Latifa Djerbi ressasse ses frustrations

PerformanceAu Pitoëff où elle réside avec sa compagnie Les Faiseurs de rêve, l'auteure et comédienne se recycle dans «Frustrée!».

Émilie Blaser, Latifa Djerbi et Lamia Dorner, en chemin vers l'affranchissement.

Émilie Blaser, Latifa Djerbi et Lamia Dorner, en chemin vers l'affranchissement. Image: MAGALI DOUGADOS

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Depuis le temps qu’elle fréquente les plateaux genevois, plus personne n’ignore que la Genevoise d’origine tunisienne Latifa Djerbi a - prétendument - un Master en sciences; qu’elle élève seule ses deux enfants; qu’elle serait bourrée de complexes; qu’elle se chercherait désespérément un compagnon, et qu’elle refuserait de pallier ses manques sexuels en recourant à des sites internet, des petits canards jaunes ou des pratiques onanistiques. La comédienne a beau souligner que ses autofictions (citons «Tripes», «Eros et Pathos», «La Danse des affranchies» depuis 2016) ne parlent pas d’elle, le simple fait que leur contenu se répète obsessionnellement plaide pour le contraire.

Ne varie en définitive que le dispositif du spectacle, qui devient dès lors son principal intérêt. Au Théâtre Pitoëff, où l’artiste effectue actuellement une résidence de création, les spectateurs de «Frustrée!» sont d’abord invités à remplir une fiche portant cette inscription: «que vous manque-t-il le plus dans votre vie?» Peu importe qu’ils répondent «du temps» ou «de l’argent» – aucun usage n’en sera fait de toute façon –, seule compte l’implication de chacun. Un sticker indiquant leur prénom sur la poitrine, ils s’installent sur des chaises placées en cercle et obéissent à l’injonction d’ôter leurs souliers – en vain encore une fois.

À l'orée de son affriolant décolleté, l’autoritaire maîtresse de cérémonie arbore quant à elle une étiquette marquée Angela Froidevaux. La blonde Émilie Blaser interprète avec mordant cette coach en «décodage bio-psycho-émotionnel», qui aurait préalablement lancé un appel aux frustrés de la république, dont elle aurait sélectionné les cas les plus sévères – vous, moi, et les autres curieux présents. Parmi ces derniers, une écrivaine en mal d’inspiration (Lamia Dorner) venue grappiller dans les confidences.

Au gré de la séance de «défrustration collective», c’est rapidement la brune Loubna (du prénom putatif de la grand-mère de Latifa) qui occupera le terrain avec les problématiques que l’on sait, alpaguant ça et là «tous les genres de types» de l’assistance. À force de dogmes et d’abracadabras, Angela métamorphose Loubna en créature «magnifique, séduisante et sûre d’elle». Mais la quadragénaire s’insurge alors contre les «modèles standardisés de la féminité» et envoie valdinguer ses escarpins vermillon.

C’est alors, au pic de cette prise de conscience, que, par un providentiel lever de rideau, le public se découvre assis sur la scène tandis que Latifa harangue une salle vide, dos à ses camarades d’infortune. Le théâtre lui sauve la vie, et les frustrés que nous sommes n’ont qu’à en prendre de la graine. Sans se soucier de qui remplira les gradins.

«Frustrée!»
Théâtre Pitoëff, jusqu’au 29 déc., 077 527 53 44, www.lesfaiseursdereves.ch

Créé: 07.12.2019, 23h17

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