La Cité de la musique dévoile ses formes

ArchitecturePrésenté mardi matin, le projet lauréat de Gonçalo Byrne et Pierre-Alain Dupraz a l'avantage des formes simples.

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La toiture forme deux courbes, comme des vagues au creux desquelles sont tendues les façades, rectilignes, dessinant des verticales parfaites, vitrées de haut en bas. Et tout le long, côté nord-est, le parc sur la parcelle qui monte en pente douce de la place des Nations vers l’Ariana. Vu de la sorte, le projet architectural de la Cité de la musique évoque un bloc erratique. Mais un bloc taillé, dont les pointes rappellent à leur tour les édifices voisins – l’immeuble de l’OMPI notamment et ses courbes habillées de bleu.


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Présenté mardi, le projet lauréat de la Cité de la musique a l’avantage des formes simples. Fruit d’un partenariat entre les bureaux de Pierre-Alain Dupraz Architectes, à Genève, et de Gonçalo Byrne Arquitectos, à Lisbonne, le résultat ne cherche pas d’effet spectaculaire, comme nous l’ont confié les deux hommes (lire interview ci-dessous). En revanche, la structure entend se fondre avec finesse dans le paysage existant.

Une hauteur de 28 mètres

«Le projet demandait une forme qui soit à la fois représentative de Genève tout en proposant un symbole international», résume l’aîné des deux concepteurs. Gonçalo Byrne, qui, de ce partenariat, est le seul à avoir conçu des bâtiments monumentaux (comme le Musée national Machado de Castro à Coimbra), semble parfaitement accordé aux idées de Pierre-Alain Dupraz. Ce dernier aborde ici son premier projet de pareille ampleur. De l’architecte genevois, on connaît l’intérêt marqué pour la typographie, pour ce que suggère le terrain. Et c’est bien là le maître mot de cette cité en devenir: inscrire l’édifice dans le contexte urbain, entouré d’institutions internationales irradiant depuis la place des Nations.

Voilà deux «volumétries entrecroisées», selon les termes en usage, encastrées l’une dans l’autre, la partie la plus élevée culminant à 28 mètres. Il faut voir le corps, longitudinal, coulant dans la pente, sur sept mètres de dénivelé, en suivant la route de Ferney. «Nous avons joué sur deux directions à l’échelle du territoire, précisent les concepteurs. D’un côté, le bâtiment pointe vers le lac et le Mont-Blanc, de l’autre vers le Jura.»

Ces deux formes élancées répondent à un cahier des charges précis, défini par la Fondation de la Cité de la musique. L’entier de l’Orchestre de la Suisse romande siégera ici, administration comprise, de même que tout ce que réunit la Haute Ecole de musique. Avec, bien sûr, une grande salle de concert. Une structure «en vignoble», enveloppante, de forme relativement libre, poursuit Pierre-Alain Dupraz: «D’une jauge de 1700 places, elle comprendra un jeu de balcons de quatre ou cinq rangées, disposés avec un décalage pour dessiner un octogone qui tourne autour de la scène, de sorte que le public reste proche des musiciens.» La salle de concert, ajoute l’architecte genevois, «constituera une grosse partie du travail», en collaboration avec les ingénieurs de Nagata Acoustics, à Tokyo. Trois autres salles prendront également place dans l’édifice, dont un espace dévolu au récital pouvant accueillir 450 personnes, une salle lyrique de 250 places et une black box pour les programmes expérimentaux.

La villa sera détruite

«Le projet a quelque chose de relativement simple», concluent Gonçalo Byrne et Pierre-Alain Dupraz. Qui insistent également sur cette «promenade architecturale» qu’induira le bâtiment. Où l’entrée du public voisinera avec celle des artistes, tandis que le foyer offrira une vue directe sur le parc, «un peu plus grand que ce qui était demandé», précise le duo. A noter que les bâtisses présentes sur le site actuel, dont la Villa Les Feuillantines, seront détruites.

La Cité de la musique est sur de bons rails. Les directives, cependant, n’étaient pas des plus aisées. Il fallait composer avec une parcelle restreinte. Et ne pas dépasser les coûts prévus – 260 millions de francs, entièrement pris en charge par des fonds privés, dont 25,6 millions pour obtenir un droit de superficie de 90 ans sur la parcelle, propriété de l’ONU. Autre priorité, les délais de construction: le bâtiment devrait être opérationnel en décembre 2022.

