«La Ligne» trace une droite qui passe par vous et moi

InstallationLa Compagnie Kokodyniack perce l’âme de Genève en tendant un fil rouge à travers la cité.

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Comprendre Genève, c’est y débusquer Prométhée sur son rocher, ce titan qui osa défier les dieux! Comment arrive-t-on à ce constat? En suivant La Ligne, toute tracée par la compagnie de théâtre lausannoise Kokodyniack, qui désigne, aujourd’hui, une installation urbanistique, puis, en mai prochain, un spectacle en salle.

Le ruban de Prométhée

La genèse du projet remonte à 2014, quand le Théâtre Saint-Gervais passe commande à Jean-Baptiste Roybon d’une pièce qui «parle de Genève à travers sa population». Le concepteur de la démarche Kokodyniack, qui consiste à faire parler des lieux – l’ancienne usine Golay-Buchel à Lausanne, les Halles de Sierre… – par la voix de ceux qui les ont fait vivre, s’acoquine alors avec le photographe et créateur Alban Kakulya. Ensemble, ils ont l’idée de tirer un ruban de satin rouge à travers notre ville, qui, depuis la diagonale de Plainpalais, s’étend au sud jusqu’au Salève, au nord jusqu’à l’aéroport de Cointrin. Très vite, il leur apparaît que leur droite relie les trajectoires du mythique Frankenstein imaginé par Mary Shelley, d’un côté, et du scientifique LHC, ou Grand Collisionneur de Hadrons du CERN, par la tangente. Entre ces points: les Forces motrices, Uni Mail, l’ONU et le CICR, des ambassades, mais aussi de simples logements à Carouge ou aux Grottes – 11 communes en tout. Dénominateur commun de ces diverses fées penchées sur notre berceau? Je vous le donne en mille: le défi prométhéen. La bravade, collective ou individuelle, «lancée à la face de l’univers», dira Alban Kakulya.

Tandis que l’éphémère trait tillé se déroule progressivement, à coups de bandes de 50 mètres maintenues le temps des prises de vue et des échanges occasionnés, on questionne les démiurges sur leur fil conducteur.

Jean-Baptiste Roybon, comment se définit votre compagnie et pourquoi «Kokodyniack»?

J’ai emprunté ce nom à mon arrière-grand-mère polonaise, qui résume à elle seule l’histoire du XXe siècle. Quant à la compagnie, elle plonge ses racines dans l’activité d’éducateur spécialisé que j’ai exercée pendant dix ans à Lyon, avant d’étudier le théâtre à la Manufacture de Lausanne. Au cours de ce travail initial, notamment auprès de polyhandicapés ou de jeunes en décrochage scolaire, j’ai effectué des heures et des heures d’entretiens, et j’ai adoré tracer ces chemins vers l’autre. Mais je restais très frustré de ne pouvoir communiquer les fruits de mon écoute. Plus tard, j’ai réalisé que les outils dramaturgiques pouvaient m’y aider, et j’ai commencé à faire parler les gens de leur perception du monde alentour.

A quel principe obéit votre installation genevoise?

A celui du carottage, ou du coup de sonde. Nous avons cheminé à pied le long de la ligne dont on peut visualiser le tracé sur l’application Tour Builder, nos pas s’écartant au minimum de la droite tirée à la règle. D’infimes variations dessinaient malgré tout comme l’électrocardiogramme traduisant les pulsations de la ville. A chaque étape, on a sonné chez les gens, d’autres sont venus à notre rencontre. Nous leur avons demandé, via des interviews, en quoi ils étaient concernés par le parcours de cette Ligne concrète et poétique qui venait frapper à leur porte et libérer leur parole. Au bout du compte, l’installation ne sera plus qu’une marge qui s’effacera au profit du contenu, du texte et des images qu’on en conservera.

A quoi ces traces donneront-elles lieu, Alban Kakulya?

Les vidéos et les photos réalisées, qui captent les réactions enthousiastes des habitants, déboucheront sur une exposition au Théâtre Saint-Gervais pendant les représentations de la pièce – et peut-être in situ, sur l’emplacement désormais invisible de La Ligne, en avril. Afin de financer les tirages et leur installation, nous avons lancé une opération de crowdfunding qui durera un mois à partir du 5 novembre.

Jean-Baptiste Roybon, en quoi consistera «La Ligne» version pièce de théâtre?

Des presque 1000 pages d’entretiens retranscrits que nous aurons accumulées, nous en garderons une cinquantaine en vue d’un travail scénique réparti entre trois comédiens, dont moi. Notre approche reposant principalement sur la notion d’oralité, nous utilisons des logiciels qui nous permettent de transcrire à l’aide de signes de ponctuation chaque imperfection, bégaiement, suspension ou hésitation dans l’expression verbale des intervenants. Une fois qu’on a cette partition très précise en main, on oublie l’enregistrement pour rester au plus près de nous-mêmes dans la restitution de la parole d’autrui. Jusqu’à découvrir que la langue constitue pour une large part la substance des individus.

La Ligne Infos, images et financement participatif sur www.kokodyniack.ch; spectacle à voir du 9 au 20 mai 2017 au Th. Saint-Gervais, www.saintgervais.ch (TDG)

Créé: 28.10.2016, 19h42

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