Tenant du théâtre longue durée, Julien Gosselin sait aussi condenser

La Bâtie – Festival de GenèveÀ Château-Rouge, «Le marteau et la faucille» a fait exploser les dons conjoints de DeLillo, Gosselin et Drouet.

Joseph Drouet, athlète du monologue à obstacles.

Joseph Drouet, athlète du monologue à obstacles. Image: SIMON GOSSELIN

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C’est un concentré dont la charge fait l’effet d’une bombe. Une explosion à la fois littéraire, dramaturgique et interprétative, à laquelle il a été donné aux festivaliers genevois d’assister mardi et mercredi à Château-Rouge, à Annemasse.

Hormis le symbole graphique que l’on sait, «Le marteau et la faucille» est le titre d’une nouvelle, parue en 2008, du romancier américain Don DeLillo, prosateur virtuose et scrutateur visionnaire de notre tournant de millénaire. L’écrivain y épouse le flux de conscience d’un détenu de prison dont le lecteur recompose le passé de trader et qui condense par la bande l’abyssale aberration des marchés financiers, du système judiciaire, des jargons et des mœurs de notre temps.

En 2010, le trentenaire Julien Gosselin découvre ce texte, et son signataire avec. Le metteur en scène français vient juste de fonder sa compagnie Si vous pouviez lécher mon cœur, mais son adaptation en quatre heures des «Particules élémentaires» n’a pas encore connu la consécration. L’an dernier à Avignon, après d’autres spectacles fleuves marquants, il met en scène trois romans de l’écrivain new-yorkais, dont ce «Marteau et la faucille» ne constitue qu’un intermède d’une heure, sur onze au total. Cette année, ayant entre-temps transposé un autre livre de son auteur fétiche, il décide de présenter «Le marteau» seul, «dans son immense simplicité, celle d’un homme face à nous, laissant la place à une vision immense du vide contemporain».

Gosselin confie le trépidant monologue à Joseph Drouet, fidèle entre les fidèles. Costumé, cravaté, baigné d’un éclairage rouge qui englobe son dédoublement filmé, le comédien accomplit un tour de force digne d’un championnat sportif. Modulant sa voix selon qu’il reproduise les propos d’un marchand d’art frauduleux qui partage sa cellule ou de sa fille qui passe à la télé, tenant tête aux décibels des accords électro qui s’amplifient, secoué de tics, ravagé par l’angoisse, il incarne le spectre convulsé qui hante aujourd’hui l’Occident.


La Bâtie - Festival de Genève, www.batie.ch

Créé: 12.09.2019, 15h15

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