«Ognon» et «nénufar»: des profs genevois réagissent

Langue françaiseSi de nombreux enseignants se montrent réfractaires à la nouvelle orthographe, certains – dont un prof d'Université – sont enchantés. Tour d'horizon.

La «nouvelle orthographe» concerne quelque 2400 mots.

La «nouvelle orthographe» concerne quelque 2400 mots. Image: ODILE MEYLAN - A

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Que les militants du mouvement #JeSuisCirconflexe se détendent, il n’y aura pas de confusion dans la phrase «Je vais me faire un petit jeûne», puisque les circonflexes au-dessus des i et des u ne disparaissent qu’en cas d’absence d’ambiguïté sémantique. La réforme de l’orthographe, pourtant lancée en 1990 par l’Académie française, suscite un lever de boucliers ces jours sur les réseaux sociaux, après l’annonce de son apparition dans les manuels scolaires français de la rentrée 2016.

Ce qui change? Outre la simplification des mots «ognon» et «nénufar», on note que les numéraux composés seront systématiquement reliés par des traits d’union («un-million-cent» et plus «un million cent»), l’accent grave remplacera l’accent aigu dans «évènement», «règlementaire», «je cèderai». Attention piège, pour des questions de prononciation, le tréma est ajouté aux termes «gageüre», «mangeüre», «rongeüre», etc. La nouvelle orthographe devra être tolérée au même titre que l’ancienne, sans pour autant être obligatoire.

Jean-Michel Olivier veut sauver l’huître et la poésie

Jean-Michel Olivier, écrivain et enseignant au collège de Saussure, se montre plutôt réfractaire à la nouvelle orthographe. «La langue est une vieille dame qu’il faut respecter», estime-t-il. «En admettant deux orthographes, on complexifie au lieu de simplifier.» Mais c’est surtout en regard des textes littéraires que Jean-Michel Olivier s’inquiète: «Dans Le parti pris des choses, Francis Ponge écrit tout un poème sur l’huître, et s’inspire justement du circonflexe, ressemblant à une huître en train de s’ouvrir. Supprimer ces accents serait un appauvrissement de la poésie.»

Auteur et enseignant de français au cycle de Drize, Florian Eglin est aussi de cet avis: «Je me demande si le fait d’écrire une lettre de motivation en utilisant la nouvelle orthographe ne péjorera pas un jeune par rapport à un autre qui maîtrise l’ancienne. Il est de notre responsabilité d’y penser», soutient l’enseignant, qui estime qu’«il n’est pas si difficile de maîtriser le français écrit, quand on se met sérieusement au travail».

Pourtant, quelques enseignants défendent la nouvelle orthographe. Un prof de français à l’ECG Jean Piaget, qui souhaite rester anonyme tant les disputes à la salle des maîtres sur le sujet sont vives, témoigne: «Ce soudain conservatisme sur Facebook me semble ridicule. Il était temps d’opérer une simplification de la langue. Je rappelle que la complexité du français est en partie due à la volonté d’instaurer une distinction sociale entre les gens. A mon sens, il est aujourd’hui primordial que la langue soit maîtrisée par le plus grand nombre.»

Un spécialiste de l’Université enchanté

Mais la nouvelle orthographe trouve son plus grand défenseur en la personne de Guy Poitry, maître d’enseignement et de recherche au département de français moderne de l’Université de Genève. Il voit dans la majorité des modifications apportées «une correction logique aux absurdités ajoutées lors des précédentes réformes de la langue». Il se montre particulièrement critique envers la réforme de 1835, où «un grand nombre de lettres muettes ont été réintroduites par les académiciens de manière totalement aberrante», ou supprimées aléatoirement. Il cite «fantôme» qui conserve son circonflexe mais le perd dans «fantomatique» (pareil pour «drôle» et «drolatique»), «rythme» qui perd l’un de ses deux h, «malgré la racine grecque du mot qui en contient deux. Cette décision est illogique, il aurait soit fallu enlever les deux h, soit les maintenir (comme en anglais, rhythm)». Comble du mauvais goût pour le spécialiste, prononcer le g du mot «legs». «Le g a été introduit par les juristes et retenu définitivement par l’Académie en 1694, alors même que le mot venait du verbe «laisser» et s’orthographiait «lais», comme c’est le cas chez Villon.» Il rappelle en outre que «le premier dictionnaire de l’Académie française avait choisi de réintroduire les lettres étymologiques (parfois perdues pendant le Moyen Age), pour «distinguer l’honnête homme des ignorants et des femmes…»

Quant à «ognon», Guy Poitry ne s’en émeut pas spécialement et rappelle que le ign pour valeur de gn était devenu extrêmement rare, et qu’il est ainsi logique de le supprimer. «Qui sait encore que le nom de l’écrivain français Montaigne devrait se prononcer «Montagne»? Cette méconnaissance a conduit à faire dépendre le i du a et non du gn…» Un coup de balai bienvenu, selon l’universitaire.

Retrouvez les changements principaux sur «Les règles de la nouvelle orthographe... en bref», et la liste détaillée sur la présentation du rapport de 1990 par le Conseil supérieur de la langue française.

*Eléphant ne change pas d’orthographe tandis que nénufar retrouve sa graphie d'avant 1935 selon le Groupe québecois pour la modernisation et la norme du français.

Créé: 05.02.2016, 11h11

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Le document des nouvelles règles en bref.

Le document officiel de la réforme.

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