Florian Eglin, brute, bouffon et brillant

LittératureDans «Holocauste», l’auteur genevois puise dans son passé familial et raille les sociétés secrètes. Puissant et déroutant.

L’auteur genevois Florian Eglin clôt sa trilogie autour de son héros fétiche Solal Aronowicz.?

L’auteur genevois Florian Eglin clôt sa trilogie autour de son héros fétiche Solal Aronowicz.? Image: LAURENT GUIRAUD

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Serait-ce le prochain Dan Brown? La première phrase de Holocauste, dernier tome de la trilogie autour du loufoque et brutal dandy Solal Aronowicz imaginé par Florian Eglin, semble à première vue annoncer un roman jouant à révéler des vérités cachées: «Chapitre I. Où l’on se rend compte, par le truchement, certes, d’une scène un peu pénible, que tout cela, cette histoire sans queue ni tête, n’est, peut-être, au fond, qu’une obscure parabole qui pourrait sans doute nous en dévoiler plus sur ce qui se trame vraiment… (N.B. Nous abrégeons la phrase d’environ 75%).» Or, malgré les nombreuses références à la dark-fantasy lovecraftienne et mystiques – mythe de Chtulhu, Nécronomicon, manuscrits pnakotiques, kabbale, pierre philosophale, etc. –, il n’en est rien. «J’aime bien lancer des fausses pistes, pour rigoler, nous explique le Genevois. J’ai voulu réunir des références d’histoires qui, lorsque j’étais adolescent, ont construit mon identité littéraire.»

Franc-maçon pédophile torturé

Pourtant, malgré les circonvolutions de Florian Eglin sur les références occultes qu’il sème dans son roman à l’humour décapant, l’auteur envoie de sérieuses piques, contre les cercles secrets notamment. En effet, le club de gentlemen mafieux et sanguinaires «Ces Messieurs!!!», que préside Solal Aronowicz, situé dans un hôtel particulier au 2, rue des Granges, se voit colonisé par d’étranges moustachus se faisant appeler «Ces nouveaux Messieurs!!!!».

La raillerie laisse pourtant place à des attaques plus franches. Un franc-maçon, reconnaissable à sa chevalière ornée «de l’équerre et du compas», est présenté torturé à mort dans un passage. Un commentaire en note de bas de page achève de clouer le personnage au pilori: «Son meilleur souvenir, c’était quand il avait violé à mort cette petite marocaine de dix ans à Agadir avec ses camarades de l’Adelphia genevensis, la société d’étudiant dont il avait été le brillant secrétaire.»

Véritable accusation de pédocriminalité inhérente aux cercles privés ou pur délire de l’auteur? «C’est évidemment une invention, soutient Florian Eglin. Je place les références aux choses les plus graves en marge du texte. Car dans la vie, on passe souvent à côté de la véritable violence. Notre société occidentale est assise sur des ossements humains. On l’ignore ou on s’en fout, comme les notes de bas de pages.»

Et le rapport avec les cercles privés? «Je m’en suis toujours un peu méfié, même si mon grand-père a été franc-maçon avant de se raviser. Jeune, j’étais très intéressé par ces sociétés d’étudiants américaines et le secret qui les entoure. Dans ce livre, je fais référence à la franc-maçonnerie car c’est l’une des sociétés secrètes actuelles qui suscite le plus de crainte et de fascination.»

Héritier de l’infortune

Dans Holocauste, Florian Eglin se met discrètement en scène, tel un Hitchcock littéraire. S’inspirant de ses proches pour quelques personnages, à quel point a-t-il écrit un roman de famille? «Je me suis beaucoup questionné sur mon identité juive (ndlr: Protestant, le Genevois a donné le nom de famille de sa grand-mère juive et polonaise à son héros fictif).» Le poids du passé sur les descendants est thématisé à travers les mentions à la Shoah mais aussi par des scènes symboliques, comme cette tache indélébile que fait par mégarde le personnage principal sur la joue de sa fille. «Solal est un héritier. Cette situation fait sa fortune et son infortune: il reçoit quelque chose qui le dépasse», illustre l’auteur.

Oui, la longueur indécente des phrases de Florian Eglin peut en lasser plus d’un. Mais le lecteur chez qui la magie opère reconnaîtra à l’auteur son humour décapant, les nombreux niveaux d’interprétation et le genre absolument novateur de son roman. Un ouvrage brillant.

«Solal Aronowicz, Holocauste» Ed. La Baconnière, 334 p., à paraître le 24 août. Cote: 4/5 (TDG)

Créé: 19.08.2015, 09h02

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