Avec la bio de Léonard, des Vaudois espèrent avoir eu un coup de génie

EditionVendu à 1 million d’exemplaires dans le monde, le best-seller «pop science» de Walter Isaacson a fait saliver les grandes maisons d’édition. Lié à l’EPFL, Quanto a raflé la mise des droits francophones.

Sylvain Collette, responsable éditorial des Presses polytechniques et universitaires romandes (PPUR), attend la sortie avec impatience.

Sylvain Collette, responsable éditorial des Presses polytechniques et universitaires romandes (PPUR), attend la sortie avec impatience. Image: Vanessa Cardoso

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Benjamin Franklin, Albert Einstein, Steve Jobs, Léonard de Vinci. Le point commun entre les bonshommes, en dehors d’un siège au sommet de la postérité et d’un Q.I. certainement au-dessus de la norme? Tous ont eu leur vie narrée par Walter Isaacson. Le nom de ce biographe américain, ancien rédacteur en chef du «Times» et de CNN, n’a pas encore atteint la renommée de ses sujets, mais les professionnels de l’édition connaissent son génie du storytelling. Et ses chiffres de vente commencent à peser. Son histoire du fondateur d’Apple, par exemple, s’est imposée comme la meilleure vente du site Amazon de l’année 2011. Aux États-Unis seulement, il s’en écoula 380'000 exemplaires durant la première semaine de sa mise en vente.

Parue en anglais en 2017, «Léonard de Vinci, la biographie», n’a pas bénéficié du même effet démultiplicateur que celle de Steve Jobs, opportunément publiée quelques jours après son décès. Mais les 590 pages consacrées à l’artiste florentin ont néanmoins trusté les premières places des librairies américaines, avec un total à ce jour de plus de 1 million de ventes, physiques et e-books cumulées. Un best-seller, donc, dont la version française sortira d’une maison d’édition… vaudoise et l’année de la commémoration du 500e anniversaire de la mort de l’artiste! Dès le 7 mars, les Éditions Quanto orchestreront depuis le site de l’EPFL la publication de cette bio très convoitée, dont la mise en place évoque une campagne militaire et l’obtention des droits une partie de poker. Retour sur un coup d’édition espéré.


Lire aussi: «Léonard de Vinci nous rappelle le sens de l’être humain dans la nature»


Fin 2017. Responsable éditorial des Presses polytechniques et universitaires romandes (PPUR), Sylvain Collette fait comme tous les lundis matin le tour des quotidiens internationaux et autres sites spécialisés dans la «pop science», cette discipline récente où les sujets les plus ardus sont traités par des journalistes plutôt que des scientifiques, selon leur ressenti et sur le principe du «page turner» où un chapitre doit irrésistiblement porter le lecteur lambda vers le suivant. Émanation des PPUR, les Éditions Quanto ont été créées pour exploiter ce filon, dont la vie de Léonard de Vinci constitue une trame idéale. «Il coche toutes les cases de notre ligne éditoriale, explique le Lausannois d’adoption. Il est un sujet à la fois scientifique et artistique, intellectuel et populaire; une référence qui résonne avec la réputation d’excellence de l’EPFL; un produit éditorial rédigé par un grand nom du journalisme.» Autrement dit: quand Sylvain Collette découvre ce matin de décembre la bio parmi les listes des sorties américaines, c’est Noël avant l’heure.

La réputation de l’EPFL

«J’ai contacté l’éditeur américain, qui m’a renvoyé vers l’agent anglais de Walter Isaacson. J’ai fait part de notre intérêt et reçu en retour l’argumentaire en plusieurs points: une traduction en 36 langues, les chiffres de vente de l’auteur, son pedigree, le fait que Bill Gates en avait fait son livre de chevet, que Leonardo DiCaprio a acheté les droits pour un film à tourner en 2020, etc. À ce stade, on te dit que plusieurs maisons d’édition francophones sont intéressées. Il faut montrer ton intérêt sans trop dévoiler son jeu non plus, et proposer un chiffre.» Confidentiel, celui-ci correspond à une avance sur les ventes ainsi que sur les droits d’auteur, entre 8 et 10% du prix distributeur. «C’est essentiel, cela montre que l’acheteur prend un risque et travaillera forcément sur l’ouvrage pour récupérer sa mise.» À cela s’ajoutent les coûts de traduction, ceux de fabrication, les (gros) frais de marketing et les rabais qu’il faudra consentir aux distributeurs.

