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Corto Maltese révèle l’énigme de sa genèse

Le nouveau tome de la saga explicite les circonstances de la «naissance» du héros, crucifié sur les vagues du Pacifique. Une réussite.

Ed. Casterman

Il est apparu en 1967, crucifié sur un radeau au milieu de l’océan Pacifique. Dès les premières pages de «La ballade de la mer salée», bien des questions entouraient la genèse de Corto Maltese, parachuté par Hugo Pratt, son créateur, au large des îles Salomon, en fâcheuse posture. Comment et pourquoi le romantique gentilhomme de fortune s’était-il retrouvé ligoté à la dérive, sur les flots? Quel crime avait-il pu commettre? Et quels rôles avaient joué ses amis-ennemis Raspoutine et Le Moine dans cette aventure? Pratt, au fil des nombreuses histoires de son héros, n’a jamais éclairci les circonstances de cette scène inaugurale mythique.

Près d’un quart de siècle après sa disparition en 1995, Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero lèvent le voile sur ces mystères dans «Le jour de Tarowean». Explorant les zones d’ombre laissées dans la biographie de Corto, les deux repreneurs reviennent avec bonheur aux origines de la saga après deux premiers albums situés en aval de cet épisode fondateur. Ici, le lecteur se retrouve juste avant les faits narrés dans «La ballade…». L’occasion de faire la connaissance d’un jeune prince au destin chahuté, d’une sirène reine d’un peuple de pirates, de moines lépreux et de Rajah blanc, tout cela sur fond de trafic de perles et d’ambitions contrariées.

Comme chez Pratt, l’ombre de Stevenson et de Jack London plane sur ce récit au rythme faussement indolent. Scénariste respectueux de l’univers qui lui a été confié, Díaz Canales mélange le vrai et le faux, à l’image de cet olibrius tentant d’établir une nouvelle humanité se nourrissant exclusivement de noix de coco. L’allumé s’inspire d’un authentique naturopathe allemand actif au début du XXe siècle. Graphiquement, avec un trait proche de celui du Corto Maltese des années 70, Pellejero soigne les silhouettes à contre-jour, typiques de la série. Une poignée de mouettes – gimmick graphique cher au maestro vénitien – planent sur cet épisode où les jeux de regards prennent volontiers le pas sur les dialogues. Une reprise très réussie, à apprécier idéalement dans sa version noir-blanc, superbement contrastée façon Hugo Pratt.

Corto Maltese, «Le jour de Tarowean», par Rubén Pellejero et Juan Díaz Canales, d’après Hugo Pratt. Éd. Casterman, 88 p.

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