Quatorze sculptures aèrent leur gloire au parc

Eaux-VivesArtgenève lance la première édition d’une exposition biennale, «Sculpture Garden», qui se tiendra tout l'été.

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Son pilote aura sans doute pensé que le moelleux de la pelouse préserverait ses flancs iridescents des égratignures. Au parc des Eaux-Vives, une soucoupe volante a atterri au détour d’une futaie, le mufle enfoui dans l’herbe, comme pour en humer l’odeur. Tenant à la fois de l’ovni et de la raie manta qu’on aurait plongée dans du vernis à ongles, cette création en résine peinte a été conçue en 2008 par Sylvie Fleury. Avec treize autres sculptures monumentales tirées des collections institutionnelles genevoises ou prêtées par des privés, elle se prélassera tout l’été dans la verdure pour «Sculpture Garden».

La première édition de cette biennale en plein air fait suite à l’initiative de Thomas Hug, directeur d’Artgenève, de présenter des œuvres dans l’espace public – sur le quai Wilson pendant le salon, en hiver, et dans ce même parc à la belle saison. Pour piloter cette manifestation d’envergure, il a invité Lionel Bovier et Michèle Freiburghaus Lens, respectivement à la tête du Mamco (Musée d’art moderne et contemporain) et du Fmac (Fonds municipal d’art contemporain), à constituer une «trilogie organisatrice» stable qui demeurera le noyau créateur de l’événement.

Un surcroît de culture

«L’idée était de montrer des choses qu’on ne voit pas forcément, en insistant sur le rapport institutionnel et patrimonial, explique Lionel Bovier, commissaire général pour 2018. Le «Signal» de Takis, par exemple, fait partie de nos collections mais nous ne pouvons pas le montrer au Mamco en raison de sa taille.» Il fallait aussi un nombre juste de pièces, qui préserve le parc et ses usages. Pensée comme une invitation à la promenade, «Sculpture Garden» n’entrave pas les activités des familles, joggeurs ou sylvothérapeuthes, mais propose, gratuitement, un surcroît de culture à cette splendide nature qui déploie ses atours face au lac.

L’équation a été soigneusement réfléchie. Ici, l’objet d’art converse idéalement avec le paysage ou instaure, là, une rupture avec lui, par l’irruption de thématiques urbaines. En bas du parc, «A Lamp» de l’Américain Oscar Tuazon dresse sa haute stature métallique sur le frais gazon. On dirait qu’un paquebot rouillé y a traîné sa carcasse pour offrir une parenthèse industrielle au flâneur. L’œuvre, produite pour la manifestation cousine et zurichoise «Art and the City», offre un clin d’œil de circonstance au chantier de la plage des Eaux-Vives qui se trame de l’autre côté de la route.

Star au milieu des essences

D’autres, en revanche, s’insèrent tout à fait dans le concept campagnard. Réalisé par le plasticien allemand Carsten Höller, un champignon géant attend le piéton en bordure de chemin, tandis qu’un arbre foudroyé en aluminium blanc d’Ugo Rondinone tend ses bras désolés contre le ciel, jouant la star immaculée au milieu des essences vénérables. «Ça donne un point de vue nouveau sur une nature très maîtrisée», souligne le curateur. Il trouve son acmé dans l’installation de la Genevoise Mai-Thu Perret: au creux d’un bosquet d’épineux, trois organes humains en bronze (cœur, poumon, utérus) sont suspendus dans les branches comme des cloches rituelles. Tout autour, le corps des arbres fait rempart à leur fragilité. Plus loin, le cube en bois de Max Bill ou l’élégant pavillon en terrazzo et acier de Sam Falls, muni de deux sièges propices à la conversation, proposent une halte contemplative bienvenue.

Outre des visites guidées les samedis à 16 h, plusieurs performances ponctueront la biennale. On y reverra notamment les montgolfières lumineuses du Vaudois Denis Savary, découvertes en décembre lors du festival Geneva Lux. La mise sur pied d’une telle proposition a nécessité des mois de travail et un grand esprit de concertation. Entre les divers services de la Ville et du Canton, les institutions culturelles et les mécènes, pas moins de dix-sept interlocuteurs ont dû s’entendre afin de conjuguer art contemporain avec espace public.

Les efforts consentis par ce partenariat très large ont payé. Le visiteur y gagne l’enchantement et certains artistes la réalisation d’un vieux rêve, à l’instar de Roman Signer, qui, à l’occasion de l’inauguration, le 8 juin, a propulsé une voile rouge dans les airs par la force du Jet d’eau. «C’est ce genre de rêve qui fait parler de Genève, argue Lionel Bovier. Quant à moi, je me prends à rêver que la biennale ne soit pas un hapax, une exception, mais un modèle.»

«Sculpture Garden» Jusqu’au 8 septembre au parc des Eaux-Vives. artgeneve.ch/biennale (TDG)

Créé: 11.06.2018, 17h45

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