Petits et fiers de l’être, c'est la devise des petits éditeurs romands

EditionLe premier Salon des Petits Editeurs a lieu samedi au Grand-Saconnex. Focus sur le métier.

Alexandre Regad, à l’origine du Salon des Petits Editeurs, 
entouré de Catherine Demolis (avec un pull bleu) et Adriana 
Passini, des Editions Encre Fraîche, au Café du Soleil au 
Petit-Saconnex, lieu fétiche des trois éditeurs.

Alexandre Regad, à l’origine du Salon des Petits Editeurs, entouré de Catherine Demolis (avec un pull bleu) et Adriana Passini, des Editions Encre Fraîche, au Café du Soleil au Petit-Saconnex, lieu fétiche des trois éditeurs. Image: PIERRE ABENSUR

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«Au Salon du livre de Genève, on est un peu noyés dans la masse.» C’est le constat que font de nombreux petits éditeurs romands. Pour survivre parmi les grands, ils se serrent les coudes et ont imaginé un nouveau rendez-vous sélect, où seuls les modestes éditeurs seraient admis et où les Gallimard et autres Grasset se verraient refoulés à l’entrée.

Ainsi est né le premier Salon des Petits Editeurs (SPE). Gratuite, la manifestation aura lieu ce samedi à la salle des Délices au Grand-Saconnex. Elle regroupera seize éditeurs – genevois pour la plupart – trente auteurs, et proposera dix lectures et six débats au public durant toute la journée. Une initiative de la maison d’édition genevoise Encre fraîche, qui organise la manifestation en collaboration avec l’association Ptolémée. Côté subventions, la commune du Grand-Saconnex et la Fondation Jean Michalski ont participé aux 5000 francs du budget total.

Le but? «Pour nous les petits éditeurs, il est difficile de se faire connaître. L’idée est d’unir nos forces pour présenter nos auteurs au public local», expliqueAlexandre Regad, éditeur d’Encre Fraîche et instigateur du projet. «En Suisse romande, il n’y a pas de tous grands éditeurs comme en France, mais ce sont toujours les mêmes qui sont cités par les médias, comme Zoé, Campiche, L’Age d’Homme ou Slatkine. Or, il y en a énormément d’autres, fonctionnant sur le mode associatif, comme nous, ou parfois grâce à une seule personne. »

La «flamme» sinon rien

Car c’est là tout le drame des petites structures: il est quasi impossible pour un éditeur qui se lance aujourd’hui d’être rentable. Ce qui tient toutes ces petites maisons, c’est «la flamme», disent-ils à l’unisson. Parmi les seize éditeurs participants au SPE, la grande majorité tourne principalement grâce au dévouement de bénévoles exerçant une autre activité professionnelle à côté, de stagiaires pas ou peu rémunérés, ou encore de retraités. Et avec l’aide ponctuelle de subventions cantonales ou communales.

«La force particulière des petits éditeurs, souligneLaurence Gudin, éditrice de La Baconnière, c’est de sortir des sentiers battus. On peut réaliser des projets sur plusieurs années, ce que de grandes maisons, qui tablent sur une rentabilité à court terme, ne peuvent plus se permettre de faire. » Elle citePost Tenebras Rock, ouvrage retraçant le parcours de la programmation à l’Usine paru en 2013 après cinq ans de travail. La recette? «Travailler énormément, et accepter d’avoir un salaire modeste. »

Mais le désir du «petit», ne serait-ce pas inévitablement celui de devenir grand? Que nenni: «C’est sûr qu’on rêve tous d’un Joël Dicker, expliqueCaroline Grondahl, en charge de l’éditorial chez Plaisir de lire, dans le canton de Vaud, même si publié chez nous, son livre n’aurait pas eu le même retentissement. Mais en même temps, on ne veut pas devenir trop gros: être petit, c’est l’âme de la maison, soit la garantie d’une grande proximité avec les auteurs et d’une ambiance familiale. »

Faire la promo sur Facebook

Pour vendre des livres, il faut en assurer la promotion à la sortie. Comment faire sans attaché de presse ou budget dédié à la publicité? «Nos jeunes bénévoles connaissent bien Twitter et Facebook. Dernièrement, l’un eux a modernisé notre site internet. Leur aide est précieuse, même si elle est temporaire. Ils nous quittent lorsqu’ils se lancent dans une activité professionnelle rémunérée, et c’est normal», explique Caroline Grondahl. Chez Torticolis et frères basé à Neuchâtel, l’éditeurTristan Donzéexplique que «le réseau social d’un écrivain va faire la différence pour la vente. Un de nos poètes, le Biennois Thierry Stegmüller, a réussi à épuiser les ventes de son livre tiré à 500 exemplaires en six mois en étant très présent lors de lectures, de rencontres, et sur les réseaux sociaux. » Un record.

«C’est un luxe de ne pas devoir gagner notre vie avec la maison d’édition. Car on ne dégage pas un franc de bénéfice, bien au contraire! Un best-seller en poésie, il n’y en aura jamais», confieDenise Mützenberg, l’éditrice de Samizdat, soutenant que pour éditer de la poésie, «il faut être un peu fou». Patrice Duret, éditeur unique au Miel de l’Ours, le sait bien. Pour faire connaître au mieux son catalogue ne comportant que des poètes, il table sur «un bon équilibre entre poésie méditative, tournée vers l’introspection, l’intime, et poésie sonore, c’est-à-dire extravertie, se prêtant bien à la performance orale. »

