me centrer.

L’origine de votre nouveau projet?

Ma pièce se situe à la conjonction de trois univers: le marché de l’emploi, mon goût pour les aspirateurs et ma passion pour le théâtre. À sa base, on trouve mes trois métiers parallèles: à l’Œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) en tant que formateur et «job coach» – c’est-à-dire conseiller en insertion; aux Activités culturelles de l’Université de Genève, où je donne depuis 2010 un atelier hebdomadaire de jeu d’acteur; et dans mon immeuble, dont je suis le concierge. L’OSEO me suggère maintes réflexions sur la relation entre cadre et employé. Passer l’aspirateur dans les escaliers de mon immeuble m’a par ailleurs inspiré un poème, point de départ du texte de mon spectacle. L’acte de nettoyer devrait être mieux valorisé. De manière générale, je trouve intéressant d’utiliser le théâtre pour mettre les petites gens, les petites mains à l’avant-poste. De même, j’aime travailler avec des amateurs, cette année les six étudiants inscrits à l’atelier, avec lesquels l’écriture du spectacle s’est nourrie d’échanges ou d’improvisations sur le thème du chômage. Pour éviter que le sujet soit barbant, j’ai voulu le contextualiser au sein d’une entreprise de fabrication d’aspirateurs, Bouledogue & Fils.

Pourquoi à la Cité Bleue?

Jusqu’ici, nous avons toujours donné nos spectacles à Uni Mail. Cette année, les Activités culturelles ont loué cette salle à l’avenue de Miremont, pour absorber leur programme chargé. Du coup, c’est une tournée hors les murs qui nous donne accès à un vrai théâtre.

Comment glisse-t-on d’«Un homme debout» au «Rêve» d’un aspirateur?

Mon quotidien m’amène à rencontrer des gens brisés par le marché de l’emploi, utilisés comme des sacs d’aspirateur que l’on jette après usage. Sur les traces d’Aimé Césaire, je pose un constat, alarmant, puis je fais le rêve qu’on se remette debout en face de lui. Je postule ainsi qu’un licenciement peut donner l’opportunité de se relever. De retrouver de l’amour-propre. Un comédien connaît lui-même la précarité dans sa propre carrière, sa trajectoire comprend forcément des déconvenues. Cette expérience fait de moi un «expair» au sens défini par le chercheur Philippe Meirieu. Il se trouve que je partage avec les demandeurs d’emploi des scènes du spectacle, en les leur donnant à lire. Cela crée un effet miroir en faisant dialoguer deux mondes, et, lors des représentations, en brassant deux publics. Avec en tête cette idée toute proche d’«Un homme debout»: que le moins crée le plus; et qu’en acceptant cet adage, on finit par balayer les moins.

Vous-même, vous aspirez plus que vous n’expirez?

Oui. L’aspirateur nettoie mais agit aussi comme une éponge. Il suce des particules qui nourrissent l’imaginaire. Il absorbe dans sa besace pour qu’on puisse y puiser par la suite.

Dans votre mécanique personnelle, existe-t-il un bouton ON/OFF?

J’avoue être plus souvent sur ON. Même si de 2 h à 6 h 15 du matin, c’est OFF. Comme l’enfant spontané que j’étais, je suis toujours à l’affût. C’est l’enthousiasme, du mot grec theos, signifiant dieu, qui crée mon énergie!

«Le rêve de l’aspirateur» Théâtre Cité Bleue, je 17 et ve 18 mai à 20 h, entrée libre (chapeau à la sortie), www.culture.unige.ch

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