«La rencontre est l’ADN du saltimbanque»

Théâtre de CarougeD’un chantier à l’autre, Jean Liermier jongle avec ses casquettes. Interview.

Jean Liermier dans ses travaux: «Je suis le slalomeur qui passe ses portes jour après jour. Je trace, en visant l’objectif de 2021!»

Jean Liermier dans ses travaux: «Je suis le slalomeur qui passe ses portes jour après jour. Je trace, en visant l’objectif de 2021!» Image: GEORGES CABRERA

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À cour, une baleine échouée, à jardin, un fœtus de cachalot. Entre les travaux de destruction au 39, rue Ancienne et le chantier de montage d’une structure éphémère au 2, rue Baylon, le Théâtre de Carouge (TCAG) chevauche des vagues turbulentes. Pour voir au devant et présenter sa dixième saison, Jean Liermier ne pouvait pas compter sur le radeau du 57 (rue Ancienne toujours), qui héberge la salle Gérard-Carrat et les locaux administratifs, trop exigu pour accueillir ses nombreux croisiéristes. Le directeur s’est donc choisi pour vigie le BFM, alors que s’y donnait l’emblématique «Amour et Psyché» qu’il a coproduit avec Omar Porras. Quelques jours plus tard, les remous s’étant légèrement assoupis, on lui demande ce qu’il voit à l’horizon.

Pour vos dix ans à la tête du Carouge, vous vous êtes mué en maître de chantiers. À ce titre, quelles sont vos priorités?

J’ai d’abord des délais à respecter. N’étant ni maçon ni entrepreneur, je dois redoubler de vigilance en tant que programmateur. Les incertitudes qu’a causées le référendum déposé contre la reconstruction du TCAG m’ont obligé à repousser l’ouverture de la structure éphémère qui nous sert de lieu de repli pendant les travaux. Je dois également, face aux architectes, faire en sorte que les deux objets restent des théâtres. Il faut garder à l’esprit pour qui et pour quoi l’on travaille. J’ai eu aussi à découvrir un tas de corps de métier. Depuis l’aventure des Géants, depuis le combat politique mené dans la rue, aussi, nous échangeons avec des personnes, des entreprises, des réalités inconnues. Ces rencontres, favorisées par la période hors les murs qui démarre, ouvrent également les portes du théâtre. On apparaît moins dans une tour d’ivoire.

Jusqu’à fin 2020, vous portez également la casquette de chef cuisinier derrière les fourneaux de ce théâtre provisoire que vous nommez la Cuisine?

Je m’en garderai bien: je suis piètre cuisinier! Mais je suis convaincu qu’un théâtre doit être, dans la cité, l’équivalent d’une mairie, d’une école ou d’un hôpital. Du reste, j’espère que le nouveau TCAG s’appellera La Maison. Pour notre structure temporaire, nous avons pensé à la Cuisine en tant qu’endroit où l’on mijote, où l’on compose des goûts, où se fêtent les plaisirs. On n’invite pas n’importe qui, dans sa cuisine, c’est le lieu d’une certaine intimité. J’entends précisément y partager des secrets de préparation, des saveurs. Le restaurant que comprendra le lieu proposera des ateliers, où se mélangeront les recettes, mais aussi des regards, des pratiques venus d’ailleurs.

Quel menu théâtral y concoctez-vous?

