Sous les pavés se terre un monde

ExpositionJusqu’en avril, Quartier Libre SIG sonde «Les dessous de Genève».

Parmi bien d’autres constructions insoupçonnées, «Les dessous de Genève» révèlent ce réservoir d’eau sur le domaine du Petit-Miolan, à Choulex.

Parmi bien d’autres constructions insoupçonnées, «Les dessous de Genève» révèlent ce réservoir d’eau sur le domaine du Petit-Miolan, à Choulex. Image: CEUX D’EN FACE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Que piétine-t-on en foulant le sol genevois? Si le cumulonimbus masque trop souvent notre ciel bleu, que nous cache au quotidien le noir bitume? Aveugles malgré nous, qu’enjambons-nous donc à notre insu?

À ces devinettes fort légitimes, les Services industriels de Genève (SIG) apportent une réponse aussi édifiante que complète par le biais des «Dessous de Genève», une exposition à découvrir gratuitement jusqu’au printemps prochain sur le pont de la Machine, entre les murs du lieu culturel Quartier Libre SIG, spécialement aménagé à cet effet. Le visiteur y pénètre dans un labyrinthe d’obscurs couloirs voûtés, qui évoque d’entrée de jeu le réseau de canalisations souterraines sans lequel la cité ne fonctionnerait pas.

Lecteur à l’esprit mal tourné, tu n’as pas tort d’imaginer sous tes semelles un lacis d’égouts malodorants. Avec les conduites d’eaux claires, les tuyaux de gaz naturel, les premières colonnes de l’innovation énergétique GeniLac, les galeries techniques déroulant câbles électriques, lignes de téléphone ou fibres optiques, les SIG occupent, pour satisfaire leurs 228 000 clients dans le canton, pas moins de 8500 kilomètres du sous-sol genevois. Soucieuse de communiquer ses activités, l’entreprise n’a pas seulement commandité la présente manifestation, elle fait l’objet de la dernière de ses six galeries thématiques.

Babina Chaillot Calame, commissaire de l’exposition, guide nos pas le long des cinq autres. Aussitôt le projet démarré, en janvier 2018, l’historienne de l’art a commencé par définir ses axes thématiques. Très vite, son travail de prospection l’a confrontée aux réalités géologiques de notre bassin. Ainsi, aux tunnels respectivement chapitrés Eau, Religieux, Habitat, Défense & Transport, Exploitation et SIG s’est spontanément ajouté un «mur d’introduction» informant, grâce aux contributions du Muséum d’histoire naturelle, sur la qualité d’un «socle» sans cesse enrichi depuis l’ère mésozoïque, voici 250 millions d’années.

Chronologiquement, l’homme du Léman s’est d’abord mis à creuser pour des raisons liées à l’adduction d’eau. De l’époque gallo-romaine, on connaît par exemple, outre un aqueduc, les thermes savamment chauffés d’une villa à Vandœuvres. «Dès le Moyen Âge, les riches ont eu leur propre citerne», commente la spécialiste.

Hormis la gestion des fluides, l’espace souterrain a tôt fait d’accueillir les dépouilles, de même que des lieux sacrés tels que temples, caveaux ou cryptes. De nombreuses fouilles archéologiques ont ainsi mis en lumière les us remontant jusqu’au Ier siècle de l’ère chrétienne.

Habiter Genève a longtemps impliqué des constructions sur pilotis, afin de se prémunir contre une nappe phréatique affleurante. Mais lors de l’assainissement de la ville, quand on a démoli ses fortifications au XIXe, de belles caves médiévales ont peu à peu refait surface. «Avant l’hygiénisme du XIXe, les domestiques travaillaient au sous-sol; après, on y a mis les WC!» sourit notre pilote.

À plusieurs reprises au cours de l’histoire, les galeries souterraines ont également servi à se protéger – des menaces du royaume de Piémont-Sardaigne à celles des raids aériens de la Seconde Guerre mondiale –, à se déplacer – des premières liaisons ferroviaires au CEVA contemporain –, ainsi, plus récemment, qu’à parquer ses véhicules.

Bien des fonctions ont encore été assignées à nos fosses: stockage de provisions ou d’avoirs bancaires, réserves de glace ou de champignons, caves à bière ou rayons de magasins, carrières de molasse ou boîtes de jazz… «Les Suisses ont toujours été d’infatigables grimpeurs et de persévérants faiseurs de trous!» résume celle qui fait ici œuvre de forer les oubliettes.

«Les dessous de Genève» Quartier Libre SIG, jusqu’au 22 avril 2019, www.sig-quartierlibre.ch (TDG)

Créé: 21.11.2018, 15h45

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Sortie du livre 'Sodoma, enquête au coeur du Vatican'
Plus...