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David LaChapelle: «Je pensais que j'étais fini»

À l’occasion de sa 1ère exposition solo en Suisse, à la genevoise Galerie des Bains, l’artiste américain nous parle de son nouveau départ, personnel comme professionnel.

Rencontré à la Galerie des Bains en début de semaine, David LaChapelle étonne par son caractère calme et posé qui tranche avec ses photographies aux couleurs vives et mises en scène osées.
Rencontré à la Galerie des Bains en début de semaine, David LaChapelle étonne par son caractère calme et posé qui tranche avec ses photographies aux couleurs vives et mises en scène osées.
Enrico Gastaldello

Il a photographié les plus grandes stars de ces trente dernières années et réalisé quelques-uns des vidéos clips qui ont marqué la culture pop des années 90 à 2000, à l’image de «Dirrty» de Christina Aguilera ou de «Rich Girl» de Gwen Stefani. De Michael Jackson à Madonna, en passant par Cher, Elizabeth Taylor, Tupac ou Amy Winehouse, ils sont tous passés devant l’objectif de David LaChapelle. À un moment donné, avoir son portrait tiré par l’artiste était plus qu’un gage de célébrité, c’était l’assurance de s’inscrire dans la pérennité.

Une époque révolue pour l’artiste, aujourd’hui âgé de 56 ans. D’ailleurs, dans l’exposition que lui consacre la Galerie des Bains, dès ce vendredi soir, les clichés de célébrités ont été relégués au restaurant du Café des Bains voisin.

De l’exil à la rédemption

Épuisé par le travail, les excès, la pression et la futilité d’un monde basé sur l’image, David LaChapelle finit par claquer la porte sur Hollywood pour s’exiler à Hawaï, où il s’installe dans une ferme bio, alimentée à l’énergie solaire et jure de ne plus jamais photographier de star... C’était en 2006. «Je pensais que j’étais fini», lâche-t-il, alors que nous le rencontrons en début de semaine à la galerie. «Il m’a fallu six mois avant que j’ose toucher un appareil photo à nouveau.»

On l’imaginait arrogant et extraverti, au moins autant que ses photographies sont colorées et extravagantes, on le découvre humble et touchant, son regard fuyant trahissant une sensibilité à fleur de peau. «Puis, un jour, j’ai reçu le coup de fil d’une galerie qui souhaitait exposer mes œuvres. J’étais étonné, car je ne pensais pas qu’avec mon passé dans la mode, une galerie serait intéressée par mon travail.»

Tirée de la série «A New World», «L'Annonciation» prédit l'arrivée d'un second Christ qui sauverait l'humanité du déclin. ©David LaChapelle
Tirée de la série «A New World», «L'Annonciation» prédit l'arrivée d'un second Christ qui sauverait l'humanité du déclin. ©David LaChapelle

Parmi la douzaine de clichés accrochés à la Galerie des Bains, la moitié date d’après 2006. La plus récente, «L’Annonciation», n’a été prise que quelques mois en arrière dans une petite chapelle de la forêt tropicale de l’île de Maui, là où l’artiste vit et travaille. On y décèle une Madone à la peau couleur ébène, à moitié allongée sur le sol, une main levée en direction de l’archange Gabriel, drapé d’or et de satin, l’autre délicatement posée sur son bas-ventre porteur de vie. Et d’espoir? C’est en tout cas ce que souhaite l’artiste, pour qui l’arrivée de ce second Christ serait annonciatrice d’un nouveau départ pour l’humanité: «Lorsque vous vivez dans une nature intacte, qui n’a pas été spoliée par la main de l’homme, vous réalisez à quel point tout cela est fragile. En seulement trois ans, j’ai pu constater de nombreux changements, entraînés par le réchauffement climatique.»

Retour aux sources

Un Jardin d’Éden, qui a inspiré au photographe sa dernière série de photos intitulée «A New World», «Un Nouveau Monde». Développée depuis 2014, elle exploite différents thèmes de l’iconographie classique, biblique ou mythologique, en s’inspirant de tableaux célèbres comme «La Cène» de Léonard de Vinci ou «La Naissance de Vénus» de Botticelli. Une exploration de notre passé collectif qui permet au photographe de renouer avec une technique employée à sa sortie de la School of Visual Arts de New York, au début des années 80. Au lieu de retoucher les images sur ordinateur, LaChapelle préfère des prises de vue argentique, qui lui permettent d’enrichir les négatifs à la peinture, exaltant ainsi les couleurs.

Dans la série «After the Deluge», «Après le déluge», David LaChapelle imagine un monde apocalyptique faisant directement référence au réchauffement climatique et à la montée des eaux. © David LaChapelle
Dans la série «After the Deluge», «Après le déluge», David LaChapelle imagine un monde apocalyptique faisant directement référence au réchauffement climatique et à la montée des eaux. © David LaChapelle

Qu’il mette en scène des célébrités ou aborde des sujets plus lourds de sens comme le consumérisme, les inégalités sociales ou le réchauffement climatique, ce qui unit ses créations est leur esthétisme inhérent. «On voit tellement de choses horribles dans les médias que le public ne les regarde même plus. Faire de belles photos me permet d’attirer l’attention des gens pour ensuite leur communiquer le message qui me tient à cœur. L’art a cette capacité de connecter les gens entre eux, je trouve cela absolument magique», conclut-t-il.

(L’intégralité de l’interview dans la Tribune des Arts, à paraître le 1er novembre)

David LaChapelle – Radiance, jusqu’au 25 janvier 2020 à la Galerie des Bains, 22, rue des Bains, Genève. www.galeriedesbains.ch

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