«Les dames» dans la cour des grands

Festival de BerlinLes deux cinéastes vaudoises présentent «Schwesterlein»

Véronique Reymond et Stéphanie Chuat à Berlin, fières de dévoiler leur nouveau film, «Schwesterlein».

Véronique Reymond et Stéphanie Chuat à Berlin, fières de dévoiler leur nouveau film, «Schwesterlein». Image: DR

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Depuis 2012 et «L’enfant d’en haut» d’Ursula Meier, aucune production suisse n’avait eu les honneurs de la Berlinale en compétition. Cette année, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, deux cinéastes lausannoises qu’on connaît bien, notamment pour leur documentaire «Les dames», joli succès de 2018, font à leur tour le grand saut avec «Schwesterlein» («My Little Sister»).

Il s’agit de leur première fiction en allemand, tournée entre Berlin, Leysin et différents autres endroits, un drame sombre dans lequel une sœur assiste impuissante à l’agonie de son frère jumeau, atteint d’un cancer. Un propos dur qu’une certaine légèreté ne cesse pourtant d’aérer, avec, au cœur de la tragédie, deux comédiens allemands importants, Nina Hoss et Lars Eidinger, casting complété par une Marthe Keller virevoltante et drôle. Pour les deux cinéastes suisses, la pression était réelle. Se retrouver dans une compétition d’ampleur, aux côtés de noms confirmés tels que Philippe Garrel, Hong Sangsoo, Abel Ferrara ou Tsai Ming-liang, cela procure forcément des émotions. Quelques heures avant la projection officielle de leur film, et juste après la première séance presse, on retrouve les deux cinéastes dans le cadre feutré d'un salon.

Pas un film allemand

«Ce qu’il y a de bizarre ici, c’est que les gens pensent que «Schwesterlein» est un film allemand, commente Véronique Reymond. Alors que non. Nous mesurons complètement la chance que nous avons d’être en compétition dans l’un des plus gros festivals du monde.» Les deux cinéastes avouent également que le tournage de ce film leur a permis de quitter leur zone de confort. «Nous voulions à tout prix en sortir, détaille Stéphanie Chuat.

En tournant en grande partie dans un autre pays, même s’il y a énormément de séquences qui ont été faites à Leysin, et dans une langue que nous ne maîtrisons pas aussi bien que le français, nous étions servies. Et puis notre rencontre avec Nina Hoss a été surprenante. C’était il y a cinq ans à la Berlinale. Nous l’avons croisée dans un magasin. Nous lui avons parlé du projet. Elle n’avait pas le temps de discuter, alors on lui a laissé nos coordonnées. Et contre toute attente, elle a rappelé au bout de trois jours.» «Nous sommes très impressionnées par les acteurs allemands, ajoute Véronique Reymond. Ce sont des bêtes. Un Lars Eidinger peut préparer trois pièces en parallèle, cela ne lui pose aucun problème. De notre côté, nous avons dirigé les comédiens en anglais, les enfants en allemand et l’équipe technique en français et en anglais.»

À la base, les deux jeunes femmes sont aussi actrices. Mais n’ont pas pour habitude de jouer dans leurs propres films. «Le désir de jouer est toujours présent, confesse Véronique Reymond. Mais cela ne s’est pas trouvé.» «En même temps, en travaillant avec des personnalités comme Nina Hoss ou Lars Eidinger, on joue aussi leurs personnages, précise Stéphanie Chuat. Les comédiennes en nous sont vivantes.»

En ce qui concerne la répartition de leurs tâches, elles ne tranchent pas. «On ne se donne pas de casquettes, témoigne Stéphanie Chuat. Nous sommes constamment présentes et on ne s’engueule jamais. Ce qui a d’ailleurs impressionné l’équipe.» Nina Hoss, que nous avons en parallèle rencontrée pour une future interview, confirme cela en tout point avec un enthousiasme palpable: «Il y a une symbiose incroyable entre les deux, j’ai rarement vu cela sur un film.»

Sortie au mois d’avril

Reste pourtant une question cruciale. En trois films, «La petite chambre», «Les dames» et «Schwesterlein», les deux auteures ont abordé des sujets comme la mort, la vieillesse, la maladie ou la dégénérescence physique, ce qui contraste considérablement avec leur fraîcheur.

«Les films sont-ils un exutoire de nos angoisses? questionne tout sourire Véronique Reymond. Ces thèmes-là, chacun y fera face tôt ou tard. On sait que cette échéance va survenir un jour. Pendant le tournage, la mère de Stéphanie est tombée très malade. Et de mon côté, j’ai perdu mon père lors de la préparation du film.» «Ce qu’il y a de curieux, tempère Stéphanie Chuat, c’est qu’au théâtre, nous faisons plutôt des spectacles comiques.» Un paradoxe qui atteste aussi de la complexité de ce «Schwesterlein» que le public romand pourra découvrir le 29avril2020. En attendant, on croise les doigts pour qu’il se retrouve au palmarès de la 70eBerlinale.

Créé: 25.02.2020, 20h32

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