La photographie genevoise élargit sa focale

Biennale No'PhotoLongtemps oublié des pouvoirs publics, le huitième art connaît un bel essor au bout du lac. Pour preuve, une biennale toute neuve et de jeunes talents.

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Dans l'objectif de quatre photographes genevois

Une nouvelle bourse annuelle pour un projet documentaire, la création d’une enquête photographique, un partenariat avec les Rencontres d’Arles et le lancement d’une biennale: depuis 2016, le huitième art bénéficie d’un sérieux coup de flash à Genève. Cantonné durant des décennies dans l’antichambre noire des politiques publiques, le médium doit cette bénéfique mise en lumière à Sami Kanaan. «Il s’agit d’un des arts les plus accessibles, argue le magistrat à la tête de la Culture de la Ville. La photo, au sens de témoignage, parle à tout le monde.»

En soutenant la création contemporaine et en valorisant les collections patrimoniales, le conseiller administratif vise à articuler l’histoire avec le présent, tout en tissant un réseau entre les différents acteurs du domaine. Ambitions précisément affichées par No’Photo, la toute récente biennale dont la 2e édition s’ouvre le samedi 21 septembre 2019, dans une version sensiblement augmentée – quinze jours contre un seul en 2017.

Balade visuelle à travers les siècles

La manifestation proposera donc, dans une vingtaine de lieux, une balade visuelle à travers les siècles. Le public pourra notamment découvrir les très abondants trésors du Centre iconographique de Genève, à travers des projections sur le thème de la figure humaine, ainsi qu’une exposition sur les «Pionniers de la photographie en Suisse romande», organisée par la Fondation Auer Ory à la Maison Tavel.

Parallèlement, la part belle est faite aux jeunes talents genevois. Conçue comme point d’orgue à l’événement, la nocturne du samedi 28 septembre permettra de découvrir, projetés dans le temple de Plainpalais, les œuvres de neuf artistes du cru. Ils ont été désignés par un jury parmi un panel d’une cinquantaine de photographes appelés à participer. Les critères de sélection comprenaient, entre autres, l’originalité de l’angle de traitement et la rigueur de l’approche. Quatre d’entre eux se sont prêtés au jeu de l’interview.

Ces jeunes pousses perpétuent la longue histoire d’amour de la Cité de Calvin avec la photographie, commencée dès 1840 par Jean-Gabriel Eynard, quand le banquier, érudit et diplomate, s’achète un appareil à daguerréotype, un an après que le procédé a été inventé. Eynard devient le premier grand chasseur d’images genevois, suivi, au fil du temps, par beaucoup d’autres. «Genève n’a pas l’apanage de la photographie, rappelle Nicholas Schaetti, responsable du Centre d’iconographie. Dès qu’il apparaît dans la première moitié du XIXe siècle, le médium provoque un engouement général. Mais le fort attrait touristique de la ville et l’heureux hasard de la démolition de ses fortifications et de son expansion en ont fait un sujet de choix à documenter!»

Démocratisation et réflexion engagée

La volonté de Sami Kanaan de mettre en valeur ce riche passé et ses prolongements contemporains est évidemment saluée par ceux qui œuvrent pour l’image au bout du lac. «Le soutien aux artistes qui s’attachent au genre documentaire est très positif, réagit Joerg Bader, directeur du Centre de la photographie de Genève depuis 2001. Pendant longtemps, nous étions les seuls à proposer une programmation s’inscrivant dans le style documentaire.» Jörg Brockmann, directeur de la galerie du même nom, abonde: «Faire exister la photo, singulièrement documentaire, dans l’espace public, force les gens à s’y confronter. C’est important. Et nouveau!» L’expert tempère néanmoins: si cette démocratisation s’avère constructive, elle doit coexister avec une réflexion engagée sur la photographie dans toutes ses expressions.

Les deux spécialistes s’accordent sur un autre point: il faudra davantage de moyens financiers afin de pérenniser l’effort. «Pour pouvoir exister de façon solide, la photo est encore sous dotée par rapport aux autres arts», avance Jörg Brockmann, qui inaugure un festival dédié dans le bâtiment Arcoop, à Carouge, du 28 septembre au 13 octobre – événement soutenu par la Ville dans le cadre de No’Photo. «Si elle prend, il ne faut pas que la mayonnaise se transforme en soufflé!»

No’Photo Du 21 septempre au 5 octobre 2019 dans une vingtaine de lieux. Nocturne le 28 sept. Programme complet sur nophoto.ch

Créé: 21.09.2019, 17h58

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