Carouge a l’art de sonner les cloches

Église Sainte-CroixSamedi 15 décembre, les ritournelles d’Yves Roure ont carillonné dans l’azur sarde.

Yves Roure s’est produit au clavier du carillon à l’église Sainte-Croix, devant une douzaine de personnes. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

On l’appelle aussi la guitare du ciel. Lorsqu’ils s’envolent du clocher comme une nuée d’étourneaux, les tintements du carillon semblent en effet provenir du firmament, où jouerait quelque séraphin. De cette musique des anges, les Carougeois profitent tous les samedis à 11 h, tandis qu’ils font leur marché ou musardent dans les cafés. Un concert d’une quarantaine de minutes leur est offert par l’église Sainte-Croix, sise précisément à la place du Marché, et qui abrite le plus grand carillon fabriqué en Suisse (lire l’encadré). En ce 15 décembre, c’est Yves Roure qui en sonnait, avec une fougue communicative, les 36 cloches.

Assister de près à l’aubade se mérite: il faut gravir 85 marches raides et étroites pour accéder à la petite salle où se trouve l’instrument. «C’est sportif, commente Yves Rouve avec un accent où chante le soleil de Marseille. Tout comme l’est le jeu de carillon.» Car contrairement à l’orgue ou au piano, les touches du clavier consistent en des bâtons de bois, reliés par une transmission mécanique aux battants des cloches. Produire un son nécessite de les frapper énergiquement. «La tradition du Nord est de jouer avec les poings, explique le musicien, qui se produit en alternance avec le titulaire, Andreas Friedrich. Mais j’utilise plutôt mes doigts, étant parfaitement autodidacte.»

Noël et ses tubes

Quant au choix des mélodies, il suit l’inspiration du moment, la période de l’année, voire la météo – une petite bruine suscite volontiers «Il pleut, il pleut bergère». Il y a une semaine, l’Escalade y est allée de ses chants, alors qu’en ce moment, Noël et ses tubes sont de circonstance: samedi, après que «L’Hymne à la joie» a ouvert les feux, «Douce nuit» et «Les anges dans nos campagnes» sont servis aux oreilles sardes.

Des airs de jazz alternent avec ceux d’Yves Montand ou de Mozart, jusqu’à ce que «La Truite» de Schubert s’invite à frayer avec les clarines. Le seul mot d’ordre de celui qui a débarqué à Genève en 1980 pour suivre des études de chant au Conservatoire est de n’avoir aucun programme. «J’ai même fait «L’Internationale», s’amuse-t-il. Je joue tout par cœur et j’envoie les mains. Une fois que c’est parti, rendez-vous au point d’orgue!» On connaissait le piano-bar, Yves Roure invente le «carillon-bar». À la douzaine de personnes qui a la chance d’assister au récital du jour, il lance: «Qu’aimeriez-vous entendre? La 9e de Bruckner? Ça dure une heure!» Une dame lui demande «La Mer», de Charles Trenet. Il s’exécute, sous l’œil admiratif de l’assistance, qui le gratifie d’un: «Vous êtes un vrai juke-box!»

Cœur d’Occitan

Après trois quarts d’heure de musique, le sexagénaire, dont l’activité principale est d’être chef de chœur, met un terme à la sérénade par une chanson qui tient une place particulière dans son cœur d’Occitan: la «Coupo santo», l’hymne de la Provence. «C’est ainsi que je signe mon passage», révèle-t-il en faisant danser ses mains sur les bâtons. S’il n’a pas oublié d’où il vient, Yves Roure a également inscrit sa note sur la portée de l’histoire chorale genevoise. C’est à cet autoproclamé «toxicomane de la musique» qu’on doit la création, en 1989, du Grand Chœur de l’Escalade.


Carillon de l’église de Sainte-Croix Tous les samedis de l’année à 11 h, place du Marché. Possibilité d’assister au concert dans le clocher. (TDG)

Créé: 16.12.2018, 18h47

Fiche technique

Le carillon de l’église Sainte-Croix a été construit en 2001. Il compte 36 cloches, ce qui en fait le deuxième plus grand carillon à bâtons de Suisse après celui de l’abbaye de Saint-Maurice (VS), lequel en possède 49. Le clavier couvre trois octaves et s’accompagne d’un pédalier permettant de doubler les notes. Le poids des clarines, variant de 10 à 700 kilos, en détermine le son. La majorité de ces dernières proviennent de la fonderie Rüetschi, à Aarau: il s’agit donc du plus grand carillon fabriqué dans le pays.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.