Brigitte Rosset, l’équilibriste

InterviewUn Prix suisse de théâtre 2015 dans une main, l’actrice genevoise brandit de l’autre un solo tout neuf.

Ses beaux yeux bleus bien en face des trous, Brigitte Rosset ne néglige aucun support pour faire la promo de son nouveau spectacle, «Tiguidou – Tout le mal que l’on se donne pour se faire du bien», mis en scène par Jean-Luc Barbezat.

Ses beaux yeux bleus bien en face des trous, Brigitte Rosset ne néglige aucun support pour faire la promo de son nouveau spectacle, «Tiguidou – Tout le mal que l’on se donne pour se faire du bien», mis en scène par Jean-Luc Barbezat. Image: Olivier Vogelsang

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On la verrait bien trapéziste ou gymnaste évoluant sur sa poutre, tellement Brigitte Rosset montre de souplesse mentale. Avec une franchise mêlée de modestie, la blonde polyvalente parle d’elle-même comme si elle faisait de l’accrobranche: vive, alerte, assurée. Un trait de caractère qui a dû la sauver lors de maintes épreuves funambulesques de l’existence, si l’on en croit le contenu de ses trois premiers one-woman-shows.

Mais la voici qui saisit la liane du quatrième, Tiguidou, qu’elle crée la semaine prochaine au Théâtre de la Comédie, dont elle fait partie du collectif. Celui-ci promet de la faire planer au-dessus des misères passées, puisqu’après une période sombre, ces dernières années lui sourient carrément. Nouvel amoureux, tournées à répétition et cette distinction d’actrice exceptionnelle que lui a décernée ce printemps le jury fédéral des Prix suisses de théâtre, qui achève de lui remonter le moral. Mais stop, qu’elle nous raconte elle-même ses acrobaties.

Quel genre de petite fille étiez-vous, pitre ou sérieuse?

J’étais précisément les deux. Je faisais le clown, puis j’avais besoin de me recentrer. Je voulais me montrer appliquée, bonne élève, et en même temps je jouais avec les limites par la rigolade. J’avais tendance à en rajouter si les gens riaient à mes blagues. Il fallait bien retrouver la concentration après.

Je pose la question parce que si on vous connaît surtout comme humoriste, on vous voit de plus en plus sur la scène plus «intello» de la Comédie, dans un «Roi Lear» par exemple. Où êtes-vous le plus à l’aise?

Il n’y a rien de plus sérieux que le rire. Il faut beaucoup de rigueur pour faire la rigolote sur scène. Les deux ne sont pas du tout incompatibles. Humour et théâtre, c’est pour moi le même travail. Quoi qu’on fasse, on se met au diapason du metteur en scène. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, Hervé Loichemol est un drôle en répétition. Au contraire, avec Joan Mompart, on a travaillé sur On ne paie pas, on ne paie pas!, la comédie de Dario Fo, de façon plutôt carrée. Il s’agissait de respecter un rythme millimétré. Comme chez Charlot ou Feydeau, la mécanique est ultraprécise.

Dans la vie de tous les jours, vous diriez-vous plutôt sociable ou solitaire?

Je suis très sociable, mais j’aime la solitude. J’ai besoin de me ressourcer pour repartir de plus belle avec les autres.

Cette question parce qu’on ne met pas en œuvre la même dynamique que l’on joue en solo ou en équipe, et que vous faites régulièrement les deux. Laquelle des formules vous convient le mieux?

J’ai besoin des deux, l’équipe et le solo. Si je reste trop longtemps dans mon seul-en-scène, je tourne en rond. La saison prochaine, je vais pouvoir ménager un parfait équilibre, de sorte qu’aucun ne finisse par me manquer. J’aurai les vacances à la mer et à la montagne! Et puis, même en one-woman-show, je ne me sens pas seule du tout. Je dialogue en permanence avec le public. D’autant plus que je convoque des personnages multiples, a fortiori dans Tiguidou, le prochain. Jusqu’à la schizophrénie!

Flemme ou multitâche?

Je suis hyperactive pour fuir ma flemmardise! J’aimerais beaucoup ne rien faire, mais je n’arrive pas: ça me donne mauvaise conscience. Ça doit être mon éducation protestante. Le lundi matin, je ne m’accorde pas le droit de dormir.

Parce que dans le spectacle que vous vous apprêtez à créer, «Tiguidou», vous interprétez plus de dix de personnages tambour battant, n’est-ce pas?

Ce n’est pas de tout repos. Du coup, je m’appuie sur la technique pour être entièrement dans l’instant présent. Pas le temps de paniquer. J’ai un parcours à respecter, comme les slalomeurs. La difficulté, c’est qu’il faut donner l’impression que c’est inventé sur le moment, alors que ça résulte d’un gros effort.

Sédentaire ou nomade? Vos trois précédents solos, vous les avez tournés jusqu’au Québec…

Je suis très sédentaire, je n’ai jamais quitté Genève plus de six semaines d’affilée. J’aime la vie que j’ai ici et je ne suis pas spécialement aventurière. Par contre, j’adore aller découvrir les gens. Et je garde de merveilleux souvenirs de l’Islande ou de la Namibie, où je suis allée avec mes enfants. Là encore, je suis donc sédentaire mais curieuse. Et je crois que je comprends assez vite les gens, même différents. Je m’en suis aperçue pendant ma tournée au Canada avec Smarties, Kleenex et Canada Dry. Vous savez, quand on joue un solo, il faut savoir à qui on s’adresse. Comme un prof, devant sa classe, doit savoir à qui il a affaire.

