Sylvain Prudhomme, le beau recalé de l'Académie française

LittératureSon roman «Légende» a été écarté pour le Grand Prix du roman, qui est allé à Adélaïde de Clermont-Tonnerre.

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Sylvain Prudhomme figurait dans le trio final du Grand Prix de l’Académie française. Recalé, l’auteur n’en a pas moins livré un très beau roman. Légende (Ed. Grasset, 291 p.) prend pour décor la région de la Crau. Située entre Toulon et Saint-Tropez, elle s’étale en plaines désertes emplies de cailloux, où les moutons broutent l’herbe entre deux transhumances. Non loin de là, du côté des Saintes-Maries-de-la-Mer, se tenait aussi une boîte de nuit mythique, la Churascaia – ou «la Chou» pour les intimes. Véritable poumon de la vie nocturne des années 60, 70 et 80, la discothèque, fermée aujourd’hui, a vu affluer jeunes et vieux, hétéros et homos, it girls et mauvais garçons. Les paysages arides de la Crau, c’est Nel, habitant du cru, qui les photographie. Tandis que son ami Matt, père quadragénaire comme lui, s’intéresse à la Chou pour un documentaire.

Matt veut ainsi faire le portrait des deux cousins de Nel, Fabien et Christian, qui ont beaucoup fréquenté la Chou en leur temps. Le seul point commun entre ces frères que tout opposait – Fabien le steward, cultivé et urbain, et Christian le bagarreur sauvage, longtemps drogué, qui a fini chasseur de papillons à Madagascar – c’est leur mort. Tous deux sont décédés jeunes, le même jour, à 10 000 kilomètres de distance l’un de l’autre. Nel présente les membres de sa famille à Matt, et les deux amis quittent peu à peu leur position d’observateur en retrait derrière un objectif ou une caméra pour renaître à eux-mêmes, aux gens, à la nature.

A première vue aride comme un champ de cailloux, la plume de Sylvain Prudhomme se révèle au bout de quelques pages. Au début, panique. Où sont les tirets pour les dialogues? Qui parle? Croit-il réinventer le Nouveau Roman en abolissant la ponctuation? Et puis, après avoir trébuché sur ces rocailles, on avance de plus en plus assuré dans le roman. Attentif, on investit soi-même, tel un metteur en scène ou un scénariste, les intonations, les nuances, les émotions contenues dans ces dialogues que rien ne distingue formellement de la narration. Un exemple? «Elle l’avait regardé, debout dans l’entrée, bras pantelants. Ben c’est pas trop tôt. J’avais cours. Ils avaient pensé tous les deux la même chose: que le vrai cours c’était maintenant. Viens. Elle avait rejeté le drap à ses pieds.» Un roman d’une beauté non formatée, pas tape-à-l’œil pour un sou, qui traîne une douce mélancolie derrière lui. (TDG)

Créé: 27.10.2016, 18h37

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