Quand les indiennes emballent les foules

DécryptageL'affiche du Musée national suisse mélange habilement le contemporain à l'ancien. Décryptage.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’affiche du Musée national suisse réussit à faire du neuf avec du vieux. Elle réserve visuellement une large place à la représentation d’une époque ancienne. Celle des toiles de coton imprimées, que l’on appelait alors des indiennes, rapport à leur provenance exotique. Ces étoffes légères d’usage pratique ont emballé l’Europe entière aux XVIe et XVIIe siècles, au point d’être imitées puis fabriquées dans nos régions. De nombreux Suisses participent alors à cette industrie extrêmement lucrative, ce qui explique sans doute pourquoi le château de Prangins consacre une grande exposition à ces indiennes. L’autre raison étant que l’institution a acquis, en 2016, la collection de Xavier Petitcol, un expert en étoffes anciennes. La plupart des textiles présentés en ce lieu proviennent de cette collection.

Des artistes de l’époque rivalisent d’imagination pour créer les dessins qui seront ensuite imprimés sur les toiles: motifs floraux, propos d’actualité ou sujet littéraire. L’indienne ici utilisée représente le roman «Paul et Virginie» de Bernardin de Saint-Pierre. Elle a été réalisée dans la manufacture Petitpierre & Cie de Nantes. Là où ces indienneurs neuchâtelois se sont installés au début des années 1770.

Les cotonnades étaient utilisées aussi bien pour l’habillement que pour l’ameublement. Ce tissu souple se froisse ou se découpe donc aisément, comme l’affiche s’amuse à le rappeler. Il prend du volume grâce aux plis qui le traversent. Et il est cisaillé sur le côté pour dynamiser l’image et amorcer une rupture de temps. Le grand aplat sur lequel se détache l’indienne reprend entièrement sa couleur. C’est elle qui devient la toile de fond, là où s’impriment des caractères typographiques d’aujourd’hui. Et le tour est joué!

«Indiennes. Un tissu révolutionne le monde!» Château de Prangins, av. Général-Guiguer 3, Prangins, jusqu’au 14 octobre.

Créé: 10.05.2018, 18h50

Modernité

S’il n’y avait que ce logo sur l’affiche, elle serait d’une tout autre nature. La police de caractères utilisée pour donner l’information nécessaire à l’exposition va doit au but, sans fioritures. Elle tranche avec le charme un brin suranné des tissus imprimés et affirme sa modernité sans complexes.

Contraste

L’indienne tombe ici comme un drapé de rideau et l’ombre qu’elle produit au sol semble indiquer la présence d’un volume. Le contraste est renforcé par la profusion de détails du tissu et le nu absolu du fond coloré.

Échanges

Les indiennes sont arrivées en Europe dès la fin du XVIe siècle dans les cales des bateaux portugais, suscitant l’engouement que l’on sait. Elles repartent plus tard sur les flots vers un autre continent lointain. Ces tissus sont alors le principal produit d’échange entre Européens armant pour l’Afrique et indigènes revendant leurs compatriotes.

Tragédie

Cet homme qui semble voler dans les airs, serait-ce Paul? L’amoureux de la belle Virginie qui revient dans l’île pour le rejoindre, mais dont le navire fait naufrage? Il est dit que cette indienne raconte l’histoire tragique de «Paul et Virginie», un roman qui fit un tabac à sa sortie, en 1788, et qui a inspiré de nombreux artistes, dessinateurs, sculpteurs ou musiciens.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Hong Kong: un pays, deux systèmes
Plus...