Comment la Suisse a entendu l'appel du large

CinémaCaroline Cuénod a réalisé un film documentaire passionnant sur la marine helvétique.

La réalisatrice embarque au Vietnam à bord du «Diavolezza», un bateau construit pour un armateur suisse.

La réalisatrice embarque au Vietnam à bord du «Diavolezza», un bateau construit pour un armateur suisse. Image: CAROLINE CUENOD

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La mer l’a toujours attirée. Les ports aussi, avec leur vie grouillant de grues de chargement, de conteneurs multicolores et de gros bateaux à quai. Caroline Cuénod s’est longtemps plongée dans ce monde, et dans celui des archives, pour réaliser «L’île sans rivages». Un film documentaire bien ficelé, qui parle de la Suisse et de son rapport à la mer. Ou comment un petit pays enclavé et prévoyant s’est doté d’une marine marchande pour assurer son approvisionnement en temps de guerre. «On va sur l’eau, mais on prend nos montagnes avec…» résume ainsi un intervenant: les premiers bateaux battant pavillon suisse sur les mers du globe ont pour noms l’Eiger, le Chasseral, le Saint-Gothard et le Santis…

Rencontre déterminante

La réalisatrice genevoise a un autre projet de documentaire en tête quand elle fait la connaissance d’un des premiers capitaines de la marine marchande suisse. Elle prend alors conscience de l’ampleur du sujet et change de cap. «J’ai découvert la grande imagination d’un petit pays pour gagner la mer, et l’appel du large. Quand j’ai compris que la marine suisse, créée en 1941, existait encore, qu’elle était même la deuxième flotte marchande des pays enclavés, j’ai eu envie de creuser!»

La rencontre avec Jacques Voirol a donc été déterminante pour mener à bien ce documentaire. Il faut dire que le vieux capitaine au verbe clair et aux yeux malicieux sait communiquer sa passion. Ce fils de médecin de Tavannes a 16 ans lorsqu’il décide de suivre la formation de matelot, à Bâle, après avoir lu un article à ce sujet dans «L’Illustré». Il partira ensuite à l’aventure pour naviguer sur les eaux lointaines.

L’homme filmera son expérience à bord des grands bateaux à croix blanche, ne serait-ce que pour montrer, à ceux qui sont restés à terre, ce qu’est la vie en mer. Car peu de gens en Suisse savent à cette époque quel est le quotidien de ces marins qui risquent gros pendant la guerre pour assurer l’approvisionnement du pays. Les images filmées par Jacques Voirol ou par les membres de son équipage sont intégrées dans «L’île sans rivages», pour illustrer le contexte historique et les dires des intervenants impliqués dans ce long-métrage.

Caroline Cuénod va également suivre Alexandre Frauenknecht, un des derniers marins helvètes qui rejoint un bateau flambant neuf construit au Vietnam par un armateur suisse. Elle assistera sur place à la cérémonie d’inauguration du navire, va faire parler l’un de ses constructeurs ainsi que l’armateur, qui décrit les difficultés actuelles du commerce maritime. Puis la réalisatrice embarquera à bord du nouveau géant des mers pour vivre à son tour l’expérience de la marine suisse.

Recherches historiques

Et tandis qu’elle navigue, son complice journaliste et historien Pietro Boschetti continue à mener l’enquête aux Archives fédérales, rencontre d’autres historiens et brosse le portrait toujours plus précis de cette Suisse qui veut à tout prix se faire sa place dans le monde et devenir le port de l’Europe, pour garantir son indépendance. Caroline Cuénod a encore les yeux qui pétillent lorsqu’elle évoque le projet tout à fait sérieux de créer un jour un canal reliant Venise à Bâle. «Des ingénieurs ont planché sur un système d’écluses qui aurait permis à des péniches de traverser les Alpes. Les images qui représentent ce projet sont admirables!»

Le documentaire, sans commentaire mais nourri d’interventions et d’anecdotes, va ainsi se construire entre les documents d’archives, la vie sur le paquebot battant encore pavillon suisse, les témoignages recueillis à terre et sur mer, et l’enquête en cours. Il y a plusieurs histoires dans l’histoire et beaucoup de surprises. Comme cette rencontre avec les responsables de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays supervisant la flotte suisse et qui savent tout de la position de ses vraquiers dans le monde et des stocks nécessaires pour la bonne santé du pays.

La réalisatrice donne aussi la parole à ces marins à la retraite croisés dans le port de Bâle et qui évoquent des souvenirs qu’eux seuls peuvent comprendre. Ce documentaire bilingue, instructif et enthousiaste est porté par de belles images et la musique de Nicolas Rabaeus. Cette coproduction de Close Up Films et de la SSR_SRG a été saluée aux Journées de Soleure.

«L’île sans rivages» Documentaire de Caroline Cuénod, visible à Genève au CDD, 3, ch. des Saules, www.cinemacdd.ch; et en Suisse romande: www.lilesansrivages.ch

Créé: 19.06.2018, 20h22

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