«Je ne suis pas un acteur génial»

Paroles ParolesClovis Cornillac a réalisé le troisième volet de «Belle et Sébastien».

Clovis Cornillac à Genève.

Clovis Cornillac à Genève. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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On ne l’attendait pas là. Ni dans le rôle du grand méchant de Belle et Sébastien ni aux commandes de la réalisation de ce troisième volet. Mais Clovis Cornillac a relevé ce double défi avec une conviction dont il ne fait pas mystère. Depuis, il assure la promo avec tout autant de poigne.

Comment vous êtes-vous retrouvé à diriger ce troisième volet de «Belle et Sébastien»?
C’était tout simplement une proposition de la part d’un des producteurs. Il m’a appelé et m’a proposé le film. Évidemment, je suis resté interloqué. Je ne voyais pas du tout le rapport avec ma carrière. J’étais sceptique, pour ne rien vous cacher. Et ne pensais pas accepter. J’ai donc lu le scénario par politesse. Et tout à coup, plein de choses me sont apparues à la lecture. J’avais des images de Jack London, de Conrad, de littérature, qui me revenaient. Du coup, cela me donnait des envies de cinéma et j’étais excité par l’idée. Je savais même dans quelle direction je voulais aller. Ensuite, pour finaliser le projet et notre accord, j’ai fait une réunion avec la Gaumont.

Aviez-vous des contraintes, des exigences de leur part?
Les seules contraintes que j’avais, c’était de reprendre l’enfant et les principaux rôles des précédents volets. Rien d’autre en dehors. Mais travailler avec Tcheky Karyo, c’était un plaisir. Je le connais bien depuis des années.

Et pourquoi vous être octroyé le rôle du méchant?
Ce n’était pas dans la proposition. On m’a demandé qui je voyais dans ce rôle. Je voulais un méchant qui soit le mal incarné, comme l’ogre dans le Petit Poucet. Tout en lorgnant du côté de Disney ou Tim Burton. Je pense que c’est même le méchant qui doit donner le la du film. Par la suite, je me suis rendu compte au montage que j’étais un acteur pratique. Et c’est déjà pas mal. Je ne suis pas un acteur génial, ça c’est sûr, mais je suis très investi. Et c’est essentiel lorsqu’on apparaît dans beaucoup de plans. Mais je ne réalise pas pour jouer. J’ai suffisamment de propositions comme ça.

Réaliser «Belle et Sébastien» était-il confortable?
Pas vraiment. C’est un film où il faut un budget conséquent. Car c’est un tournage compliqué. Durant lequel il faut trouver des solutions à d’innombrables problèmes. Je n’avais guère de marges. Pour cette raison, c’est un film extrêmement préparé. Très écrit en amont. D’autant plus que je ne suis pas du genre à trop me couvrir et à filmer chaque prise sous plusieurs angles. Dans ce cas-là, il y a intérêt à être raccord. C’est ça aussi, la réalisation. Si on filme dans un sens, ce n’est pas pour aller dans l’autre. Et le respect du budget de départ fait partie du travail du réalisateur. Là, je pense qu’on a réussi à avoir un certain rythme dans les plans. Qui la plupart sont tournés sur place, dans la montagne.

Comme acteur, êtes-vous en quête de grands succès?
Je ne me suis jamais posé la question. Comme réalisateur, c’est différent. Il y a l’envie de partager le cinéma avec le public. Je ne me vois faire que du cinéma de genre. C’est celui que j’aime en tant que spectateur. Et je pense que je n’ai pas grand talent pour le cinéma d’auteur. Loach ou Guédiguian le feraient bien mieux que moi. Ce qui m’angoisse, c’est le film vide, creux, qui n’a rien à dire.

Craignez-vous l’inactivité?
Je ne la connais pas. Être sans projets, cela ne m’est encore pas arrivé.