Etes-vous accro aux nouvelles technologies? Parce qu’en dehors d’une carrière au cinéma et à la télévision, en parallèle aux planches, vous arrosez volontiers Internet de ces petits clips, les «Brigitte Show»…

Sans être accro, j’adore les moyens de communication. Mon téléphone surtout. Mais je suis loin d’être une nerd. Il me faut du temps pour comprendre un tableau Excel. Alors je balance mes petits Shows, sans en assurer moi-même le montage, que je délègue à d’autres. Je me contente de diffuser, ça m’amuse.

Où puisez-vous l’inspiration de vos spectacles comiques? Vous y riez parfois de dures épreuves de la vie, telles que ruptures amoureuses ou épisodes dépressifs…

Je m’inspire de ma vie. Pour Smarties, ce n’était pas compliqué, j’ai vécu tout cet épisode-là. Quand j’ai fait un séjour à la Clinique des Lucioles, je savais déjà que j’en ferai quelque chose, je prenais mes petites notes. Ou si je vois quelqu’un agir bizarrement, je le mets sur papier. A un moment donné, ça prend son sens, je peux rassembler mes anecdotes autour d’une thématique.

La reconnaissance, c’est important pour vous? L’Office fédéral de la culture vous attribue cette année le Prix suisse de théâtre d’actrice exceptionnelle, après que la SSA vous a décerné en 2012 le prix du meilleur spectacle d’humour…

La plus chouette des reconnaissances, c’est quand je suis à la Coop de Thônex et que la caissière me demande si je ne fais pas par hasard des spectacles. «J’ai adoré votre séjour aux Lucioles», ajoute-t-elle! Ou si un inconnu me croise dans la rue et me fait un compliment sur mon travail. La reconnaissance populaire, oui, représente beaucoup pour moi. Pour ce qui est de la reconnaissance officielle, surtout le prix de cette année, vous n’imaginez pas à quel point je suis surprise. Je ne savais même pas que ce prix existait! Quand on m’a appelée, j’ai cru à une blague! Trente mille francs en cadeau! Je demande «Pourquoi moi?» à la dame au bout du fil: «Alors ça, il faut le demander à le chury!» me répond-elle avec son accent bernois. Mais je suis hyperheureuse. Et je trouve super qu’un jury fédéral récompense une palette aussi large d’artistes la même année, de la performeuse Maya Bösch au populaire Karl’s kühne Gassenschau. L’humour entre ainsi dans la catégorie du théâtre. Il n’est plus condamné à constituer un genre à part. Ce prix dénote une vraie ouverture d’esprit.

Vous créez «Tiguidou» le 28 avril, date de votre anniversaire. Une coïncidence?

J’aurai 45 ans! Un pur hasard de programmation. Je ne pourrai pas trop me lâcher à la fête de première, car il y aura à assurer la suite… Vous viendrez?

Tiguidou - Tout le mal qu’on se donne pour se faire du bien Comédie, jusqu’au 3 mai, 022 320 50 01, www.comedie.ch (TDG)

Créé: 24.04.2015, 20h46

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Questions fantômes

La question que vous détesteriez qu’on vous pose?

«Finalement, qui êtes-vous?» On ne peut pas se définir soi-même. On est la somme de ce que tous les autres voient en nous. Ils ne diront pas la même chose, sans pour autant se tromper.

La question qu’on ne vous a jamais posée?

«Est-ce que je peux vous offrir un voyage à Tahiti?» Ça, on ne me l’a jamais demandé. Et pourtant, j’aimerais bien aller à Tahiti.

La dernière fois que…

… vous avez pleuré?

Il y a une semaine, à cause de mon nouveau spectacle. Genre «J’y arriverai jamaaaaiiis, j’ai peeeeuuur»! J’étais toute seule, trop honteuse pour pleurer sur l’épaule de qui que ce soit. Mais ça fait un bien fou.

… vous avez trop bu?

Vendredi dernier, aux 50 ans d’une amie. Bonne excuse. Mais je m’en suis voulu le lendemain.

… vous avez envié quelqu’un?

Ma fille, l’autre jour. C’est génial de ne pas avoir de vrais soucis. Ou plutôt de pouvoir passer à autre chose en cinq minutes. On saute du drame à la rigolade, en relativisant spontanément.

… vous vous êtes excusée?

Hier encore, pour m’être emportée avec mes enfants. Si mon énervement est disproportionné, si mon propre état a pris trop de place, je m’excuse volontiers.

… vous avez transpiré?

Hier aussi, en allant courir. Vous voyez, je fais un peu de tout, tout le temps!

Autobio express

Naissance à Genève en avril 1970. 1985: entrée à l’Ecole de commerce, «décisive à cause des foufous que j’y ai rencontrés, dont mon ex-mari», Gaspard Boesch. 1992: Georges Wod lui permet d’exercer professionnellement son activité de comédienne. 1995: cofonde la Cie Confiture, qui produira son premier solo. 1997, 2003 et 2005: naissance de ses enfants. 2011-2012: dans la foulée, création de son solo Smarties, Kleenex et Canada Dry et rencontre de son nouvel amoureux. 2013: intègre le collectif de la Comédie, joue On ne paie pas… sous la direction de Joan Mompart.

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