Elle veille sur les délicats trésors du musée Baur

PortraitAprès vingt ans passés au Japon, Laure Schwartz-Arenales dirige l’institution privée consacrée aux arts d’Extrême-Orient depuis dix-huit mois.

Laure Schwartz-Arenales dans la collection permanente du musée de la Fondation Baur, aux Tranchées.

Laure Schwartz-Arenales dans la collection permanente du musée de la Fondation Baur, aux Tranchées. Image: STEEVE IUNCKER_GOMEZ

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Plutôt lac ou plutôt montagne? «Les deux! Quand on aime les paysages comme moi, on ne peut qu’adorer Genève: ici, pas besoin de choisir», s’enthousiasme Laure Schwartz-Arenales. Installée à Malagnou depuis dix-huit mois, la nouvelle directrice du musée de la Fondation Baur, dédié aux arts d’Extrême-Orient, s’est bien acclimatée au bord du Léman. «Le lac, je le regarde tant que je peux, mais je ne m’y suis pas encore baignée. Le Salève, le Jura, je les ai un peu découverts avec ma famille, en train, car nous ne sommes pas motorisés. Je me réjouis d’en voir plus.»

Cette Française, née à Montluçon il y a cinquante ans, qui a grandi à Aix-en-Provence, n’avait en lien avec Genève que des souvenirs d’escapades depuis Morzine durant son enfance. Et elle arrivait de loin: «Vingt ans au Japon, tout de même! Mes deux enfants y sont nés. J’ai beaucoup apprécié l’existence là-bas, j’y ai fait ma carrière, c’était passionnant, mais il était temps pour nous de rentrer en Europe. Nous n’étions pas «tatamisés», et je ne me voyais pas finir ma vie là-bas.»

De la Provence à la Chine...

Un mail fera le reste: Laure Schwartz-Arenales est informée par un proche du poste de direction qui se libère chez Baur. «Si je n’avais visité le musée qu’une seule fois, je connaissais bien les collections, et les trouvais magnifiques. J’ai senti que ce travail formerait une belle cohérence avec l’ensemble de mon parcours. Et puis Genève était associée dans mon esprit à la dolce vita, alors j’ai postulé!»

Elle obtiendra la place. «Lorsque j’ai reçu l’appel, je me promenais au bord du lac. Devant l’Horloge fleurie, mon téléphone sonne...» Retour au Japon pour faire ses malles et ses adieux, trois mois de passation des pouvoirs avec l’ancienne directrice, Monique Crick, et voilà la spécialiste de la peinture japonaise installée dans les murs de la belle demeure du 8, rue Munier-Romilly, dans le quartier des Tranchées.

... Puis au Japon

La boucle est bouclée, puisque c’est au musée Guimet à Paris, consacré aux arts asiatiques, que la carrière de Laure Schwartz-Arenales a commencé. À 18 ans, elle quitte Aix et sa famille – des parents professeurs de philosophie à l’université, un frère, une sœur – pour Paris et l’École du Louvre. «La peinture classique me semblait une voie toute tracée, Cézanne, les paysages de Provence, je les aime tant… Mais quand on est jeune, on a souvent envie de se démarquer, d’essayer quelque chose de nouveau.»

La jeune femme suit donc l’enseignement du sinologue Jean-Paul Desroches, conservateur du département Chine au musée Guimet. «Nous étions un petit groupe très soudé, on travaillait énormément, j’étais passionnée et très vite, apprendre le chinois s’est imposé.»

L’École du Louvre terminée, Laure enchaîne avec la muséologie à Guimet, dans le département des arts japonais. Elle a 20 ans. On lui confie la mission d’aller au Japon chercher une pièce rarissime, une sculpture bouddhique du XIIIe siècle que le musée parisien avait prêtée. «On était en novembre, tous les érables étaient rouges et or, une splendeur!»

Ce sera donc le Japon. Pour une maîtrise puis une thèse, l’historienne de l’art se consacre au paysage dans la peinture bouddhique, sous la houlette d’un grand professeur qui sera son «maître». Elle apprend le japonais. Reçoit un prix pour ses recherches sur la plus ancienne figuration peinte de la mort du Bouddha. «En tant que femme et étrangère, ce n’était pas toujours facile. Heureusement que les Français étaient bien vus, cela m’a aidée.» Son regard européen lui permet de percevoir les problématiques avec davantage d’ouverture et de se distancier de la façon traditionnelle, très contraignante dans le milieu universitaire nippon, d’envisager les choses.

Activer les liens avec l’Université

Laure Schwartz-Arenales enseigne ensuite dans une université qui forme exclusivement des professeures femmes, puis dans un Centre d’arts japonais comparatifs. «J’ai beaucoup exploré avec mes étudiants le rôle joué par les grands collectionneurs occidentaux dans la diffusion de l’art japonais. Et me voilà maintenant dans un musée de collectionneur!»

La nouvelle directrice entend respecter la tradition – exposer la collection permanente avec sobriété – tout en intensifiant les liens avec le monde académique. «Je pense qu’il faut davantage de circulation entre l’Université et les musées», résume-t-elle. Pour preuve ce colloque qu’organise à l’automne la Fondation Baur autour de la femme de lettres Kikou Yamata, épouse du peintre suisse Conrad Meili, qui a fait don de ses «papiers» à la Bibliothèque de Genève, avec à la clé lectures, musique et calligraphie.

Créé: 15.07.2019, 13h32

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