Avec sa réponse, Quanto pose sa première proposition, entre dix et quinze fois supérieure à une offre traditionnelle. «À ce jeu, on sait que certains gros éditeurs mettent sur la table des sommes si importantes qu’ils ne pourront jamais les recouvrir, détailel le responsable. Ils achètent par pur souci de prestige. En l’occurrence, je ne pense pas que notre offre était la plus élevée, mais la réputation de l’EPFL a sans doute joué auprès de l’auteur et nous a permis d’être admis parmi les prétendants.»

Pour autant, Sylvain Collette ne reçoit plus de réponses durant dix jours. On le fait lanterner en attendant que montent les enchères. «Un jour, à midi, la direction Quanto a décidé de faire tapis. Nous avons fixé une nouvelle offre en précisant qu’elle était non négociable et valable jusqu’à 17 h, après quoi nous nous retirions de la négociation. L’après-midi a été long!» Mais fructueux. Peu avant la fin de l’ultimatum, l’agent anglais confirme que les droits pour les territoires francophones sont attribués à l’éditeur vaudois.

Le 7 mars, les 30'000 premiers exemplaires alimenteront les marchés en Suisse, en France et en Belgique. Un déploiement historique pour Quanto, qui ne doute pas que son investissement sera rentabilisé dans les semaines suivant la parution.


Quanto, la version pop des presses de l’EPFL

Attention, ne pas confondre! Il y a les Presses polytechniques et universitaires romandes (PPUR), éditeur scientifique et technique fondé en 1980 et bien connu des étudiants pour le sérieux de ses publications à visée technique et pédagogique. Et il y a désormais Quanto, un label éditorial émanant des PPUR mais dédié à la publication de livres de vulgarisation scientifique. Quanto revendique une approche «pop science», issue du storytelling anglo-saxon, c’est-à-dire très narrative, sans jargon et susceptible d’intéresser les plus allergiques aux sciences. Basée sur le site de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, la fondation PPUR reste juridiquement et financièrement indépendante de l’EPFL dont elle assure toutefois la valorisation des travaux de recherche et d’enseignement par le livre. Avec Quanto, et en parallèle de leur collection de poche Savoir suisse, les PPUR diversifient leur catalogue en proposant des «récits» scientifiques accessibles à tous et qui se «lisent comme des romans». (TDG)

Créé: 03.03.2019, 10h53




Walter Isaacson

Léonard de Vinci -
La biographie
Éd. Quanto, 590 p.

Les lieux de sa vie

Vinci 1452-1464

«Le divin artiste» – c’est en ces termes que Giorgio Vasari, le premier de ses biographes le décrivait – est né… enfant illégitime. L’histoire n’a conservé que le prénom de sa mère, Caterina, qui lui donne la vie le 15 avril 1452 dans les environs de Vinci, à 25 km de Florence. Faute d’avoir appris le latin, Léonard ne peut pas faire d’études de lettres mais son père, notaire, va le faire entrer dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio qui travaille sur le chantier du Dôme.

«Comme une journée bien remplie nous donne un bon sommeiI, une vie bien vécue nous mène à une mort paisible»

Florence 1464-1482

C’est une capitale dirigée par Laurent de Médicis et en plein chantier que découvre Léonard. Il y reste jusqu’à ses 18 ans, membre de la Guilde des peintres tout en signant ses premières pièces. La Galerie des Offices abrite toujours son «Annonciation», «L’adoration des mages» et «Le baptême du Christ», réalisé avec Verrocchio. C’est à Florence également que Vinci peindra «La Joconde» alors qu’il revient en ville en 1500 pour y rester jusqu’en 1506.

Milan 1482-1499

Doublé par Michel-Ange qui est choisi par le pape pour œuvrer à la Sixtine, Léonard part à Milan. Il y travaille pour le mécène et duc de Milan, Ludovic Sforza, comme ingénieur et comme peintre mais aussi comme organisateur de spectacles, inventant des machines de théâtre. En 1495, l’artiste a 43 ans et entame «La Cène» pour le réfectoire du couvent de Santa Maria delle Grazie. Il fera un deuxième séjour à Milan de 1506 à 1513.

«Les détails font la perfection et la perfection n’est pas un détail»

Amboise 1516-1519

Âgé de 64 ans et après trois ans passés à Rome, Vinci accepte l’invitation du roi de France. Il entre à son service comme peintre et ingénieur, travaillant sur des projets d’architecte et d’inventeur. Léonard emménage en 1516 au Clos Lucé à Amboise et y arrive avec «Saint Jean-Baptiste», «La Vierge, l’Enfant Jésus et Sainte-Anne» ainsi que «La Joconde». En avril 1519, malade depuis plusieurs mois, il rédige son testament et meurt le 2 mai.

«J’ai très tôt renoncé à la viande et un jour viendra où les hommes tels que moi proscriront le meurtre des animaux comme ils proscrivent aujourd’hui le meurtre de leurs semblables»

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