Si tous les éditeurs participant au Salon des Petits Editeurs au Grand-Saconnex saluent le projet d’Encre fraîche, ce dernier peut également compter sur le soutien de la présidente du Salon du livre de Genève,Isabelle Falconnier, qui viendra animer un débat intitulé «Petits mais costauds, les petits éditeurs romands?» Cette dernière se dit «ravie» de la «dynamique commune» créée par ce rassemblement: «Le monde éditorial romand doit impérativement se mettre à l’événementiel littéraire pour ne pas rester invisible. Il faut rassembler autour de l’écrit, dans chaque ville et village de Suisse romande, chacun à son échelon, avec ses moyens, ses ambitions. »

Salon du livre trop cher

Le SPE a été créé en complément au Salon du livre, qualifié par beaucoup de petits éditeurs de «trop onéreux». Depuis l’existence du stand tenu par le Cercle de la librairie et de l’édition, les éditeurs genevois sont pourtant grandement soulagés: «L’emplacement est moins cher, et on a une meilleure visibilité», apprécie Denise Mützenberg, qui depuis l’année dernière réussit à faire du bénéfice à Palexpo. Mais hors de la Cité de Calvin, les petites maisons tirent la langue: «On ne rentre clairement pas dans nos frais au Salon, il y a trop de concurrence, regrette Caroline Grondahl. Entre la location d’un emplacement même tout petit et peu passant, les besoins en ressources humaines pour assurer une présence sur le stand pendant cinq jours, c’est financièrement très lourd pour nous. »

Consciente des difficultés des petits éditeurs, Isabelle Falconnier assure être «très active sur cette question»: «Nous avons créé la Place suisse justement pour améliorer le côté «perdu dans la masse». Côté tarifs, le Salon du livre n’a jamais été autant à l’écoute des petites structures; il a renoncé à faire du bénéfice avec elles: le Salon ne fait pas payer la surface pour les petites tables mais seulement l’équipement, soit 375 francs pour 2 m2, plus la taxe d’inscription de 200 francs. Pour un salon d’envergure internationale, ça n’est vraiment rien!»

Samedi, le nouveau Salon des Petits Editeurs donnera lela: en cas de succès auprès des Genevois, il pourrait devenir le premier d’une longue série…

Note:Salon des Petits Editeurs,salle des Délices, route de Colovrex 20, samedi 1er novembre, 9 h-20 h, programme de la journée surwww. encrefraiche. ch (TDG)

Créé: 31.10.2014, 15h54

Quelques éditeurs à la loupe

Encre Fraîche (Genève)
La maison associative fête ses 10 ans. Présidée par Alexandre Regad, enseignant à 100%, elle compte 5 bénévoles au total. La maison publie 5 œuvres de fiction sur les 100 à 150 manuscrits reçus par année, lesquels sont tirés à 500 exemplaires en moyenne. Fondateur d’Encre Fraîche, Olivier Sillig sera l’invité d’honneur du Salon des Petits Editeurs.

Samizdat (Genève)
Aidée d’une autre passionnée, Denise Mützenberg tient la maison d’édition Samizdat, spécialisée dans la poésie, qui existe depuis vingt-deux ans. Sur 50 manuscrits reçus par année, elle en publie entre 6 et 8. Le tirage oscille entre 300 et 750 exemplaires par livre. Elle a publié notamment Julien Burri, Silvia Härri, Sibylle Monney et Sylvain Thévoz.

La Baconnière (Genève)
Fondée il y a quatre-vingt-sept ans, la maison d’édition est actuellement dirigée par Laurence Gudin. En plus de ce poste, la maison compte sur une personne à 20%, des stagiaires et des bénévoles. Elle publie plus de 10 livres par an, sur environ 230 manuscrits reçus par an. Le genre? Varié. «La Baconnière publie des ouvrages de réflexion sur son époque. Cela prend différentes formes. »

Editions Notari (Genève)
Spécialisée dans les livres d’art et pour la jeunesse, la maison a été créée il y a huit ans par Luca et Paola Notari. Cette dernière enseignant à côté, c’est Luca qui gère principalement les nouvelles rencontres avec auteurs et artistes. Env. 10 ouvrages paraissent chaque année.

Le Miel de l’Ours (Genève)
Seul éditeur à mener la barque depuis dix ans à côté de son activité de bibliothécaire, Patrice Duret publie lespoètes suisses romands connus (Haldas, Chessex, Roman) et en devenir. Fonctionnant au coup de cœur, il édite également quelques auteurs étrangers. Il reçoit une moyenne de 30 manuscrits par an, mais la tendance est à la hausse. Il en publie 4 par année.

Plaisir de lire (Vaud)
Fondée en 1923, la maison est une association à but non lucratif. Elle compte deux salariés à 20 et 30%, et une bonne vingtaine de bénévoles, représentant le comité de lecture des manuscrits – soit plus de 180 par an – et la promotion des livres, notamment par le site Internet et les réseaux sociaux. Environ 5 livres sont publiés chaque année. A côté de la collection Patrimoine vivant, qui comprend notamment 24 titres de Ramuz, la nouvelle collection de polars «Frisson», lancée en 2007 «marche très bien», selon Caroline Grondahl, en charge de l’éditorial.

Torticolis et frères (Neuchâtel)
Fiers de la ligne éditoriale de leur maison fondée en 2012, Tristan Donzé et son acolyte, tous deux enseignants à temps partiel, publient ce qui leur plaît: «On peut publier une thèse de la Sorbonne réécrite sous forme poétique, comme un roman noir ou un essai politique. » Sur quelque 150 manuscrits reçus par an, seuls 6 sont édités.

Les autres participants au SPE sont les éditions des Syrtes, des Sauvages, d’Autre part, des Sables, Pierre Philippe, Cousu Mouche, BSN Press, Entremonde et Tricorne. MAR. G

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