DAB2 célèbre l’art du graffiti dans «Lights»

PortraitLe Genevois de 39?ans, qui agite ses sprays de Cornavin à Satigny depuis une décennie, lance un magazine pour mettre en lumière un milieu méconnu.

Après le skate, le graff. C’est au Canada que Xavier découvre un monde de couleurs et de murs vierges à sublimer.

Après le skate, le graff. C’est au Canada que Xavier découvre un monde de couleurs et de murs vierges à sublimer. Image: LAURENT GUIRAUD

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Cela fait près de dix ans qu’il promène ses sprays à Genève. Ses graffitis, vous les avez sûrement déjà croisés au détour d’une ruelle cachée, vers Cornavin ou sur les berges du canal de Satigny. Des fresques immenses et colorées, où se mêlent trois lettres et un chiffre: «DAB2». Rien à voir avec le «dab» des footeux, on précise. Derrière ce pseudo et ces tags survitaminés se cache Xavier, 39 ans. Avec ses airs de Sylvain Richard, le chanteur du groupe de hip-hop Hocus Pocus — 20syl pour les connaisseurs — et sa gueule un peu sage, on l’imagine mal graffer des façades en pleine nuit. Et pourtant.

«DAB2, c’est «too bad» (ndlr: «dommage») à l’envers, parce que je suis un bon gars», explique-t-il en souriant dans le bar où il nous a donné rendez-vous, L’Écurie, petit troquet associatif qui sent fort le houblon et le bois. «Les pseudos chez les graffeurs, ça se choisit surtout pour l’esthétique. Je trouvais que le 2 ça faisait une belle fin de signature…»

Une belle fin pour un début de carrière «graffitesque» commencée sur le tard: à 30 ans, «ce qui est assez vieux dans le milieu», dit-il. Parce qu’avant de devenir tagueur, Xavier était skateur.

Encadrer les «petits»

Son adolescence, il la passe à rouler. Le Genevois a traîné sa planche un peu partout en ville et étrenné les premiers skateparks locaux. Il a même tenu un magasin de skate à Plainpalais, LTS, soit Live To Skate (Vivre pour skater) en hommage à un slogan californien.

Dans les skateparks, il a l’habitude d’encadrer les «petits», comme il les appelle affectueusement. Il aime ça, encourager les autres. À tel point que lorsque son shop ferme, il se lance dans le management d’artistes. Il organise des soirées, fait tourner des DJ et un groupe de reggae. Mais lui reste toujours en retrait. «Je n’aime pas trop ça, me mettre en avant», glisse-t-il.

Sauf que le temps passe. Un jour, il a 30 ans. «En skate, quand tu tombes et que tu as 20 ans, ce n’est pas grave, tu te relèves et tu ne sens rien. À 30 ans, même si tu n’es pas tombé, tu as mal pendant une semaine!» C’est sûr, le graff fait moins mal… Au détour d’une visite chez un ami au Canada, Xavier entrevoit un monde nouveau, empli de sprays, de couleurs et de murs vierges à remplir. «Pour moi, le graff s’est imposé par transposition. C’est le même esprit que le skate. Il y a deux éléments: la technique et le travail d’équipe.» Xavier devient DAB2.

Comme il faut bien vivre, l’ex-skateur se range un peu. Devient sérigraphe de jour. Troque l’encre pour la peinture, la nuit. Enfin pas tout à fait. Parce que, «dans le graff, il y a des règles, et moi j’ai toujours voulu les respecter, rester du côté légal». Un code de conduite qu’il a appris auprès des «anciens», comme il dit aussi. Pas de dégradation, toujours demander l’autorisation avant de «passer». Il ouvre alors un lieu de rencontre, pour fédérer des groupes autour de lui. DAB2 le grand frère entre en action, mais toujours dans l’ombre. Ça s’appelle «Le Cendar», dans d’anciens bâtiments de la gare des Eaux-Vives, et tous les mardis soir, les portes sont grandes ouvertes. Curieux, indécis ou timides du spray, tous sont les bienvenus.

«Pas de la pollution visuelle»

Se crée bientôt un groupe de fidèles autour de Xavier. C’est ainsi que naît le BCF, Bench Crew Family. Ensemble, ils font fresque sur fresque. Ils s’exercent et peaufinent leur technique. Jusqu’au jour où Le Cendar doit fermer. La gare des Eaux-Vives va être rénovée et réclame ses entrepôts. Le BCF continue d’exister, mais leur leader de l’ombre ne peut plus recevoir les petits nouveaux. Alors il imagine une solution: «J’ai toujours acheté des magazines de skate. J’ai aussi souhaité en acheter pour le graf. Mais on n’en trouve plus!»

C’est décidé, il lance son propre magazine. Il s’appellera «Lights». Pour mettre en lumière un milieu inconnu et «montrer que le graffiti, ce n’est pas de la pollution visuelle». Pour la première fois, c’est Xavier qui est sous le feu des projecteurs. En février 2018, entouré de sa bande, il vernit le premier numéro de «Lights».

Il lui arrive encore de peindre des fresques sur commande, des mandats rémunérés. Comme en 2015: la Commune de Thônex lui propose de peindre un mur. «C’était un moment génial, se souvient Xavier. Avec les travailleurs sociaux, on a fait participer les jeunes du quartier. Ces échanges-là ont carrément plus de valeur que le côté lucratif. C’est pour ça que je fais du graff.» Pas de doute, c’est bien DAB2 le «grand frère».

«Lights» (www.ltsprod.com) est disponible chez Graphic Shop, 13, rue Caroline à Carouge. Le numéro 2 sera verni le 15 septembre à L’Écurie, rue de Montbrillant 14.

Créé: 21.08.2018, 15h48

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