Un panégyrique à large spectre

Théâtre / CritiqueAvec «Un Discours! Un discours! Un discours!», Évelyne Castellino et sa Compagnie 100% Acrylique passent l'art oratoire à la moulinette. Sans discrimination aucune.

Cléa Eden, Bastien Blanchard, Céline Goormatigh, Verena Lopes, Christian Scheidt, Antoine Courvoisier, François Cesalli et Maude Faucherre, presque tous des fidèles de la compagnie.

Cléa Eden, Bastien Blanchard, Céline Goormatigh, Verena Lopes, Christian Scheidt, Antoine Courvoisier, François Cesalli et Maude Faucherre, presque tous des fidèles de la compagnie. Image: Pierrre-André Fragnière

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Alors que le théâtre métabolise avec succès les formes annexes de la conférence, du concours ou du procès, pourquoi ne pas étendre l’assimilation à celle du discours? Tribune, micro, bras levé, l’idée paraît séduisante, surtout à une époque où prolifèrent idéologies, prêches et slogans.

Comment délimiter son corpus? Des discours, il en pullule dans la grande histoire comme dans les plus intimes. Au nom de la Compagnie 100% Acrylique, Evelyne Castellino et ses huit comédiens optent pour la centrifugeuse. Allocutions cultes (Martin Luther King, Charles de Gaulle) ou plus confidentielles (Harold Pinter, Jean Ziegler), voire méconnues (Victor Lebow, Carole Cadwalladr) ou inventées pour l’occasion (un père, trois enfants, une belle-mère…), que la metteuse en scène aborde à travers ses prismes de prédilection: texte, musique, danse et vidéo.

Tout de blanc vêtus, les membres de la tribu se réunissent autour d’une grande table pour fêter l’anniversaire de «la fille du meilleur ami du père mais pas de sa compagne». À d’innombrables reprises, le chef de famille (Christian Scheidt, toujours au top) reprend son exorde, aussitôt interrompu par un tiers. L’occasion de voir défiler contre le mur décati de la «Parf» les visages pêle-mêle de dictateurs ou de tribuns du dernier siècle, mais aussi de voir gambiller nos convives endimanchés.

Vu la qualité du jeu et des réglages fusent quelques instants de franche cocasserie. En revanche, l’accumulation indistincte des laïus quelle que soit leur source, leur origine ou leur circonstance finit par heurter. Même dans l’optique de mettre en garde contre le fanatisme ou de souligner la vanité de toute parole, si les artistes ne prennent pas le soin de trier les speeches qu’ils reproduisent, c’est précisément le conformisme tant honni qui s’en chargera.


«Un Discours! Un discours! Un discours!» Théâtre de la Parfumerie, jusqu’au 20 oct., 022 300 23 63, www.laparfumerie.ch

Créé: 03.10.2019, 17h19

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