Crimes en série sur la ligne de tram

Théâtre itinérantUne comédie sanglante met en scène sept faits divers dans une rame d’autrefois.

Une scène de «Tram’Drames». Un vieux tram historique sert de décor grandeur nature à cette comédie meurtrière.

Une scène de «Tram’Drames». Un vieux tram historique sert de décor grandeur nature à cette comédie meurtrière. Image: FRANCK MENTHA

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«J’ai voulu cuire un morceau de viande, eh bien, il n’est pas cuit.» Adepte de Landru, un inconnu téléphone à une vendeuse en appareils ménagers. La réplique de la dame fuse: «Bœuf, volaille, porc?» demande-t-elle. «Une tête!» rétorque l’assassin. Le ton est donné. Comédie meurtrière, «Tram’Drames» emmène son spectateur dans une balade épique sur la trace des pires criminels de Genève. D’arrêt en arrêt, sur un parcours partant de Plainpalais, le public va découvrir des récits de crimes bien sanglants. Jusqu’au 20 juin, puis du 11 au 29 septembre, un vieux tram historique sert de décor grandeur nature à un spectacle de théâtre itinérant proposé par la Compagnie genevoise La Mouette.

Première suisse

Véritable innovation, jouer dans un tram fait figure de première en Suisse. Jacques Sallin, metteur en scène, a pu compter sur le soutien de l’Association genevoise du musée des tramways. Ce groupe de traminots passionnés peaufine dans le dépôt des TPG, au Bachet, une série de véhicules d’autrefois, et les loue à l’occasion. Avec ses bancs en bois et ses lumières tamisées, cette motrice de 1936 et sa remorque de 1919 apportent une originalité bienvenue à cette pièce inspirée par le livre de Corinne Jacquet «Meurtres à Genève».

Dans les années 90, l’auteure genevoise de roman policier a publié 22 faits divers sinistres ayant eu lieu entre 1916 et 1968 dans le canton. Jacques Sallin les a repris et adaptés pour une version théâtrale à huis clos. Sept saynètes sanguinolentes, d’une dizaine de minutes chacune, sont jouées sous différents angles d’approche. Parfois, le spectateur se retrouve sur la scène du crime ou au Palais de justice pour assister au jugement de l’accusé. Le metteur en scène a conservé la structure des histoires originales, mais il les a adaptées. «J’ai parfois ajouté des éléments nouveaux ou même un personnage afin d’alléger la trame du récit quand elle semblait trop sordide», avoue-t-il.

Et de compléter: «Les crimes commis demeurent affreux. Par moments, on s’approche de l’horreur absolue.» Cependant, la distance temporelle des faits ainsi que l’écriture scénique permettent de prendre du recul par rapport aux événements. Mieux encore, l’utilisation du quiproquo, de stéréotypes et d’exagérations amène un degré comique et burlesque, très Commedia dell’arte. «On trouve de la théâtralité dans le crime», précise le Genevois. Dans «Tram’Drames», on rit plus que l’on ne frissonne.

Le principal défi à relever subsiste dans la configuration de la scène, pour le moins atypique. «Il fallait définir ce tube que représente le tram et fixer la règle du jeu», explique Jacques Sallin. Qui a donc opté pour un subtil mélange de cirque et de théâtre guignol. Le cirque offre un espace à 360° où le spectateur se trouve partout et entoure le comédien tandis que le théâtre guignol permet aux artistes de devenir des narrateurs et non des personnages.

Tourbillon de tirades

Chaque acteur interprète plusieurs protagonistes différents en changeant d’attitude et de ton, ou en se servant d’un accessoire. «La convention théâtrale se charge du reste et le tout fonctionne.» Le théâtre guignol apporte aussi une certaine proximité et un jeu avec le public. En effet, le tram ne possède ni fosse, ni rideaux, ni coulisses qui pourraient marquer une limite spatiale. Les répliques fusent et le public se révèle immédiatement pris dans ce tourbillon de tirades rythmées.

«Les interactions vont se créer en fonction des réactions des spectateurs», prévient le metteur en scène. Les gens sont d’ailleurs mis à contribution, participent activement en se retrouvant par moments acteur à part entière. Mais on ne vous en dira pas plus sur les petits secrets que réserve la pièce.

«Tram’Drames», jusqu’au 30 juin et 11-29 septembre. Complet en juin. L’essentiel des représentations a lieu en français, quelques unes en anglais. Rés: www.compagnielamouette.ch

Créé: 12.06.2019, 17h02

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