Dalida, une solitude fatale derrière les paillettes

Destins tragiques (6/6)Minée par des déceptions amoureuses, profondément dépressive, la chanteuse décide, le 3 mai 1987, de mettre fin à ses jours à 54 ans. «Pardonnez-moi», écrit-elle à ses fans, désespérée.

Dalida au faîte de sa gloire.

Dalida au faîte de sa gloire. Image: GAMMA

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«La vie m’est insupportable. Pardonnez-moi.» C’est par ces mots jetés sur une feuille que Dalida dit adieu à son public et à ses proches. Nous sommes la nuit du 2 au 3 mai 1987. La chanteuse se trouve seule à son domicile du 11 bis rue d’Orchampt, tout près de la Butte-Montmartre, ce samedi soir. Depuis le début de l’année, elle souffre de dépression. Revenue du tournage du Sixième jour de Youssef Chahine, rôle qui lui vaudra des louanges méritées des critiques, Dalida prépare une pièce de théâtre et une comédie musicale, dans laquelle elle tiendra le rôle de Cléopâtre. Mais le cœur n’y est pas. Ses derniers disques ont eu un peu moins de succès, le passage du temps commence à se faire sentir, et sentimentalement, la chanteuse n’est pas épanouie.

Douleurs passées

Depuis 1985, elle est en couple avec un médecin, François Naudy. Mais ce dernier, marié, ne veut pas quitter sa femme et devient distant. Pour Dalida, le dernier grand amour remonte aux années 70. De 1972 à 1981, elle partage la vie de Richard Chanfray, étrange individu qui se faisait appeler le comte de Saint-Germain, se disait immortel et tentera même de faire carrière dans la chanson. En 1981, elle le quitte. Deux ans plus tard, Richard Chanfray met fin à ses jours en compagnie de son épouse en inhalant les gaz d’échappement de sa voiture. La nouvelle fragilise Dalida, qui garde des blessures de cette liaison.

Avec les années, elle souffre également de n’avoir jamais eu d’enfant. La douleur remonte à 1967. En janvier de cette année-là, elle participe au Festival de San Remo avec le chanteur Luigi Tenco, devenu l’homme de sa vie et qu’elle doit bientôt épouser. Mais la chanson de ce dernier n’est pas retenue par le jury. Miné, le jeune homme se tire une balle dans la tête dans la chambre de son hôtel. C’est Dalida qui découvre le corps. Un mois après le drame, elle avale des barbituriques dans la chambre du George V à Paris. Une femme de chambre la retrouve inanimée. Dalida reste cinq jours dans le coma. Sa convalescence dure des mois. A peine remise, elle remonte sur scène, se produit à l’Olympia en octobre, puis dans quelques émissions de télé, et fait la connaissance en décembre d’un jeune homme de 18 ans, un étudiant romain prénommé Lucio. Cette histoire sera sans lendemain, mais Dalida se retrouve enceinte. Le jeune homme la pousse à avorter. L’opération, réalisée en Italie dans des conditions clandestines, la rendra malheureusement stérile. Une affaire qui ne sera révélée qu’en 2005 par Orlando, son frère, et qui est à l’origine de la célèbre chanson Il venait d’avoir 18 ans.

Au fil des années, ces drames pèsent lourd dans la tête de la star. Il faut y ajouter, en 1970, le suicide de Lucien Morisse, l’homme qui a découvert la chanteuse et fut son mari au début des années soixante. Avec les années, malgré le succès et l’adulation, Dalida se sent de plus en plus seule. Comblée sur le plan artistique, mais dans l’impasse sur celui des sentiments. Le 17 janvier 1987, elle fête ses 54 ans. L’année s’annonce riche en projets et en événements. Tout juste sortie de la tournée promotionnelle pour Le Sixième jour, la chanteuse semble retrouver un second souffle. Pourtant, elle n’a aucun enregistrement de prévu. Et la dépression l’envahit au point qu’elle cache de moins en moins son mal-être. En février, elle assiste à la cérémonie des César en compagnie d’un ami, Max Guazzini.

Dernière soirée

Du 26 au 28 avril, elle se produit pour une série de concerts en Turquie, sur la scène du théâtre antique d’Aspendos. Ce sera sa dernière apparition publique. Rentrée à Paris, elle sort peu, voit peu de monde. Que se passe-t-il dans sa tête cette semaine-là? Mystère. Victime d’insomnies à répétition, elle fume cigarette sur cigarette. Son compagnon aurait annulé une soirée avec elle, ce qui aurait accentué sa déprime. Le samedi 2 mai, Dalida dépose son habilleuse et dame de compagnie chez son attaché de presse en leur donnant rendez-vous le lendemain vers 17 heures. Puis elle annule une soirée au théâtre. Le soir, elle avale 120 somnifères, une bouteille de whisky et laisse deux lettres. Une destinée à son compagnon, l’autre à son frère Orlando. Dimanche après-midi, sa logeuse découvre le corps inerte de la chanteuse. Dalida sera inhumée le 7 mai au cimetière de Montmartre.

(TDG)

Créé: 22.07.2016, 15h52

De «Bambino» au disco, tubes en rafale

A la fin des années 50, sa voix exotique séduit. Née en Egypte le 17 janvier 1933, Iolanda Gigliotti est sacrée Miss Egypte en 1954. Venue à Paris pour faire carrière dans le cinéma, elle finit par s’orienter dans la chanson. Bruno Coquatrix la remarque et la fait passer à l’Olympia, Eddie Barclay la signe et Lucien Morisse d’Europe 1 la programme. Dalida est née. Il lui manque juste un tube. Ce sera chose faite dès son deuxième disque avec Bambino, qui était auparavant destiné à Gloria Lasso. Adaptation d’un succès italien, Guaglione, la chanson cartonnera plus de trente semaines en tête du hit-parade d’Europe 1. Plus de 500 000 exemplaires du 45 tours s’écoulent. Puis, alors que les yé-yé déferlent sur l’Hexagone, la chanteuse maintient le cap, enregistrant une impressionnante série de tubes (du Petit Gonzalès à Ciao, amore, ciao) tout en se produisant inlassablement sur scène. La décennie suivante confirme cette popularité et un statut de diva que l’arrivée du disco va conforter.
Dalida est en effet l’une des premières chanteuses à reprendre des standards de naguère avec une orchestration disco. J’attendrai, Besame mucho ou Le Petit bonheur redeviennent à la mode. Vedette immensément populaire, elle va également graver un pot-pourri de tous ses tubes à la sauce disco, puis enregistrer une suite à Gigi l’amoroso, son succès de 1974, avec Gigi in paradisco. Dalida est sur tous les fronts, en passant par le raï et le reggae, mais il lui manque le principal: le bonheur. Après son décès, ses disques continueront à se vendre énormément, patrimoine musical géré par son frère cadet Orlando, qui fut avant tout son impresario.






























































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