«La Cité de la musique sera comme une petite ville, active aussi bien la journée qu’en soirée», se réjouissent les lauréats. Ils sont portés par l’enthousiasme de la fondation mandataire et des autorités genevoises, dont le Canton, qui possède une partie du terrain.

Dix-huit candidats ont participé à ce concours architectural sur invitation, mais anonyme, dont les travaux seront présentés le 30 octobre dans le Pavillon Sicli. (TDG)

Créé: 17.10.2017, 21h21

«La Philharmonie de Berlin nous a inspirés»

Ces deux-là se connaissent bien, qui ont déjà gagné en duo le concours pour le plan d’ensemble du site de l’Etoile. Gonçalo Byrne, 75?ans, connu par ailleurs pour avoir réalisé son lot d’édifices monumentaux, dont cette étonnante tour de contrôle du trafic maritime penchée sur la baie de Lisbonne. Quant à Pierre-Alain Dupraz, 50?ans, on lui doit la crèche de Saint-Jean comme la passerelle de la Paix, à Sécheron.

Cette Cité de la musique, pouvez-vous nous en décrire la forme?

Pierre-Alain Dupraz: C’est le résultat de la géométrie héritée de la parcelle. On doit y mettre une salle; on définit des lignes. Voilà deux trapèzes qui s’entrecroisent. De l’extérieur, l’ensemble paraît uni. Mais à l’intérieur, ce sont deux «programmes» distincts. Les hauteurs étaient déterminantes elles aussi, avec cette verticalité qui suit la recherche de gabarit, mais désigne également un symbole lyrique. Nous avons été inspirés par la Philharmonie de Berlin autant que par les bâtiments internationaux de Genève, de formes courbes eux aussi, tels que le BIT et l’OMPI.

Gonçalo Byrne: Il y a plusieurs lectures possibles de cette forme, selon que vous la regardez de l’extérieur ou de l’intérieur. C’est, du point de vue topographique, géologique même, une sorte de cristal, évoquant les montagnes alentours. Un cristal qui devient lumineux, pour rendre l’expérience incroyable du monde de la musique que nous découvrons à l’intérieur.

Que vous suggérait en particulier le terrain à disposition?

P.-A.D.: Nous avons là une parcelle très allongée et en pente. Mais nous ne voulions pas d’escalier pour intégrer cette différence de niveau. Le foyer, en bas, est en relation avec la pente et monte légèrement, tout en donnant sur une série de salles.

G.B.: L’architecture portugaise porte une grande attention au site, dans la mise en évidence du potentiel présent. C’est ce que nous tâchons de faire également pour la Cité de la musique.

Comme pour la Philharmonie de Paris, s’agit-il de faire communiquer les différents espaces de la Cité?

P.-A. D.: Les communications, en effet, se feront à chaque étage, avec un jeu de rampes reliant l’école et les salles de concert.

S’agit-il également de montrer ce qui se passe à l’intérieur?

P.-A.D.: La vision, que ce soit de l’intérieur ou de l’extérieur, est importante. On aura une vue magnifique sur la ville.

Les formes de la Cité sont des plus simples. Est-ce un avantage?

G.B.: C’est même là un point que nous partageons. Nous ne voulons pas participer au grand spectacle de l’architecture. Cela a déjà été assez fait, avec des coûts complètement fous. Les formes élémentaires ont leur intérêt propre lorsqu’on joue avec le site et les gens qui vont l’habiter. Une fois bâti, il faut s’y trouver bien. De ce point de vue, l’architecte crée un contenant. Voilà l’essentiel, alors inutile de faire grand bruit.

Concernant l’acoustique, comment procédez-vous?

P.-A.D.: C’est un travail d’équipe. Au fur et à mesure, la salle et l’enveloppe s’adaptent l’une à l’autre. Alors que l’enveloppe était déjà figée, les données techniques de l’acousticien nous ont fait changer beaucoup de choses.

Qui de vous deux a pris en charge l’aspect monumental de la Cité?

G.B.: Notre objectif, c’est la qualité du projet. Pour cela, toutes les idées issues de nos discussions sont les bienvenues. Il s’agit de réaliser un projet genevois, mais qui cherche toutefois une autonomie symbolique. Iconique en somme.

Gonçalo Byrne, quel regard portez-vous sur l’architecture suisse?

G.B.: Je visite la Suisse depuis longtemps. Et son architecture est énorme, qui a ses ancêtres importants, également une nouvelle génération, notamment en Suisse romande.

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