Les «food trucks» roulent pour tous les appétits genevois

Alors que se trame le premier Food Street Festival, retour sur le boom spectaculaire des camions restos.

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Midi pile. Quatre cols blancs trépignent déjà devant la petite remorque de Debi. Nous sommes place de Hollande, dans le quartier des banques. Et nos loups de la finance ont les crocs. Dans son minuscule habitacle, la cuisinière, ladite Debi donc, s’affaire en enchaînant les émincés de poulet à la citronnelle. Ce n’est que le début du service. Dans moins d’une heure, le rythme s’endiablera. A un jet de vermicelle de là, Giorgio Galati, garé avec sa fourgonnette sur le pont de Bel-Air, sustente aussi les passants autochtones, qui s’en vont boulotter ses succulentes piadine adossés à la rambarde sur le Rhône.

Tous les jours à l’heure du lunch, c’est désormais une kyrielle de food trucks, traduisez camions restos, qui stationnent ainsi aux quatre coins du canton en proposant chouettes casse-croûte ou petits plats soignés. Combien sont-ils exactement? Une bonne trentaine, dit-on. A chacun sa spécialité. Là, recettes colombiennes ou pizzas; ici, burgers travaillés ou salades ouvragées: ailleurs tapas, soupes de saison ou pasta déclinée. Une chose de sûre, l’offre des gargotes nomades bouillonne. Encore confidentiel il y a quelques mois, le phénomène de la restauration ambulante est devenu depuis le printemps dernier l’une des composantes de la vie bistrotière genevoise. Au point même de s’offrir son premier festival (voir ci-dessous).

Nouveau modèle

«C’est un changement intéressant du paysage, un nouveau modèle commercial, avec un vrai potentiel. Mais beaucoup de ces camions disparaîtront», prédit Simon Bonard. Cet ex-broker international sait de quoi il parle. En 2013, il lançait sa remorque à hot-dogs «premium». Depuis, le chien chaud traîne un peu la patte. «J’assure le dimanche à Plainpalais, plus quelques festivals et événements ponctuels. Mais je n’ai jamais réussi à optimiser, à me développer. Mais j’y réfléchis encore. C’est le type de projet qui demande à être longuement mûri.»

La Ville, qui a flairé la tendance ambulante, a mis l’an passé au concours six emplacements sur l’espace public genevois, jusque-là interdit aux roulottes. Une centaine de dossiers ont été déposés. Six heureux lauréats seulement se relaient depuis, chaque jour de la semaine, sur le pavé genevois. Sans terrasse. Il ne faut pas concurrencer les bistrots fixes. Mais avec des produits frais et, si possible, locaux. Le nombre de ces places municipales pourrait être revu à la hausse l’an prochain. «C’est une manière de dynamiser la ville, en proposant une offre diversifiée à la population», s’enthousiasme le magistrat responsable du projet Guillaume Barazzone.

Quant aux autres bistrotiers sur roues, ceux qui ne peuvent se garer sur le bitume genevois, ils trouvent à stationner sur les marchés et parkings d’entreprises, dans des zones industrielles ou sur des parcelles privées. Pas évident de dénicher le coin d’asphalte où les affamés abondent. «Quand on prospectait il y a trois ans auprès des grosses boîtes pour garer notre truck sur leur parking, les gens nous prenaient pour des extraterrestres: c’est qui ces nanas?» se souvient Aurélie Perrin, cofondatrice des Burger Queens. «On est arrivé un peu tôt, en préparant le terrain pour les autres. Maintenant, c’est devenu une quasi-évidence dans les esprits.»

La baraque à frites d’antan

On notera au passage que la restauration ambulante n’est pas née de la dernière averse d’huile de cuisson. Loin s’en faut. La baraque à frites et le camion à pizzas existent depuis l’invention de la roue. Ou juste après. La nouveauté, c’est la gamme et la qualité. Nos nouveaux cuistots pneumatiques traquent souvent le beau produit de saison, le concept original et la recette fraîcheur. Quant au nomadisme, il est évidemment dicté par les décourageants tarifs immobiliers genevois. Un super food truck exige entre 50 000 et 100 000 fr. d’investissement; l’ouverture d’un petit bistrot en ville flirte illico avec le quadruple. Quand on souhaite faire de la popote son job, voilà enfin la possibilité de réaliser son rêve. Surtout que les réseaux sociaux permettent désormais une pub gratuite et instantanée.

Et qu’en pensent les bistrotiers sédentaires? Pas grand-chose, pour l’heure. «Nous sommes là depuis deux cents ans, eux depuis deux petites années», sourit Laurent Terlinchamp, président de l’association des restaurateurs genevois. «S’ils existent, c’est sans doute qu’ils correspondent à un besoin complémentaire. Mais ne confondons pas caravanes et restaurants.»

Et pourquoi pas, finalement? Alors que plusieurs enseignes mobiles, à l’instar de l’emblématique Hamburger Fondation, ont ouvert en parallèle des adresses fixes, Claude Legras, chef doublement étoilé du Floris à Anières, s’est offert cet été une… roulotte. Oui: le Truck F, qui se balade Rive gauche sur trois emplacements hebdomadaires, en proposant des tapas aux petits oignons, réalisés dans les cuisines et avec les produits du restaurant. Si les cadors de la gastro commencent à la jouer ambulatoire, c’est qu’il y a sans doute là une affaire qui roule.

Les Food Trucks sur la Toile. Un tout nouveau site cartographie la situation quotidienne d’une partie des food trucks genevois. www.foodtruck-geneve.ch (TDG)

Créé: 11.09.2015, 15h54

La grande fête aux camions gourmands

Le premier Street Food Festival genevois s’installera sur les promenades du Pin et de Saint-Antoine les 18, 19 et 20 septembre. Trois jours de paix et de friture, pour paraphraser le slogan de Woodstock. On nous promet une cinquantaine de camions et de stands, avec tout plein de food trucks autochtones et lausannois, mais aussi des cafetiers, restaurateurs et producteurs locaux. Le tout, comme l’indique l’enseigne, dans une ambiance de festival. «Il y aura de la déco, des fanions et des guirlandes; de la musique aussi avec quelques DJ», assure Pascale Cornu. Avec sa complice Lara Mai, elle est l’instigatrice de cette singulière et alléchante manifestation, bénie par nos édiles municipaux. Les deux jeunes femmes se sont connues chez L’Oréal. Parce qu’elles le valaient bien, elles ont quitté le géant cosmétique pour se consacrer, à temps plein ou temps perdu, à l’organisation d’événements à Genève. On doit en particulier à Pascale les «marchés sans puces», ventes nomades de fripes, fringues, mobilier ou bijoux. Street Food Festival. Accès gratuit. Promenade du Pin. L e 18, 17-23h. Le 19, 11-23h, le 20, 11-17h.

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