Les «booktubers» font la loi chez les éditeurs

PhénomèneDes jeunes filment leurs chroniques livres sur YouTube. Le succès est tel que les collections littéraires «young adult» dépendent de leur jugement.

La booktubeuse fribourgeoise de 24 ans Margaud.

La booktubeuse fribourgeoise de 24 ans Margaud. Image: YouTube Capture d'écran

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«Ils peuvent assurer un buzz positif énorme, tout comme vous flinguer un livre en moins de deux.» Glenn Tavennec ne parle pas d’animateurs TV influents, ni de journalistes littéraires. Non, le directeur de la collection R des Editions Robert Laffont – s’adressant à un public dit «ado et jeunes adultes» et regroupant notamment la fantasy et la SF – parle de la blogosphère littéraire. Et particulièrement des «booktubers», ces jeunes dans la vingtaine – principalement des jeunes femmes – qui filment leurs chroniques livres et les mettent en ligne sur leur chaîne YouTube.

«Nous les considérons comme des collaborateurs extrêmement précieux», déclare Glenn Tavennec, qui est en contact régulier via Internet avec une centaine de blogueurs, dont 30 booktubers. Il cite en exemple un récent gros succès de vente, dû en grande partie aux bons conseils de ces critiques 2.0. «Ils me conseillaient de publier la traduction française d’une auteure américaine autoéditée, Amy Harmon. Avec beaucoup d’appréhension – c’est un vrai risque de publier une auteure qui n’a jamais été éditée – je me suis lancé. Ils ont également choisi la couverture et le titre. Résultat: énorme succès sur la Toile et 8'000 exemplaires vendus. Et tout ça sans un centime dépensé en marketing traditionnel, via la publicité.»

Quand on lui demande s’il n’a pas l’impression d’utiliser une main-d’œuvre gratuite, il explique que le rapport de force est inversé: «Ils sont totalement libres d’aimer ou non ce qu’on leur propose. De notre côté, nous avons dû repenser notre communication. Par exemple, il est inutile de survendre un livre dans un résumé, car rien n’est pire que deux ou trois booktubers qui déclarent «Je m’attendais à mieux, je me suis ennuyé à la lecture». Un franc «j’ai détesté» est infiniment moins dommageable», déclare l’éditeur. A l’instar de R de Robert Laffont, d’autres collections jeunesse de grandes maisons, telles Bliss chez Albin Michel, Métis chez Rageot ou encore Black Moon chez Hachette, envoient aussi leurs livres aux critiques littéraires de la Toile.

Une Romande mi-libraire, mi«renard-licorne»

Mais qui sont ces redoutables booktubers? Une bouille d’enfant de chœur, de grandes lunettes sur le nez, un poil de rouge à lèvres, et des bibliothèques remplies d’ouvrages en arrière-plan. Voici le profil de la parfaite booktubeuse. Sur leur chaîne YouTube, les jeunes femmes commentent les ouvrages qu’elles ont lus, ceux qu’elles vont lire – l’ouverture des paquets contenant les commandes se passe aussi devant la caméra – et livrent leur liste des héros de fiction les plus attirants.

Ainsi, «Margaud liseuse», Fribourgeoise de 24 ans, est libraire à la Fnac à 100% le jour et «renard-licorne» la nuit lorsqu’elle s’adresse à sa communauté, soit les quelque 19'730 abonnés de sa chaîne YouTube. «J’ai toujours aimé lire et partager mes critiques, déclare la jeune femme qui a commencé à poster ses vidéos il y a 4 ans, son CFC de libraire en poche. «Au début, j’achetais les livres qui m’intéressaient pour les chroniquer. Aujourd’hui, je demande aux maisons d’édition à recevoir ceux que j’ai envie de lire, soit environ quatre ou cinq par mois.» Parmi de nombreux booktubers français ou belges avec qui elle correspond virtuellement «tous les jours», elle cite notamment trois autres Romandes, Mikaela, Sophie et Anaïs (voir photos ci-dessus).

Partenariat avec le Livre sur les Quais

Si Margaud ne peut pas (encore) vivre de ses vidéos grâce à la publicité, à l’instar de YouTubers humoristiques comme Natoo, Cyprien ou Norman, elle est repérée par des professionnels du livre qui l’engagent pour des missions rémunérées. Récemment, Le Livre sur les Quais a annoncé son partenariat avec cette booktubeuse fribourgoise. Valérie Jeanrenaud, responsable de la médiation culturelle de la manifestation à Morges, explique: «Les 16-25 ans sont difficiles à capter en dehors des journées dédiées aux écoles. Or il existe une communauté de jeunes passionnés attachés à ces vidéo-critiques qui font mouche, notamment en raison de l’impact émotionnel qu’elles véhiculent.»

Quelques exemples de booktubeuses romandes. Une vidéo de Margaud, la plus connue:

Une vidéo de Mikaela:

Une vidéo d'Anaïs:

Une vidéo de Sophie: (TDG)

Créé: 16.07.2015, 19h40

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