Le mariage bourgeois chancelle sous l’estocade

ThéâtreÀ l’Alchimic, Véronique Ros de la Grange monte un huis clos marital de Dürrenmatt, lui-même inspiré de Strindberg.

Maria Mettral, Jacques Michel et Pierre Banderet circonscrivent en dansant le ring de leur combat triangulaire.

Maria Mettral, Jacques Michel et Pierre Banderet circonscrivent en dansant le ring de leur combat triangulaire. Image: ISABELLE MEISTER

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Vous savez, le bain glacé qui suit l’étuve du sauna. L’antagonisme vécu dans sa chair. Eh bien, à tous les étages de ce «Play Strindberg» créé à Carouge par la compagnie Où sommes-nous, la discordance fait pareillement son ouvrage.

À la base, Friedrich Dürrenmatt y répondait en 1969 à «La Danse de mort» rédigée en 1900 par le dramaturge suédois August Strindberg, en resserrant drastiquement la charge qui y est sonnée contre la vie conjugale. Au-delà de la débâcle du ménage que forment Edgar et Alice, notre satiriste national lance surtout un assaut féroce contre l’institution du mariage bourgeois.

Au niveau de l’intrigue, on s’écharpe à qui mieux mieux un soir de noces d’émeraude – teintées de fiel. Selon un rituel quotidien, le vieil officier militaire, plumitif obsédé par la balistique (Jacques Michel, très chien), s’oppose dans un jeu de massacre verbal à son ancienne actrice d’épouse (Maria Mettral, très chatte). Tandis que leurs langues s’escriment, débarque Kurt, un escroc à qui tout réussit (Pierre Banderet, très relax), à la fois cousin du mari et ex-amant de la femme. L’irruption du tiers fait basculer le duel dans le carnage…

Derrière un piano fiché à la verticale sur le plateau, des fauteuils de théâtre confrontent ceux qu’occupe le public: on se toise. Les répliques, concises et tendues comme un arc, s’enchaînent comme les rounds d’un match de boxe. Mais Véronique Clos de la Grange a l’élégance de moucheter son fleuret, ajoutant ainsi un nouveau degré de dissonance à cette diatribe contre le couple. Aussi elle ponctue les piques échangées d’instants suspendus, d’absences, d’intermèdes, bref de moments de grâce qui rendent au pugilat sa paradoxale dimension humaine.

«Play Strindberg» Théâtre Alchimic, jusqu’au 20 juin, 022 301 68 38, www.alchimic.ch (TDG)

Créé: 07.06.2018, 17h47

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