Qu’est-ce qui vous rend le plus heureux dans ce métier?
Professionnellement, la réalisation. Et pourtant, j’y suis venu très tard. Je sais bien qu’il n’y a pas d’âge pour débuter, mais c’est la plus belle chose qui me soit arrivée. Mon premier long-métrage, Un peu, beaucoup, aveuglément (ndlr: sorti en 2015), a été extrêmement dur à monter. Mon nom n’a pas aidé à ouvrir les portes, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Heureusement qu’il a été un succès ensuite. La réalisation de plusieurs épisodes de la série 2 de Chefs m’a également aidé. On a compris que j’aimais réaliser.

Votre mère, la comédienne Myriam Boyer, avait elle aussi réalisé un film, d’ailleurs.
Oui, pour qu’un film existe, on n’a souvent pas d’autre choix que de le réaliser soi-même. C’était le cas pour elle.

Revoyez-vous vos films?
Très rarement. Et c’est un peu hasardeux. À bientôt 50 ans, je commence à me dire que tout ce qu’on a fait nous constitue. Je ne pourrais pas nommer tous les films que j’ai tournés, il y en a trop. En plus, les années se mélangent. J’ai eu des débuts marquants avec Le Mahâbhârata de Peter Brook au théâtre, et notamment au Festival d’Avignon en 1984. Et juste après, Hors-la-loi de Robin Davis au cinéma.

N’avez-vous pas eu, à un certain moment, la frénésie de tourner?
Au tournant des années 2000, on me l’a parfois reproché. Ce qui est plutôt paradoxal. Si vous regardez les anciens, les Ventura, les Gabin, ils tournaient beaucoup, voire énormément. Et on ne leur reprochait pas ça. Ce qu’on appelle la promo a considérablement changé la donne. Cette surprésence médiatique peut être lourde, et même soûlante. En ce moment, la réalisation me prend tellement de temps que je ne tourne plus beaucoup chez les autres. Cette année, on me reverra dans Les Chatouilles. (TDG)

Créé: 09.02.2018, 17h39

Dernier volet d’une trilogie

Un réalisateur différent par volet. C’est l’un des principes à l’œuvre dans la trilogie de Belle et Sébastien au cinéma. Nicolas Vanier pour le premier, Christian Duguay pour le second et, enfin, Clovis Cornillac pour celui qui sort mercredi 14 février. Malgré la diversité des signatures, ces adaptations de la série télé imaginée en 1965 par Cécile Aubry (d’après son roman) conservent une indéniable unité. Et ressemblent d’abord à ces produits familiaux aseptisés que le cinéma français produit en quantité. Belle et Sébastien 3 – Le dernier chapitre débute deux ans après le précédent film.
Belle a désormais trois chiots et Sébastien, le jeune orphelin (toujours joué par le jeune et charismatique Félix Bossuet), 12 ans. Les choses vont se gâter lorsque l’ancien maître de Belle vient récupérer ce qu’il considère être son bien. Ce type de conflit binaire est à l’œuvre dans (presque) tous les volets de la saga. Il est surtout constitutif de l’esprit Cécile Aubry, qui semble prendre un malin plaisir à observer une manière d’univers idyllique et idéal perturbé par un élément extérieur cherchant à tout détruire. La corde du pathos fournit ici - comme dans les deux volets précédents - une émotion au premier degré qui va de pair avec la joliesse du cadre et du récit.
Difficile dès lors de parler de cinéma d’auteur à propos d’un film qui ne cherche au fond qu’à reproduire des recettes plus ou moins efficaces et ressemble davantage à une succession de cartes postales qu’à une leçon de mise en scène. Il peut cependant se visionner isolément, sans nécessairement voir les deux premiers volets. Tourné dans le Briançonnais, puis en Haute-Maurienne vannoise et dans le Jura, Belle et Sébastien 3 clôt définitivement la saga et ne connaîtra pas de suite. Tcheky Karyo et Thierry Neuvic font également partie du casting. Le premier volet avait enregistré plus de trois millions d’entrées, le second environ 1,8 million. Ce troisième épisode devrait en toute logique plafonner au même niveau.

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