Roger Pfund, l'art pluriel

ExpositionLa galerie Artvera’s montre les démarches multiples du peintre et graphiste, genevois de cœur.

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Il aime l’expérimentation, l’humanisme et les icônes. Qu’elles prennent la forme de figures de la littérature, de divas ou de symboles nationaux. Tout à la fois graphiste, peintre, designer et homme de communication, Roger Pfund ne se laisse enfermer dans aucun tiroir, nourrissant sa créativité au terreau de médiums pluriels. S’il a assis sa notoriété en dessinant des billets de banque puis en illustrant le passeport suisse, l’artiste est aussi à l’origine d’un ample travail pictural, essentiellement axé sur le portrait. La galerie Artvera’s a ouvert mardi une exposition consacrée à ce natif de Berne établi depuis bientôt cinquante ans à Genève, qui donne à voir plusieurs facettes de son œuvre.

«Droits de l’homme»

En ce soir de vernissage, Roger Pfund a le verbe disert et l’écharpe carmin. L’accent résolument alémanique mais l’âme francophone – «ma mère était Bourguignonne» – il raconte sa vie et son art, entre lesquels il ne trace aucune frontière. Convalescent après une sévère attaque virale, il s’est assis sur une banquette capitonnée, en face de ce qu’il décrit comme la pièce maîtresse de l’accrochage.

Réalisée en 2006 et intitulée Droits de l’homme, cette composition en huit tableaux dit l’homme autant que ses constantes explorations techniques. Elle représente un personnage dont on ne voit que le haut du corps, ouvrant des bras en forme d’ailes, terminées par des mains, paumes tournées vers le spectateur. On le dirait désireux de s’envoler, cependant cloué au sol. Sur des toiles disposées les unes à côté des autres court l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme. «Le thème me préoccupe depuis toujours, souligne Roger Pfund. J’ai fait l’aménagement intérieur du Musée international de la Croix-Rouge en 1985, et des affiches pour Amnesty International. À huit ans déjà, je choisissais le racisme pour un exposé à l’école, contre l’avis de mes parents.»

La conception de ce polyptyque a nécessité pigments et colle pour la surface de fond, puis divers procédés d’impression et de gravure, tels l’offset et la taille-douce. «J’utilise aussi le collage, j’aime la matière, j’en ai physiquement besoin, explique l’artiste. Les trucs trop plats, ça n’est pas pour moi!» On retrouve ces strates de couleurs et ces superpositions d’encre, d’huile et de pastel dans une série d’effigies de personnalités du monde des arts et des lettres présentées au rez-de-chaussée de la galerie.

Pablo Picasso y croise Maria Callas, Hermann Hesse voisine avec Colette ou Vaslav Nijinski. Roger Pfund avoue une passion pour ceux qui ont marqué esthétiquement leur époque et le portrait constitue un sujet essentiel de sa création: «Le visage humain est un paysage qui devient vivant, s’émerveille-t-il. Quand on le peint, il y a un moment extraordinaire où il prend vie, avec le regard. Comme dans l’horlogerie, lorsqu’on insère la dernière pièce dans un mécanisme.»

Saint-Exupéry à 50 francs

Derrière ses fines lunettes, le septuagénaire explique tenir sa pratique artistique multicouche du monde du papier-monnaie, pour lequel il a beaucoup œuvré. En 1971, après avoir remporté un concours, il est mandaté par la Banque nationale suisse pour la réalisation de billets de réserve. Puis, neuf ans plus tard, la Banque de France lui demande de concevoir la dernière série de billets de francs français, dont la très emblématique coupure de 50 francs mettant en scène Saint-Exupéry et son Petit Prince.

Abstrait et Moderne et Époques et Styles, les deux séries pensées par Roger Pfund pour l’euro remportent le premier prix en 1996. Elles n’ont jamais circulé, l’institut monétaire européen ayant attribué l’exécution des billets à un designer autrichien. Mais elles sont présentées au public pour la première fois au sous-sol d’Artvera’s, imprimées en subligraphie, soit une reproduction de très haute qualité sur plaque d’aluminium apprêtée d’un vernis polyester. Un joli pied de nez à l’histoire, la faillite de l’atelier de Roger Pfund, lancé au début des années 70, ayant été prononcée en juin 2016.

Roger Pfund Jusqu’au 7 avril à la galerie Artvera’s, 1, rue Étienne-Dumont. www.artveras.com (TDG)

Créé: 08.03.2018, 18h05

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