Le Musée d’ethnographie révèle le talent des bijoutiers mochica

ReportageTrois semaines avant la fin de l’exposition temporaire, l’archéologue Carole Fraresso a mené une visite centrée sur le travail du métal.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Lorsqu’on évoque les bijoux d’or et d’argent des civilisations précolombiennes, le nom des Incas est en général le premier qui vient à l’esprit. «Pourtant, on n’a jusqu’ici retrouvé aucune parure inca», souligne Carole Fraresso, spécialiste en orfèvrerie précolombienne. Non, les champions du travail du métal dans le Pérou ancien, ce sont les Mochica. Ce peuple méconnu du grand public et présenté au Musée d’ethnographie à l’occasion d’une exposition exceptionnelle qui prend fin dans trois semaines.

Samedi matin, une vingtaine de personnes se sont réunies pour découvrir le regard de Carole Fraresso sur cette exposition. L’archéologue française, qui a présenté une thèse sur l’usage du métal dans la parure et les rites des Mochica, a fondé il y a cinq ans Motché, une marque de bijoux directement inspirés de cette civilisation. «Je suis passée de la théorie à la pratique», sourit-elle.

Métal brillant et sonnant
Sa passion est patente lors de la visite qu’elle mène à travers le vaste espace au sous-sol du musée. Pas uniquement pour parler du travail du métal, d’ailleurs. Elle présente le contexte historique, géographique, politique et social du peuple mochica, raconte l’histoire de la découverte du tombeau d’un seigneur qu’on a baptisé Ucupe, et détaille la symbolique des objets présentés. En particulier les nombreuses scènes de sacrifice humain, cérémonie fondamentale menée par les souverains mochica afin d’apaiser les dieux et asseoir leur pouvoir.

Bien sûr, la spécialiste s’attarde quelque peu sur les vitrines remplies de bijoux d’or, d’argent et de cuivre. Il y a là des masques funéraires, ornements de nez, boucles d’oreilles, colliers ou encore diadèmes utilisés lors des rituels. «Le rôle du métal, brillant et sonnant, était fondamental, relève Carole Fraresso. Il participait à la théâtralisation de la religion en permettant aux dirigeants de se transformer en dieux.» Ce qui permettait aux artisans de faire partie de l’élite de la société.

Combinant différentes matières et techniques, les parures comportent les mêmes motifs mythologiques que les céramiques, autre point fort de la production mochica: être à crocs, serpent, puma, araignée et hibou entre autres prédateurs locaux. D’une grande finesse, le résultat est bluffant, surtout quand on pense que les artisans n’avaient ni laminoir, ni loupes, ni électricité…

Moins d'un millimètre d'épaisseur
L’après-midi, plusieurs participants de la visite du matin se retrouvent dans l’auditoire de la conférence donnée par Carole Fraresso, toujours au Musée d’ethnographie. L’archéométallurgiste y détaille en images les techniques des artisans mochica.

On y apprend qu’ils utilisaient de préférence la technique du martelage, obtenant des feuilles d’or de moins d’un millimètre d’épaisseur. Qu’ils avaient trouvé un procédé électrochimique destiné à recouvrir leurs objets d’une très fine couche de métal. Et que cette impressionnante découverte technologique était probablement liée à une pénurie de métaux précieux.

Puisque tout semble symbolique dans cette civilisation sans écriture, on découvre en outre que chaque métal utilisé correspond à un univers: l’or pour celui des dieux, en référence au soleil, l’argent, reflétant la couleur de la lune, pour le monde souterrain des morts et des ancêtres, et le bronze rouge, qui s’oxyde facilement, pour les humains à la durée de vie limitée. Une couleur pourpre faisant également référence au sang des sacrifiés.

Pour conclure, Carole Fraresso présente son activité actuelle: créatrice de bijoux inspirés des parures précolombiennes. Elle raconte le début de cette aventure, ses difficultés et ses joies au quotidien. «Pour moi, il s’agit de perpétuer un savoir-faire séculaire, explique-t-elle. Et chaque parure est porteuse d’histoire.» Sa dernière collection, baptisée Dressed to kill (habillé pour tuer), a été imaginée spécialement pour le Musée d’ethnographie de Genève. Une manière de ramener chez soi un peu des merveilles découvertes dans l’exposition.

Exposition «Les rois mochica», jusqu’au dimanche 3 mai au Musée d’ethnographie, bd Carl-Vogt 65-67, ouvert du ma au di de 11 h à 18 h. Infos: 022 418 45 50, www.ville-ge.ch/meg (TDG)

Créé: 12.04.2015, 20h52

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Matin et 20 Minutes regroupés
Plus...