Portes grandes ouvertes à l'art contemporain

CultureCe week-end, galeries et musées accueillent le public pour des vernissages et des rencontres. Focus sur trois expositions.

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Le parcours est ample et la programmation substantielle. Comme chaque année, les galeries et institutions muséales de l’association Genève Art Contemporain (GAC), en collaboration avec le Quartier des Bains, proposent aux Genevois de contrer la morosité de novembre en ouvrant leurs portes en grand le temps d’un week-end. Sur un territoire allant de Carouge à l’Étoile, en passant par Plainpalais et la Vieille-Ville, une vingtaine de lieux accueillent ainsi les amateurs pour des expositions, des vernissages ou des rencontres avec des artistes.

Réalisme et flou énigmatique

Plusieurs générations de la création actuelle figurent à ce copieux menu. L’un de ses représentants suisses le plus réputés est à découvrir chez Skopia. L’espace de la rue des Vieux-Grenadiers montre en effet Franz Gertsch, en huit xylographies de majestueux format. Ce très bel ensemble fait la part belle aux deux sujets de prédilection du Bernois, les femmes et les paysages.

Il y a là Dominique, immense portrait hiératique réalisé en 1988 et devenu icône du corpus de l’artiste. À la fois excessivement réaliste et baigné d’un flou énigmatique, le visage semble comme sorti du temps, empruntant aux siècles la technique ancestrale de la gravure tout en renvoyant, sur le mode quasi monochrome, aux vertiges de l’avenir. «Franz Gertsch capte des moments pour en faire quelque chose d’intemporel», commente Pierre-Henri Jaccaud directeur de Skopia.

Cette permanence limpide se retrouve dans les scènes de forêts en hiver (Winter, présenté en deux couleurs différentes) ou les détails de feuillages, éminemment contemplatifs. Comme toutes les œuvres de Gertsch, ces vues de la nature environnant sa maison de Rüschegg sont réalisées à partir de photographies projetées par intermittence sur la plaque de bois. Il y dessine le motif en évidant de minuscules trous, modelant le tracé non pas linéairement mais en formant un réseau de points qui échappent à l’encrage et confèrent à l’estampe tant sa délicate lumière que son grain vaporeux.

Dans cet accrochage, une pièce se distingue des autres: intitulée Saintes-Maries-de-la-Mer, elle figure deux fillettes jouant sur une plage balayée par le vent. «La gravure est récente mais l’image remonte aux années 70, explique le galeriste. Franz Gertsch avait pris en photo ces petites gitanes pendant ses vacances. Il en a fait d’abord trois tableaux, dont l’un a disparu dans l’incendie de l’entrepôt d’un collectionneur américain.» Le graveur a repris le cliché pour un travail sur bois, dérogeant à ses imperturbables portraits de face, les enfants étant de profil et l’image imprégnée de l’idée du mouvement.

Grammaire moderniste

La déambulation offerte par GAC permet aussi de découvrir les propositions de plus jeunes talents. L’exposition que la galerie Xippas consacre à Farah Atassi en est un joli exemple. La plasticienne franco-belge, née à Bruxelles en 1981, a conçu pour l’occasion une série de six tableaux, organisés en deux familles.

La première revisite les grands thèmes de la peinture – le nu, la nature morte – en empruntant à la grammaire moderniste. Construite à l’aide de ruban adhésif, une grille faisant alterner des bandes blanches et colorées sert d’ossature aux compositions, créant un espace dans lequel viennent s’inscrire motifs et figures. Il s’agit parfois d’un personnage, comme dans Woman in rocking-chair II, citation directe à Picasso, ou des objets, tel le très cubiste Circus. «J’aime les formes simples, souligne Farah Atassi. Comme j’éprouve le besoin d’ordonner mes tableaux, j’ai toujours travaillé avec un vocabulaire géométrique.»

Remuant créateur bernois

Inspiré du ballet triadique d’Oskar Schlemmer, le second groupe d’œuvres s’engouffre plus avant sur les voies de l’abstraction. Les grilles prennent des contours sinusoïdaux, au creux desquels s’insèrent des «objets anthropomorphiques évoquant des danseurs», selon Farah Atassi. En perdant leur figuration, les motifs deviennent ornements, et les couleurs vives se marient aux lignes courbes pour imprimer aux toiles une intense vibration.

Citons, enfin, la possibilité, au gré du parcours du GAC, de rencontrer des artistes. La galerie Laurence Bernard, à la rue des Bains, organise notamment un brunch avec Jan Kopp samedi à 11 h. Le même jour et quelques blocs plus loin, le Centre d’édition contemporaine (CEC) reçoit Thomas Hirschhorn pour une «présentation itinérante du fac-similé de la publication Les plaintifs, les bêtes, les politiques», un recueil de collages sur papier glacé au format magazine. Le remuant créateur bernois signera cet ouvrage publié, dans sa version originale, en 1995 par le même CEC.

Week-end Genève Art Contemporain samedi 11 et dimanche 12 novembre de 11 h à 18 h. Infos: www.geneve-art-contemporain.ch (TDG)

Créé: 10.11.2017, 18h23

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