Brillante Mendoza, le cinéaste qui ne craint rien

CinémaLe grand réalisateur philippin a fait escale au FIFDH pour y présenter son film, «Taklub». Rencontre.

Brillante Mendoza à Genève: «Je traite tout le monde pareillement sur mes tournages. Même lorsque je travaille avec Isabelle Huppert.»

Brillante Mendoza à Genève: «Je traite tout le monde pareillement sur mes tournages. Même lorsque je travaille avec Isabelle Huppert.» Image: LAURENT GUIRAUD

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Quatre sélections à Cannes, deux à Venise, autant à Berlin. Plus un Léopard d’or à Locarno à ses débuts. Brillante Ma. Mendoza est sans conteste le plus grand cinéaste philippin, et le FIFDH l’a mis à l’honneur cette année. Il y a présenté jeudi soir son dernier film, Taklub, qui se déroule dans une petite ville juste après le passage du typhon Yolanda. Scènes de dévastation, détresse d’habitants ayant vu leurs familles décimées, rescapés en quête de survivants. La fiction est âpre, le regard juste. Depuis ses débuts en 2005, Mendoza construit une œuvre radicale témoignant de la réalité d’un pays et d’un environnement souvent hostiles. On a profité de sa venue à Genève pour en parler avec lui.

Comme tous vos films, «Taklub» a dû connaître un tournage difficile. Comment vous y préparez-vous?

Je construis tout au scénario. Ensuite, la difficulté est atténuée du fait de la discipline que je parviens à instaurer. J’ai débuté le cinéma assez tard. Avant, j’étais plutôt dans la production. Cela m’a donné une certaine maturité par rapport aux différents problèmes d’un tournage. Après, je travaille dans un environnement que je connais bien, et c’est plus simple pour moi. Et j’ai énormément de plaisir à tourner.

«Taklub» a été filmé dans une ville touchée par un typhon qui a coûté la vie à 10 000 personnes. Vous n’avez pas triché et refait des plans en studio?

Non, jamais. En plus, les événements étaient encore frais, puisque le typhon est passé en novembre 2013 et que nous avons tourné huit mois plus tard. J’ai interviewé des rescapés, la fiction est la synthèse de leurs témoignages. Ce que je voulais, c’était faire le portrait de toute cette communauté.

Dans le rôle principal, on retrouve Nora Aunor, que vous aviez déjà dirigée dans «Thy Womb». Elle est connue aux Philippines, j’imagine?

Elle y est une star depuis le début des années 70. Sa spontanéité a été un gros atout. Sinon, le casting mélange professionnels et non-professionnels. Et je traite tout le monde pareillement.

Vous avez également dirigé une autre star dans «Captive», en 2012: Isabelle Huppert. Comment était-elle arrivée sur votre film?

L’année où j’ai présenté Kinatay à Cannes, j’y avais remporté le prix de la mise en scène et elle était présidente du jury. Quelques mois plus tard, je l’ai rencontrée au festival de São Paulo. Dans la conversation, je lui ai proposé de tourner un film avec elle. L’idée l’a enthousiasmée. Quelque temps plus tard, je lui ai envoyé le synopsis par mail. Elle a très vite répondu qu’elle était partante.

Elle est réputée difficile à diriger. Comment le tournage s’est-il passé?

Elle était tout l’opposé de ce que je croyais. Le fait que je traite tout le monde de la même façon a dû lui plaire. Elle se mélangeait au reste de l’équipe. Elle a à peine utilisé le van que nous lui avions réservé. Même chose pour la sécurité. Elle avait exigé des gardes du corps. Nous n’en avons pas eu besoin.

Comment êtes-vous perçu aux Philippines?

J’ai le respect de mes pairs. Mais le grand public ne me connaît pas vraiment. Comme partout, il va plutôt voir des productions mainstream. Des films de jungle, un genre très prisé aux Philippines, ou des produits hollywoodiens.

«Kinatay», en 2009, reste l’un de vos films les plus violents. Cherchiez-vous aussi à provoquer?

Non, il s’agissait de témoigner sur une réalité bien précise, comme dans tous mes films. Pour le préparer, j’avais interviewé un jeune homme qui avait été impliqué dans une affaire de vengeance atroce. Il fallait que le film reflète au plus près cette réalité.

Préparez-vous un autre film?

Je l’ai même tourné! J’en termine en ce moment le montage.

Sera-t-il montré à Cannes?

On va essayer. Mais cela ne dépend pas de moi.

Créé: 11.03.2016, 18h28

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