Le politiquement correct s’en prend plein les dents

ThéâtreAvec «Dans le blanc des dents», le collectif lausannois Sur un malentendu décoche un uppercut sans équivoque contre le néocolonialisme.

Famille raciste avec Noir: le fils (Léonard Bertholet), le père armurier (Pierre-A. Dubey), le gendre (C. Djedje), la mère (N. Steinig) et la fille (E. Blaser).

Famille raciste avec Noir: le fils (Léonard Bertholet), le père armurier (Pierre-A. Dubey), le gendre (C. Djedje), la mère (N. Steinig) et la fille (E. Blaser). Image: RENAUD DOBECK

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Vous en sortirez forcément groggy. Secoués par une déflagration qui concentre humour, violence et insolence dans un même explosif. Le cocktail est dû aux six membres du collectif Sur un Malentendu, issus de la Manufacture, et déjà repérés grâce à ses Trublions suivis d’une Tristesse animal noir. Obéissant à la contrainte du Poche qui exige l’interprétation de textes ultracontemporains, la troupe autogérée jette son dévolu sur Mirror Teeth, que le Britannique Nick Gill publie en 2011. Rebaptisée Dans le Blanc des dents par la traduction française, cette satire à haute teneur en soufre a incité le Théâtre populaire romand (La Chaux-de-Fonds) et l’Arsenic (Lausanne) à coproduire le projet avec le théâtre en vieille ville.

Dans un intérieur bourgeois intégralement tapissé de motifs assortis cohabitent les quatre membres d’une famille nucléaire répondant au banal patronyme de Jones. Un cynique papa vendeur d’armes, son épouse au foyer en proie à une tenace frustration sexuelle, le fiston universitaire confit de mauvaise foi, et la lycéenne en quête d’ivresses érotiques. Dans leur salon, on vocifère des platitudes farcies de propos racistes et d’allusions incestueuses comme on sonne l’appel à la caserne. «La vie est belle, pas vrai?» répète-t-on quand on ne martèle pas la priorité du «flux des capitaux» sur la vie humaine. Il s’agit de ne jamais relâcher le sentiment d’appartenance à une même caste, et de soumettre ses pulsions à une constante répression. Sans parler des doutes, qu’on étouffera sous les préjugés.

Alors, bien sûr, ça finit par péter. Inoculez un corps étranger à cet organisme grippé, vous verrez les comportements s’affoler – de désir ou de cruauté. C’est ce qui arrive quand la cadette ramène son nouvel amoureux à la maison: un Noir prénommé Kwesi. Et la tension sera encore décuplée quand le quintette in corpore ira faire commerce de ses fusils d’assaut dans un pays du Moyen-Orient…

Dans le Blanc des dents ne vient pas cinquante ans après remâcher l’antiracisme d’un Devine qui vient dîner. Avec une verdeur inédite, énergiquement relayée par les comédiens-metteurs en scène (époustouflantes Nora Steinig et Emilie Blaser), sa rhétorique torpille au contraire la xénophobie, la perversion et jusqu’au totalitarisme inavouables qui rampent aujourd’hui sous le vernis du politiquement correct.

Dans le Blanc des dents Le Poche Genève, jusqu’au 19 mars, 022 310 37 59, www.poche---gve.ch (TDG)

Créé: 28.02.2017, 18h21

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