L’Orangerie fait sa mue dans le culte de la nature

Saison 2018Nouveau botaniste en chef, Andrea Novicov révèle son très vert florilège estival.

Préparatifs de fête obligent, le nouveau directeur du Théâtre de l’Orangerie, Andrea Novicov (à gauche), a présenté sa première saison chez Delphine (à droite), patronne du café Oubien Encore. À ses côtés, Joan Mompart annonce sa création.

Préparatifs de fête obligent, le nouveau directeur du Théâtre de l’Orangerie, Andrea Novicov (à gauche), a présenté sa première saison chez Delphine (à droite), patronne du café Oubien Encore. À ses côtés, Joan Mompart annonce sa création. Image: LAURENT GUIRAUD

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L’affiche du théâtre d’été nouvelle mouture parle d’elle-même. S’y déploie un lépidoptère fleuri, un papillon indifféremment diurne ou nocturne, dont les ailes repliées évoquent la cape chatoyante d’un comédien vu de dos. L’illustration, signée Anaëlle Clot, a valeur de manifeste autant que d’ornementation. Pour en recueillir la poudre colorée, détour par la conférence de presse tenue mardi par Andrea Novicov au café Oubien Encore, à Plainpalais.

C’est que l’emplacement bucolique du Théâtre de l’Orangerie (dit T.O.) est en cours de mutation. Sur place, on casse le béton, on bine, on plante, bref on s’affaire à créer un paradis sur terre à temps pour la fête d’ouverture à la fin du mois. Aussi, l’équipe fraîchement constituée par Andrea Novicov, qui entame, suite à Valentin Rossier, son règne sur le petit royaume enclavé au sein du parc La Grange, déroule sa première programmation dans l’arrière-salle d’un nouveau partenaire culinaire. Désormais, la cuisine «en haute vitalité» promue par Delphine Rouvière, la patronne, sera déclinée jour et nuit, sous forme de plats ou de paniers-repas, aux abords d’une scène édénique.

L’environnement au centre

Andrea Novicov a été nommé en octobre 2017 sur la base d’un concept qui lui tient plus que jamais à cœur. Secondé par une équipe de quatre membres (Dunja Stanic, assistante de direction, Maël Chalard, administrateur, Jean-Michel Carrat, responsable technique, et Delphine Avrial, chargée de communication), il entend penser le théâtre comme un écosystème. «La planète n’est pas une mode, clame le metteur en scène d’origine russo-tessinoise. L’une des questions centrales de notre millénaire, l’environnement, se trouve curieusement négligée au théâtre.» Et d’avancer cette explication: l’homme européen, en s’accordant le monopole de l’âme, a rompu son pacte avec la nature. «La même culture qui a posé l’homme au centre porte aujourd’hui la responsabilité d’une planète malade», défend-il. «Transposée au théâtre, elle a placé le comédien au milieu du plateau et relégué la nature au rang de décor.»

S’ériger contre une «culture qui nous fait courir à notre perte» consistera donc à «remettre le non-humain en avant». «On n’ira plus au T.O. voir une pièce et profiter du cadre», promet le chantre écologiste. «On ira se plonger dans une expérience globale tournée vers l’environnement.» Sur treize semaines d’exploitation, cinq pièces n’en arpenteront pas moins le globe, «d’ouest en est, du sud au nord, ou par-delà la stratosphère», à raison d’une douzaine de représentations chacune.

Cinq fleurs et moult graines

À terme, la programmation ne devrait comprendre que des créations, jure le semeur en chef. Cette saison, par manque de temps, trois des spectacles seront accueillis en début d’été, permettant la maturation de ceux à naître dès la mi-août. On aura ainsi le plaisir de redécouvrir l’adaptation par Dorian Rossel et sa compagnie Super Trop Top de «L’usage du monde» de Nicolas Bouvier, suivie par l’aventure en forêt «Tristesse animal noir», menée par le vivifiant collectif Sur un malentendu. Juste après, l’extraterrestre Joël Maillard nous arrivera d’Avignon avec «Quitter la terre», un fou pari de science-fiction. Quant au cœur du bouquet, il éclora avec les «Ténèbres» de Henning Mankell, qu’Andrea Novicov fera traverser à deux comédiens sénégalais de Genève. Et avec la relecture par Joan Mompart du «Songe d’une nuit d’été» shakespearien, qui verra son public errer avec les fées «par les parcs, par les haies, à travers l’eau, à travers le feu».

À ce parterre délicatement parfumé s’ajoutent toutes sortes d’herbes folles. Comme les trois spectacles sélectionnés en intelligence avec le festival de La Bâtie, «Espace verts» (Les Fondateurs), «Nature Politics» (Martin Schick) et l’épisode 6 de la fameuse «Conférence de choses» (2B Company). Ou ces rendez-vous musicaux proposés soit à l’heure de la sieste – en partenariat avec le Musée d’ethnographie de Genève –, soit en after des concerts programmés sur la Scène Ella Fitzgerald. Ou encore une série d’expositions hébergées notamment sous le toit de la grande serre.

Enfin, on ne réhabilite pas un potager historique sans prévoir la pépinière qui assurera son avenir. Ainsi, au beau milieu des plants de légumes, dans la fraîcheur d’un jardin amené à germer au gré du mandat qui s’ouvre, des spectacles légers, «sans technologie», peuplés de «personnages non animés», tels que tomates ou farine, seront destinés matinalement aux petiots. «Jusqu’à 7 ou 8 ans, tout enfant sait que les choses ont une âme; par la suite, on les convainc qu’eux seuls en ont une», médite en conclusion le cultivateur Andrea Novicov.

Théâtre de l’Orangerie Fête d’ouverture les 27, 28 et 29 juin, site régulièrement réactualisé en fonction dès la fin de la semaine, www.theatreorangerie.ch (TDG)

Créé: 05.06.2018, 18h41

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