La Genève architecturale a révélé ses atours polychromes

Journées du patrimoineSamedi 14 et dimanche 15 septembre, le public a pu découvrir les mille couleurs du patrimoine bâti lors de visites guidées.

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Vert wagon: c’est le nom de la teinte que Le Corbusier avait choisie pour recouvrir les parties métalliques des façades de son immeuble Clarté, érigé entre 1931 et 1932 aux numéros 2 et 4 de la rue Saint-Laurent, à Villereuse. «Ce vert presque noir était utilisé par l’industrie ferroviaire», explique l’architecte Jacques-Louis de Chambrier, maître d’œuvre de la rénovation, entre 2007 et 2010, de ce fleuron architectural classé monument historique en 1986.

D’ailleurs, le bâtiment n’est pas sans rappeler un train ou un bateau, avec sa longue structure de verre et d’acier et sa proue arrondie sur la rue Adrien-Lachenal. Le remarquable édifice, seule œuvre genevoise du Corbusier, était exceptionnellement ouvert au public samedi 14 et dimanche 15 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. La manifestation avait mis le thème de la couleur au cœur de sa 26e édition, en proposant une vingtaine de visites guidées.

Claviers de couleurs

«Le Corbu était d’abord un artiste, poursuit Jacques-Louis de Chambrier. Il voulait fondre l’art dans l’architecture et attachait une grande importance à la polychromie.» Dès 1931, le maître élabore ses «Claviers de couleurs», pensés comme outils de travail pour les constructions modernes. Il développe notamment ses gammes chromatiques pour l’entreprise de papiers peints bâloise Salubra, afin d’optimiser les accords de teintes.

Jacques-Louis de Chambrier en effectue la démonstration dans l’entrée du numéro 4: «Chaque ton définit un plan ou un espace. Il y a toujours une couleur de fond, ici un beige sur le grand mur vis-à-vis des boîtes aux lettres, sur laquelle s’appuient les autres: un sable au plafond, et, en face, un vert moyen et un bleu céruléen.» Quant aux composants techniques – piliers intérieurs, portes, ou serrurerie extérieure –, ils se distinguent par des coloris plus intenses ou foncés. «Les piliers, par exemple, sont brun chocolat, souligne l’architecte. La couleur identifie la fonction et permet l’articulation des espaces et des éléments de la construction.»

Dans les appartements, on laisse aux habitants davantage de liberté. Une unique contrainte: les rideaux doivent être blancs. L’audience est enjointe à monter pour visiter l’un de ces logements, propriété de l’historien Michel Noiset. L’ascension permet un coup d’œil à la saisissante cage d’escalier, toute en dalles de verre et acier, surmontée d’un puits de lumière qui invite le jour sur tous les paliers.

La lumière, toujours, enveloppe le visiteur dès le seuil franchi. L’appartement, traversant, n’est que fenêtres, et l’on comprend mieux ce qui a valu à l’immeuble son nom de Clarté. Michel Noiset et sa compagne ont acquis ce cinq-pièces en 2010 et l’ont rénové «en respectant autant que possible l’esprit minimaliste du Corbu». «On a utilisé la palette de 43 couleurs qu’il a créée en 1931, précisent-ils. Elle comporte onze nuances de gris, du perle au foncé. C’est chez nous la couleur dominante.» Ce choix renforce l’intense luminosité des espaces, soulignée par un mobilier épuré. Seul contrepoint à cette atmosphère ton sur ton, un rouge profond pare un mur du hall et… la porte du frigo.

Griffons et visages grimaçants

Un détour par la place du Cirque plonge, plus tard dans l’après-midi, dans une tout autre ambiance. Sous la houlette de l’historienne de l’art Lola Cholakian Lombard, on découvre le décor peint des immeubles Amoudruz, du nom de celui qui les fit édifier par l’architecte Frédéric de Morsier en 1894-1895. Cet ensemble sis aux 75-77 du boulevard Saint-Georges présente, sur la façade de son 3e étage, d’élégants panneaux et frises, exécutés par le peintre Manfrini en 1895 – le numéro 75 a été restauré l’an passé.

«La frise du bas décline des motifs crème et rouge pâle sur fond jaune, indique la guide. Elle contraste avec celle du haut, d’un bleu profond et animée par de petits animaux fantastiques, griffons ou oiseaux, ainsi que des visages grimaçants aux couleurs vives.» Les panneaux sont composés symétriquement autour d’un cartouche ovale ou rectangulaire surmonté d’un rinceau de feuillage. Les objets qui y figurent composent des allégories: un carquois, des flèches et une couronne de fleurs renvoient à l’amour, l’arrosoir et la faucille aux travaux agricoles. «L’auteur des fresques a signé son travail, relève Lola Cholakian Lombard. C’est assez rare pour l’époque!»

Un émerveillement de plus attend le groupe à l’intérieur du bâtiment. Dans le hall d’entrée, un ravissant trompe-l’œil: des hirondelles volettent dans un ciel bleu qui s’ouvre derrière une treille de bambou couverte de rosiers. Une oiselle a choisi un coin de plafond pour faire son nid, tandis que des brassées de fleurs, à chaque étage différentes, ponctuent la cage d’escalier.

Créé: 15.09.2019, 17h29

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