Lascaux installe sa grotte à Palexpo

EvénementDans la halle 7 dès le 2 octobre, une expo interactive dévoile les secrets de la célèbre caverne préhistorique, reconstituée au millimètre près

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Picasso lui-même en était resté bouche bée. Venu découvrir les trésors de la grotte de Lascaux au début des années 40, le peintre de Guernica n’en avait pas cru ses yeux. Devant lui, des fresques tracées près de 200 siècles plus tôt: aurochs, cerfs, chevaux, bisons aux couleurs et aux formes fascinantes. Dans le livre d’or rempli par les visiteurs, l’artiste catalan laissera cette phrase: «J’ai enfin trouvé mon maître…»

Dès le 2 octobre, c’est le même type de fascination qu’entend proposer l’exposition itinérante Lascaux, chef-d’œuvre de la préhistoire, à découvrir en première suisse dans la halle 7 de Palexpo jusqu’au 17 janvier. Reconstituées au millimètre près, des reproductions grandeur nature de cette grotte du paléolithique inscrite depuis 1979 au Patrimoine mondial de l’Unesco mettent en lumière le talent pictural de l’homme de Cro-Magnon. Mais pas seulement. Sur près de 4000 m2, un parcours interactif livre quantité d’informations sur ce monument historique surnommé «La chapelle Sixtine de la préhistoire».

Du jamais vu

«C’est Lascaux comme vous ne l’avez jamais vue!» claironne Olivier Retout, le concepteur de l’exposition, en rappelant que la vraie grotte, en Dordogne, reste interdite au grand public depuis belle lurette. Victime de son succès, le site original a été fermé en 1963 pour préserver les fresques, fragilisées par le passage de centaines de milliers de visiteurs. Avant l’ouverture en juin 2016 d’une réplique en tout point fidèle de la grotte (Lascaux IV), les amateurs d’art pariétal peuvent se rendre à Lascaux II, une reconstitution partielle de la célèbre caverne, à proximité des lieux concernés. Le résultat vaut le détour, mais tout le monde ne peut ou ne veut effectuer un pèlerinage dans le sud-ouest de la France. Lascaux III, l’exposition itinérante visible à Genève, met la préhistoire à la portée de tous.

«Les visiteurs pourront y voir des éléments qui existent bel et bien dans le monde réel, mais auxquels ils n’auront jamais accès», souligne Olivier Retout. Pour faire partager la beauté d’un des premiers chefs-d’œuvre de l’humanité, une partie de la grotte de Lascaux a été recréée. «Sous la forme de panneaux grandeur nature, cinq scènes ont été réalisées à la main par des peintres, des graveurs et des artistes sur la base d’un relevé numérique laser.» A l’intérieur de ces fac-similés bluffants de vérité, les scénographes de l’exposition ont construit une nef de 283 m2 permettant de voir dans l’obscurité par le biais d’une lumière artificielle. Des gravures indiscernables à l’œil nu apparaissent alors, magnifiques.

Expériences sensorielles

Plus loin, l’exposition met à disposition de nombreuses stations multimédias. L’occasion de comprendre comment lire le tracé des gravures, ou de découvrir comment les hommes de Cro-Magnon utilisaient les reliefs naturels des parois pour mettre en scène les animaux. «Sur des écrans tactiles, les visiteurs peuvent manipuler les images, faire des expériences sensorielles», précise encore Olivier Retout. «Ce n’est pas Disneyland, mais les gens peuvent vraiment s’approprier Lascaux de manière ludique.»

Un film en 3D sur grand écran – des lunettes spéciales sont fournies à l’entrée – contribue à l’impression d’immersion. «C’est génial, on dirait vraiment qu’on se balade au cœur de la grotte», commente un visiteur croisé à Paris, où l’exposition faisait escale avant de débarquer à Genève. Déjà montré également à Bordeaux, Chicago, Houston, Montréal et Bruxelles en attendant de s’exporter en Corée du Sud et au Japon, le grand road show préhistorique a suscité un vif intérêt.

«Beaucoup de gens sont très émus», constate le professeur Yves Coppens. Président du comité scientifique de la grotte de Lascaux, le célèbre paléontologue a eu l’occasion de descendre à moult reprises dans la grotte originale. «Ce que j’y ai ressenti? D’abord une impression de silence sacré. Nicolas Sarkozy, à qui je faisais une visite des lieux, a spontanément baissé le ton de sa voix, comme s’il se trouvait dans un sanctuaire. En même temps, à Lascaux, j’ai éprouvé une sensation de frayeur. Comme une paléo-trouille devant ces animaux peints qui donnent parfois l’impression de se hurler dessus et d’emmener au grand galop les visiteurs vers les dieux des hommes de la préhistoire.»

Passionnante pédagogie

Avouons-le, à Genève, la réalité sera un peu moins lyrique. Même si le soin apporté aux reproductions par l’atelier des fac-similés du Périgord laisse pantois et que les nombreuses expériences interactives constituent un bonus appréciable, l’émotion fait parfois défaut. «L’exposition Lascaux est moins spectaculaire que celles consacrées à Toutankhamon ou au Titanic», admet le Nyonnais Vincent Sager. Le patron de la société de production Opus One, à qui l’on doit les précédents grands rendez-vous événementiels organisés à Palexpo, met en revanche en avant un autre atout: «En termes de pédagogie, notamment pour les écoles, c’est passionnant! Une occasion unique d’aller voir l’homme de Cro-Magnon de tout près.»

Lascaux, chef-d’œuvre de la préhistoire, du 2 octobre 2015 au 17 janvier 2016, Palexpo, Halle 7. Tlj 10 h-19 h. www.lascaux-expo.ch (TDG)

Créé: 03.09.2015, 22h31

Tous des Cro-Magnon

«Nous sommes tous des Cro-Magnon!» affirme un des panneaux de l’exposition Lascaux. Pour preuve, quatre sculptures hyperréalistes montrent que nos ancêtres nous ressemblaient énormément. Spécialement créées pour l’occasion par une spécialiste, Elisabeth Daynes, ces reconstitutions ont été exécutées à partir de moulages de crânes fossilisés.

«L’artiste a travaillé avec des chirurgiens spécialistes de la reconstitution faciale», souligne Olivier Retout, directeur du projet Lascaux exposition internationale. Du coup, les reproductions présentées aux visiteurs s’avèrent troublantes de vérité. «C’est le visage le plus vraisemblable de l’homme de Cro-Magnon. Le seul élément dont on n’est pas certain, c’est la couleur des yeux, des cheveux et de la peau. Mais par recoupements, il y a tout de même de fortes présomptions que la représentation que nous en donnons soit exacte.»

Si la famille Cro-Magnon apparaît si proche de la nôtre, ce n’est pas un hasard. «Il faut savoir que ceux qui ont orné la grotte de Lascaux possédaient la même anatomie que nous, et notamment le même volume crânien. Ce qui implique le même cerveau et les mêmes facultés intellectuelles. Si l’on pouvait voyager dans le temps et inviter un Cro-Magnon à rejoindre notre époque, on serait surpris: coiffé et vêtu comme nous, on ne le remarquerait pas dans la rue!» PH.M.

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