J’aurais voulu ouvrir la Cuisine par une création, mais nous n’avions pas de salle de répétition. Au lieu, j’invite la poésie acrobatique de «Raoul» – que James Thierrée tourne depuis bientôt dix ans – à finir sa vie sur cette scène naissante. Plus tard, Alain Françon viendra créer sa première mise en scène d’un Molière, «Le Misanthrope», avec Gilles Privat dans le rôle d’Alceste. Son regard inquiet et délicat nous révélera les enjeux de pouvoir tapis dans la langue et la parole. Toute autre création, celle de Dan Jemmett qui s’inspire du «Songe d’une nuit d’été» de Shakespeare. Par devoir de mémoire, et parce qu’elle ne parle que de vie dans le contexte le plus terrible, Anne Frank et son «Journal» nous serons apportés par le Théâtre des Osses fribourgeois. Et puis, nous reprendrons longuement l’«Amour et Psyché» d’Omar Porras, que nous avons sous-exploité lors de sa venue au BFM, ignorant, au moment de la coproduction, que nous n’aurions pas de salle pour l’accueillir. Des lieux éclatés, une infrastructure achetée à Annecy avant d’être revendue ailleurs, une géante parisienne invitée à Lausanne, un camion qui arpente la Romandie, des tournées: vous êtes devenu ministre de la mobilité, aussi?

Aller à la rencontre fait partie de l’ADN du saltimbanque. Qui plus est s’il est en travaux, il doit faire le mouvement d’aller vers autant que d’attirer à soi. Tel est son effort de mobilisation. Il est fondamental pour moi que l’institution que je dirige aille à la rencontre des citoyens. Et puis, vous savez, entre nos ateliers, notre administration et nos deux salles espacées, nous avons toujours été éclatés. Je rêverais d’une structure intercantonale, comme nous avons mis en place avec le Kléber-Méleau de Porras pour inviter Ariane Mnouchkine, l’une des plus grandes metteures en scène vivantes. Il faut additionner nos forces, rassembler nos publics, nous porter hors de frontières que je souhaite abolies.

Dans quel état d’esprit abordez-vous la présente itinérance hors les murs?

Je ne suis pas encore sorti d’une saison pour le moins compliquée. J’ai encore la tête dans le guidon. Je suis le slalomeur qui passe ses portes jour après jour, en veillant au détail tout en gardant de la hauteur. Je trace, en visant l’objectif de 2021!

Saison 2018-2019 www.tcag.ch (TDG)

Créé: 14.05.2018, 19h28

L’agenda du Théâtre de Carouge

Depuis février 2018 Le bâtiment principal du TCAG est en chantier. Les bulldozers entrent en scène en juin.

Été 2018 Le camion-théâtre sillonne les cantons de Vaud et Genève avec «Les Boulingrin».

Du 13 au 16 septembre 2018 Lancement de saison avec «La bonne âme du Se-Tchouan» dans la salle Gérard-Carrat du 57, rue Ancienne.

13-14 octobre 2018 Journées portes ouvertes de La Cuisine, rue Baylon 2.

Du 24 octobre au 18 novembre 2018 Accueil, avec le Théâtre Kléber-Méleau, de la «Chambre en Inde» d’Ariane Mnouchkine et son Théâtre du Soleil. La saga d’une géante au Palais de Beaulieu à Lausanne.

Du 6 au 16 novembre 2018 Inauguration de la structure éphémère rachetée au Théâtre Bonlieu Annecy, rebaptisée La Cuisine (540 places), où 4 spectacles se produiront durant la saison à venir. Ouverture des feux avec le «Raoul» de James Thierrée, créé en 2009.

Du 9 janvier au 8 février 2019 Création, à La Cuisine, du «Misanthrope» de Molière par Alain Françon, avec Gilles Privat dans le rôle-titre.

Du 12 mars au 17 avril 2019 Accueil du «Journal d’Anne Frank», dans la petite salle Gérard-Carrat.

Du 26 mars au 14 avril 2019 Création parallèle, à La Cuisine, de «Je suis invisible!» que Dan Jemmett adapte du «Songe d’une nuit d’été».

Du 30 avril au 17 mai 2019 Reprise de l’«Amour et Psyché» d’Omar Porras, toujours à La Cuisine.

Automne 2020 Remise par le bureau d’architectes lausannois Pont 12 du nouveau bâtiment du 39, rue Ancienne.

Décembre 2020 Fin de l’exploitation de l’annexe au 57 et déménagement.

Janvier 2021 Ouverture du Théâtre de Carouge rénové.

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