Monica Sabolo et les secrets de famille

RomanAvec «Crans-Montana», la Genevoise fait revivre les Sixties

La romancière tombe un jour sur un album de photos qui la fascine. Elle en a tiré une riche matière romanesque.

La romancière tombe un jour sur un album de photos qui la fascine. Elle en a tiré une riche matière romanesque. Image: DR

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Monica Sabolo n’a pas un parcours banal. Née à Milan, elle a grandi et fait ses études à Genève, passé ses vacances à Crans-Montana, avant de tout quitter pour travailler avec le WWF en Guyane, puis au Canada. Là-bas, elle rencontre quelqu’un qui lance un nouveau magazine à Paris, Terre et océans. La voilà journaliste, et parisienne! Elle a alors vingt-quatre ans, l’envie d’écrire, mais rien de plus précis. Le désir aussi, probablement, de mettre quelques centaines de kilomètres entre sa famille et son présent, le besoin de recommencer de zéro. Après Terre et océans, elle ose un grand écart en entrant au magazine très people Voici. La chasse aux célébrités remplace celle à la baleine… «En huit ans, je crois avoir occupé tous les postes! se souvient-elle. Puis j’ai travaillé à ELLE pendant quatre ans. J’ai arrêté pour écrire mon premier livre, Le roman de Lili, en 2000.»

Chagrin d’amour analysé

Elle commente: «C’était une histoire assez légère, pas vraiment littéraire, mais j’avais 27 ans, et à l’époque, c’était ce dont j’avais envie.» Monica Sabolo laisse passer ensuite cinq années, le temps de faire deux enfants, avant de se lancer dans son deuxième ouvrage. Et puis plus rien à nouveau jusqu’en 2013. A ce moment-là, sa vie change de manière radicale, son envie d’écrire s’intensifie. Elle décide cette fois de s’y mettre sérieusement, de s’en donner les moyens, et quitte la magazine Grazia, où elle dirigeait la rubrique culturelle.

Ce troisième roman, qu’elle considère un peu comme son premier, raconte, ou plutôt autopsie un chagrin d’amour, Tout cela n’a rien à voir avec moi. Et pourtant, au contraire, tout cela a beaucoup à voir avec elle, et pour la première fois, elle a l’impression que ce texte reflète ce qu’elle est: «J’avais trouvé ma place dans ma tête, je m’autorisais quelque chose qui me ressemblait. Mais comme ce récit jouait avec l’autofiction, j’avais un peu l’impression de me balader toute nue dans la rue!»

Dans ce roman, elle décrypte un chagrin d’amour, décrit toutes les stupidités auxquelles on peut se laisser aller dans ces moments-là, mais aussi la souffrance que l’on éprouve. Elle intercale ses propos de plein de photos qui sont autant de petits cailloux dans cette aventure. Beaucoup de gens s’y retrouvent. Le livre rencontre le succès et remporte le très branché prix de Flore.

Lourds secrets de famille

Monica Sabolo: «Cela m’a libérée, et m’a donné le courage de me lancer dans ce nouveau roman, Crans-Montana. Au départ, je n’avais qu’une idée vague, je voulais décrire une génération qui désirait oublier, élever des enfants sur d’autres bases. J’avais envie aussi de parler des secrets de famille, qui sont mon obsession à cause de la manière dont ils peuvent vous démolir.»

Crans-Montana, c’est donc la station où elle a passé les vacances de son enfance. Elle en garde de vagues souvenirs: les fêtes déguisées que ses parents organisaient, des personnages qui ressemblent à des ombres chinoises… Et puis un jour, elle tombe sur un album photos, qui couvre la période allant de 1969 à 1974: «Ces images m’ont fascinée, cet album m’a hantée, avant de se transformer en matière romanesque.» A partir de là, elle a pu réinventer son histoire.

«Crans-Montana» de Monica Sabolo, Lattès, 249 pages. En librairies le 26 août.

(TDG)

Créé: 23.08.2015, 20h10

Il s’en passe des choses, à Crans-Montana!

Crans-Montana, c’est l’histoire d’une station chic qui, dans les années 60, accueillait les riches familles européennes venant y passer une partie de l’hiver. C’est aussi la description d’une génération, née juste après la guerre, un peu perdue, sans repères, voulant s’amuser avant tout. Monica Sabolo raconte la fascination qu’éprouve une bande de garçons pour trois jeunes filles inséparables, deux Françaises, une Italienne. Elles sont différentes, apparemment libres, certainement riches, ravissantes chacune à sa façon, et nimbées de mystère. Pourtant, derrière cette façade de dolce vita se cachent un monde infiniment plus complexe, de lourds secrets de famille, beaucoup d’excès et encore plus de douleur.

Comme dans son précédent roman très autobiographique, Monica Sabolo utilise la fiction pour raconter sa jeunesse, ou plutôt celle de ses parents. Rien n’est vrai, tout est vrai. C’est le propre de l’autofiction, de ne pas démêler l’«auto» de la «fiction». C’est en tout cas un roman nimbé de nostalgie. «Je voulais raconter les choses par la sensation», confesse l’auteure. C’est parfaitement réussi.

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